lundi 8 janvier 2007

Cet insupportable regard des autres

Panorama : KIOSQUE ARABECet insupportable regard des autresPar Ahmed HALLIhalliahmed@hotmail.com
A la différence des caricatures offensantes de l'année dernière, la réaction a été quasi immédiate. C'est que la machine de l'indignation est désormais rodée. Des Frères musulmans d'Egypte aux baathistes du Yémen, c'est l'unanimisme. Les musulmans d'aujourd'hui ne cherchent plus l'élévation spirituelle, ils vivent en état d'alerte permanente. Ils chassent le moindre glissement sémantique, la plus petite atteinte à leur vérité historique.Ils sont les Nemrod des dérapages verbaux, comme les déclarations du pape Benoît XVI. Les musulmans ont le doigt sur la détente des armes de l'indignation, de la colère et du ressentiment. Aujourd'hui, au moindre signal, la protestation s'organise et se transforme, pourquoi pas, en actes de représailles. Le pape, c'est combien de divisions ?, disait Staline pour tourner en dérision la supposée puissance du Vatican. Avec quelques phrases bien senties, dont certaines proviennent du fond des âges de l'Islam, ce pape-là vient de démontrer la puissance du verbe. Rendez-vous compte même le roi notre voisin incapable tout comme nous de secouer le cocotier, trouve le temps d'être choqué. Il rappelle son ambassadeur au Vatican en signe de protestation contre les déclarations du pape Benoît XVI. Après tout, il est dans son rôle de "Commandeur des croyants" même si la foi populaire vacille aussi au Maroc sous l'effet des vents d'est. C'est une véritable tempête qui s'est emparée de la "Oumma" arabe et islamique. Les islamistes, les baathistes, les nassériens et les mine de rien, tous unis, brandissent l'étendard de la révolte. Nos chers petits anges, taxés hâtivement de terroristes, se proposent comme instruments de notre vengeance. Ils menacent d'attaquer Rome et le Vatican et nous sommes tout disposés à les croire. Dans ce climat de fureur et de grondements collectifs, il est difficile de faire entendre la voix de la raison. Ayant abdiqué depuis longtemps toute tentation de scruter le fond de nos problèmes, il est normal que nous ne supportions plus le regard des autres. Surtout s'il est dépourvu d'aménité. Surtout s'il provient du pape de la chrétienté dont l'opinion sur l'Islam nous tient tant à cœur. Bien que le Benoît XVI n'ait jamais eu la réputation d'être un fervent admirateur de l'Islam, l'universelle naïveté musulmane croyait à sa prochaine conversion. Au lieu de cela, il nous poignarde dans le dos en affirmant que nous sommes devenus musulmans avec un couteau sur la gorge. Pourtant, à y regarder de près, Benoît XVI n'apporte rien de neuf en affirmant que l'Islam s'est propagé par l'épée. En dehors de quelques exaltés friands de mythes, tous les historiens l'ont écrit et, parmi eux, des Arabes et des musulmans. Il ne fait que répéter aussi ce qui se dit en Islam à propos du djihad. Quant aux commentaires et citations empruntées, il en existe tout un florilège dans la culture occidentale. Attendre du pape qu'il dise du bien de l'Islam, c'est comme demander à Karadhaoui de chanter les louanges de l'Eglise adventiste. Encore que… C'est un peu l'idée que défend, en solitaire, l'imam de la Porte-d'Aix à Marseille, Mohand Alili. Certes, cet imam n'aura jamais la faveur des chaînes satellitaires arabes mais il aura au moins le mérite d'aller à contre-courant du discours dominant. "Ce sont les musulmans qui ont la tête à l'envers" en pensant que le pape va glorifier l'Islam, dit-il. Benoît XVI "défend ce qu'il est" et c'est aux musulmans de dire : "Voilà ce que nous sommes." "Je ne vois pas pourquoi les musulmans s'en prennent au pape au lieu de s'en prendre aux leurs", à ceux "qui ont décrédibilisé l'islam", a encore noté Mohand Alili. "Je ne vois pas pourquoi je vais m'emporter contre le pape." Plus incisif, l'écrivain irakien Hani Nakchabandi signe dans le magazine Elaph ce point de vue dont nous extrayons l'essentiel : " Assurément, le pape a commis une erreur mais est-il le seul à être tombé dans l'erreur avec ses déclarations contre l'Islam et les musulmans? Je dis non ! Nous commettons tous les jours mille fois plus d'erreurs que lui. Dans chaque prêche du vendredi, nous insultons les pères des pères des chrétiens et les aïeux des aïeux des juifs. Dans chaque prêche du vendredi, nous demandons à Dieu de les détruire, de faire de leurs épouses des veuves et de leurs enfants des orphelins. Dans toutes nos écoles, nous apprenons à nos écoliers que les chrétiens sont impurs et voués à l'enfer. Dans chaque foyer nous apprenons à nos enfants qu'ils sont notre ennemi principal, que nous devons les tuer ou être tués. Nous interdisons même d'invoquer le salut pour leurs défunts même s'ils ont été des hommes de bien et utiles à l'humanité… Oui, le pape du Vatican s'est trompé mais comme lui nous nous sommes trompés et plus encore. Le mufti d'Al- Azhar, le mufti de Palestine, les théologiens de l'Arabie saoudite et du monde islamique, en général, où en sont-ils de la générosité de l'Islam qui prêche le bien et interdit de porter atteinte aux autres même en paroles ? Pourquoi ont-ils gardé le silence devant nos propos sur les chrétiens et ont-ils bougé lorsque le pape a évoqué la personne du Noble Prophète ? Même si les déclarations ultérieures du Vatican ne sont qu'un semblant d'excuse, elles comportent, dans le pire des cas, une reconnaissance de l'ampleur de l'erreur commise. Mais je n'ai pas entendu une seule fois de la bouche d'un mufti ou d'un cheikh musulman des mots pour dire que les injures et les anathèmes lancés contre les chrétiens n'étaient pas permis et s'opposaient à la tolérance de l'Islam. Je n'ai pas entendu un seul imam dire que ces comportements étaient erronés. Et prêcher avant tout à nos enfants et à nos écoliers l'amour du prochain. Oui, le pape s'est trompé, il s'est lourdement trompé. Mais nous nous sommes trompés comme lui et nous continuons à persévérer dans l'erreur tous les vendredis, et même tous les jours." Dans le même esprit, la Tunisienne Raja Benslama invite les musulmans à se réformer et à offrir une autre image d'eux-mêmes. "Nous voyons, dit-elle, les musulmans pleurer sur les atteintes à l'image de l'Islam et des musulmans. Comme si cette image n'était pas conforme à l'original. Ils déplorent la montée de l'islamophobie comme si l'Islam, tel que nous le vivons aujourd'hui, était indemne de toutes phobies. Phobie des femmes et des faibles, phobie des gens qui prient et pensent différemment. Viennent ensuite les cris de ceux qui ont imposé leur tutelle à l'Islam, enturbannés ou non. Ils prennent les devants et répètent à l'envi que l'Islam est la religion de l'amour, de la tolérance, de l'égalité et de la raison. Ils exigent de quiconque veut parler de l'Islam qu'il soit musulman comme eux, qu'il appuie leurs opinions sur l'Islam. Sinon qu'il s'excuse. Sinon malheur à lui !" "Les plumes se sont asséchées à force de réclamer la libération de la femme musulmane, depuis plus d'un siècle, note encore l'universitaire tunisienne. Les voix se sont enrouées à demander l'ouverture des portes de l'"ijtihad", l'abandon des châtiments corporels humiliants, la renonciation à condamner l'apostasie et la reconnaissance de la citoyenneté pour les minorités religieuses." "Nous sommes lassés des discours sur la réforme et des replâtrages, lassés des ruses des théologiens. Sans doute est-il temps de lancer un appel à reprendre l'Islam aux théologiens de la "Charia" et à libérer l'Islam lui-même de la "Charia". Libérer l'Islam des arsenaux d'une théologie ancienne et des délires des nouveaux théologiens", conclut Raja Benslama.A. H.


Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/09/18/article.php?sid=43387&cid=8

Le chauve qui se bat pour un peigne

C'est à en pleurer de désespoir: Naguib Mahfouz est mort et Koléa n'est pas tombée. Naïvement, j'ai pensé que la vague d'émotion était si forte dans le monde arabe que tous les acteurs habituels des nécrologies de circonstance étaient frappés de mutisme.Non ! Rien à l'est, rien à l'ouest ! Naguib Mahfouz est mort, le prix Nobel de littérature n'écrira plus et tout le monde s'en f… Les télévisions satellitaires arabes, les journaux arabes avaient autre chose à faire. Et l'on découvre avec consternation que le plus grand auteur arabe contemporain est un illustre méconnu. Deux générations, au moins, d'Arabes sont passées à côté de ses œuvres sans les étudier, sans les lire, au moins. Ce qui fait dire au sociologue jordanien Chaker Nabulci que Naguib Mahfouz a vécu, a écrit dans une période de Djahilia (ignorance) arabe. Notre confrère Abderrahmane Errached relève, toutefois, dans Echarq-Al-Awsat, que Naguib Mahfouz a eu la chance de vivre cette époque : "Il a commencé sa romance avec la littérature en 1936, alors que les libertés étaient à leur apogée. Il la termine aujourd'hui où la liberté de créer est emprisonnée dans une cage malgré l'extension des progrès techniques. Des romans sont édités sous des pseudonymes ou condensés par la censure. De nombreux auteurs ont préféré conserver leurs manuscrits chez eux de peur des représailles. Au marché de la littérature, les écrivains vivent dans la peur, non seulement celle des gouvernants mais la peur d'une société de plus en plus fanatisée. Mahfouz a eu la chance d'arriver dans ces années où la littérature, le dessin, la peinture, la gravure, la parole et l'interprétation avaient un espace d'expression. Avant que l'extrémisme politique, religieux et social, officiel et populaire, intellectuel et analphabète où la toile d'araignée, comme il l'appelait, ne le fasse disparaître." Pendant ces temps, des oies blanches labellisées aux nouvelles normes religieuses sanglotaient à l'évocation du martyre d'un musulman à la bataille de "Badr". Et on s'aperçoit avec effarement que Omar Khaled, qui transforme les écrans en fleuves de larmes et Karadhaoui, l'ange de l'Apocalypse, sont plus connus et plus adulés que Naguib Mahfouz. De quoi avaler sans les mastiquer tout un recueil de Hadiths rapportés par Abou Horeira. Au fait, il n'y avait pas que des amis aux obsèques du grand écrivain, il y avait aussi des fossoyeurs et ils se sont empressés de remblayer des quatre mains, pour en finir vite. Sans doute, la palme de l'amnésie, librement consentie, revient-elle à la télévision égyptienne. Il y a du talent de ce côté-là, un talent fou pour exploiter les opportunités, retourner les situations. Ainsi, aux obsèques officielles de Mahfouz, ce commentateur zélé n'a pas laissé passer l'occasion. Il a rappelé que c'était Hosni Moubarak qui avait pris la décision d'organiser des funérailles officielles avec transport de la dépouille mortelle sur un affût de canon. Alors là, mes amis, nos brosseurs peuvent remballer leurs outils : dès le moment où le nom du président égyptien a été prononcé, il n'y en a eu que pour lui. Moubarak, ami des arts et des lettres, Moubarak grand lecteur de grands romans, Moubarak ceci, Moubarak cela. Une vraie opération de prestidigitation : bien enterrer Mahfouz pour mieux encenser Moubarak. L'écrivain est mort, vive le président ! C'est la conclusion désappointée de notre confrère Hakem Al-Baba, chroniqueur au quotidien londonien Al-Quds. C'est à en sangloter de rage : au bout du compte, les médias arabes n'auront même pas eu l'excuse de la mort de Mahfouz pour justifier la chape de silence entourant la mort d'un confrère soudanais. Il est vrai que Mohamed Tah n'a pas l'envergure de l'écrivain appelé à truster les lauriers. Il était simplement rédacteur en chef de l'hebdomadaire Al-Wifaq qui avait défrayé la chronique en mai 2005. L'hebdomadaire, en quête de sujets à sensation, avait repris des extraits d'un livre publié sur Internet et traitant de la vie privée du Prophète. Des partis et des associations islamistes avaient protesté et avaient demandé que Mohamed Tah soit poursuivi pour apostasie et injures au Prophète. Par la suite, Mohamed Tah avait reconnu avoir fait une erreur en reprenant des textes sans avoir vérifié leur authenticité. En fait, il semble bien que ce soit les évènements du Darfour qui sont à l'origine de l'assassinat de Mohamed Tah. Son journal avait osé critiquer le comportement de groupes islamistes dans la région, ce qui lui avait valu des menaces. Dans la soirée du mardi 5 septembre, le journaliste a été enlevé à son domicile à Khartoum. Il a été retrouvé, le lendemain, égorgé. C'est une première au Soudan où le Darfour est considéré comme une chasse gardée et où la dénonciation des massacres est assimilée à de la haute trahison. Ailleurs, on s'émeut de l'emprisonnement d'un journaliste arabe en Espagne tout en sachant qu'il a de fortes chances de sortir de prison en vie et même en bonne santé. Ce qui n'est pas évident partout, au Soudan pas plus qu'ailleurs dans nos contrées de liberté surveillée. Cette liberté surveillée, c'est celle dont semblait jouir jusqu'ici l'animatrice vedette de la chaîne Rotana, Hala Sarhane. Liberté toute relative mais Hala Sarhane a le doigté nécessaire pour arrondir les angles et mettre les intolérants de son côté en dépit de la hardiesse apparente de son émission "Le cinéma et les gens". Hala Sarhane sait, en effet, flatter les sentiments religieux de ses téléspectateurs sans toutefois verser dans la pudibonderie. Pourtant, un simple spot de soixante secondes a suffi pour déchaîner les passions contre elle. Ce spot annonce une série d'émissions prochaines sur les "Belles de nuit" (Banat Al-Laïl) en Egypte. Avant même la diffusion de cette série, des associations égyptiennes annoncent une pétition pour qu'elle soit interdite. Motif : elle serait de nature à encourager la prostitution chez les chastes jeunes filles de l'Egypte. Hala Sarhane se défend et contre-attaque dans le magazine Elaph. Elle réfute les accusations de ceux qu'elle appelle les "Oiseaux de nuit", les obscurantistes. "Ceux qui ont jugé l'émission et l'accusent de porter atteinte à la religion et à la morale sont eux-mêmes dénués de morale, dit-elle. Comment peut-on condamner une œuvre avant même de l'avoir vue. En réalité, ces gens-là veulent, par mon intermédiaire, intimider les créateurs épris de liberté et toutes les plumes libres. Notre société est-elle si faible au point de craindre une émission sur les "Belles de nui"?, s'interroge Hala Sarhane avant de noter qu'il existe en Egypte des courants qui veulent des journalistes et des médias formatés. Des gens qui procèdent par allusions de crainte de blesser les sentiments artificiels de ceux qui jouent à l'autruche. Ceux qui ne veulent pas reconnaître que la société a toutes les qualités et tous les défauts. Ils ne veulent pas admettre que l'évocation de sujets brûlants peut être un remède". Hala Sarhane précise, enfin, que cette nouvelle émission est programmée pour la période d'après le Ramadhan. En attendant, ajoute-t-elle, c'est au public de décider de son maintien ou de son retrait. En attendant le verdict populaire, Hala Sarhane peut méditer sur l'anecdote du chauve qui se bat pour posséder un peigne. Elle a été citée par l'écrivain iranien Amir Tahiri à propos de l'entêtement du président Ahmadinejad à posséder l'énergie atomique. "Le chauve, disait-il, n'a pas besoin de peigne mais il se bat pour en avoir un, juste pour montrer qu'il peut faire ce qu'il veut". A. H.

Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/09/11/article.php?sid=42917&cid=8

L’adieu à Pluton et au jeudi

Pendant que les groupes désarmés de la laïcité résiduelle attendent l'improbable retour au week-end universel comme d'aucuns attendent le Mehdi, d'autres avancent. Les Emirats arabes unis et Bahreïn ont adopté le repos hebdomadaire du samedi. Ce n'est pas tout à fait ça mais c'est mieux que les espoirs insensés formulés de-ci de-là.Les émirs ont donc donné le signal de ce qui pourrait être un mouvement de remise en cause des acquis. Certes, la sacro-sainte journée du vendredi n'est pas remise en cause mais elle perd le jeudi, ce qui n'est pas rien. Mais il faudra compter avec les autres acquis plus irréversibles que ceux du socialisme, comme le droit au bruit et au franchissement des lignes continues (1). Nous qui avons adopté le week-end islamiste par volonté de suivre les autres, ferons-nous le même chemin cette fois-ci ? Aurons-nous enfin un jour de repos moins lugubre et moins ennuyeux ? Nous avons hélas une trop forte résistance aux changements salvateurs. D'accord pour la prolongation du permis de tuer à points, d'accord pour étouffer les protestations des victimes du terrorisme mais pour le reste. Comment se résoudre à sacrifier le jeudi qui est après tout la veille du vendredi et donc son passage obligé ? C'est d'ailleurs ainsi que l'a compris cet imam du vendredi qui a été le seul à manifester publiquement son opposition à la suppression du jeudi. C'est du moins ce qu'avance le quotidien Al-Khalidj qui a salué l'évènement samedi dernier. "Désormais, le samedi est une journée sympathique et chère à nos cœurs, contrairement à l'opinion que nous en avions." A en croire notre confrère, tout le monde est content dans les Emirats à l'exception de cet imam grognon de Bahreïn confiné dans l'anonymat par le quotidien. Pour expliquer son hostilité au nouveau week-end qui coupe la poire en deux, il n'a pas invoqué le Coran ou des Hadiths oubliés. Il a usé simplement d'une logique, disons cartésienne, en avançant cette explication limpide : il est contre la suppression du jeudi parce que c'est devenu une journée de travail ordinaire. Or, c'est ce jour-là qu'il prépare son sermon du vendredi. Nous ne mettrons pas cet imam dans la gêne en lui demandant ce qu'il fabrique durant ses journées de travail. Quant aux autres catégories professionnelles, il semble que l'opposition au changement ait été assez forte chez les fonctionnaires des Emirats, rapporte Al-Khalidj. Une consultation organisée par le gouvernement il y a quelque temps a montré une majorité favorable au maintien du week-end arabo-islamique. Certains ont vu dans le projet de changement un résultat de l'accord de libre-échange entre les Etats-Unis et Bahreïn. D'autres sont allés beaucoup plus loin en dénonçant le "complot contre l'Islam" qui vise à supprimer le vendredi. En dépit de ces considérations, le gouvernement a opté pour le passage en force et a décidé de mettre en application le nouveau week-end dès le 1er septembre. Ce qui fait dire au quotidien des Emirats que les autorités ont agi suivant le principe cher aux gouvernants arabes : "Dites ce que vous voulez, nous ferons ce que nous voudrons." Et notre confrère de noter que la décision est sans doute mieux passée parce que tout le monde a eu droit à un week-end de trois jours avec le dernier jeudi du mois d'août. Alors, à vos agendas, messieurs les décideurs ! La suppression du jeudi, jour de repos, dans les Emirats suit d'ailleurs de près la disparition de Pluton du système des planètes. L'éviction de Pluton met Zaghloul Nadjar dans une position intenable en battant en brèche ses théories fumeuses sur le cosmos et l'univers. Pour les non-initiés, Zaghloul Nadjar se présente comme astrophysicien et défend la théorie du Coran, livre de recettes scientifiques. Il prévoit notamment, sur la base de sa lecture personnelle du Coran, que les déserts du Moyen- Orient reverdiront un jour. Ces "vérités scientifiques" du Coran, dites par Nadjar, sont fortement contestées par le journaliste et écrivain égyptien Khaled Mountassar. Ironisant sur les récents déboires télévisuels du pseudo-scientifique, notre confrère note que Zaghloul Nadjar a essuyé un premier échec avec son pseudoenregistrement du son produit par l'étoile du matin (Tarek en arabe). Il affirme, en effet, avoir été le seul être au monde à réussir un enregistrement du bruit occasionné par le passage de cette étoile. Ces élucubrations ont été réfutées par des scientifiques renommés qui ont opposé à Nadjar l'impossibilité d'entendre de pareils sons dans l'espace et, a fortiori, de les enregistrer. Impitoyable, Khaled Mountassar, ajoute: "Comme si cet échec ne suffisait pas pour l'abattre, un collège de scientifiques mondiaux lui a donné le coup de grâce. Il a exclu Pluton de notre système planétaire pour "délinquance" (2). Or, Zaghloul Nadjar a étayé sa théorie des "Onze planètes" par la Sourate de Joseph (3)." "Or, rappelle Khaled Mountassar dans le magazine Elaph, il y a à peine trois mois, et suivant les mêmes théories, Zaghloul Nadjar affirmait dans Al- Ahramque le système des planètes était immuable et qu'on ne pouvait ni y ajouter ni en retrancher. Or, les scientifiques de Pragues ont prouvé le contraire : on peut ajouter des planètes et on en ajoutera." "Il reste, souligne encore Mountassar, que le Dr Zaghloul Nadjar nous met dans une fâcheuse posture avec ses "théories miraculeuses". Il établit un lien forcé entre la religion qui ne connaît que des réponses et la science qui pose sans cesse des questions. La religion est conviction et la science est doute et rien ne sert de mélanger les deux. Sinon, nous risquons de tomber dans le doute religieux avec les bouleversements que causent Zaghloul Nadjar et les tenants du "miracle scientifique". Le miracle du Coran tient dans ses idées révolutionnaires qui vivront et non pas dans ses théories scientifiques qui changeront nécessairement. "Les tenants du miracle scientifique se servent de la religion et l'exploitent dans les supermarchés et les congrès du "miracle". Ils vendent l'illusion selon laquelle nous sommes les meilleurs et les plus forts, que l'avancée de l'Occident n'est que le résultat de nos découvertes contenues dans nos livres. C'est une vraie tragédie que les marchands de religion soient traités comme des stars et que les vrais défenseurs de la religion soient montrés du doigt et deviennent sujets à anathèmes, conclut Khaled Mountassar. Effectivement, les spécialistes du "business" religieux imposent leur domination aux médias et exercent une influence néfaste sur des masses de plus en plus subjuguées par le mensonge et la flagornerie. Ce n'est toutefois pas un hasard si les charlatans et les flatteurs de mémoires prospèrent un peu partout sur les chaînes satellitaires et dans les journaux. Pour notre consœur égyptienne Leïla Latrèche, les vrais responsables sont les gouvernants arabes. Ce sont eux qui encouragent systématiquement l'implantation et la propagation des idées fondamentalistes. A. H.

(1) Pour vous donner une idée, voici un fait vécu : un jeune brandit une caméra à l'intérieur d'un mausolée. Le gardien l'interpelle en lui disant qu'il est interdit de filmer. C'est interdit, répète-t-il, en arabe et, doutant du peu d'effet de son intervention, il ajoute: "C'est Haram". Le jeune obtempère illico. Qui oserait enfreindre un tel édit ?

(2) En attendant que Zaghloul Nadjar soit exclu du monde scientifique pour charlatanisme et pratique illégale du commerce de la religion.

(3) "J'ai vu onze étoiles, le Soleil et la Lune; oui, je les ai vus se prosterner devant moi" (Sourate XII).

Ahmed Alli "Le soir d'Algérie "http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/09/04/article.php?sid=42682&cid=8

Le Tigre, l'Euphrate et El-Harrach

Le chanteur égyptien Chabane Abderrahim a encore profité de "l'aubaine" libanaise pour faire un tabac avec un nouveau clip. Alors que les chaînes de télévision arabes ressortaient les vieux champs patriotiques des archives poussiéreuses, Chabane Abderrahim a chanté sur l'air de "Je vous l'avais dit". Pendant que les Israéliens semaient la mort et la destruction sur leur passage, Chabane a joué les chœurs des tragédies antiques. Avec un rien de condescendance, il a rappelé aux Arabes qu'il les avait mis en garde à maintes reprises contre la duplicité d'Israël. Il sait de quoi il parle le chanteur qui fait des tubes avec les déboires et les déconvenues arabes. Tant que durait la guerre, les rodomontades de Chabane Abderrahim n'émouvaient personne. Mais une fois le cessezle- feu établi, tout le monde n'est pas obligé d'apprécier comme en témoigne la réaction de Tel- Aviv. La chanson n'est pas loin d'être assimilée à une violation du cessez-le-feu, doivent estimer les Israéliens passés maîtres en la matière. C'est sans doute la conclusion de l'ambassadeur d'Israël en Egypte puisqu'il vient de protester officiellement contre les vitupérations de Chabane Abderrahim. Ce dernier ne s'en laisse pas conter et dénie aux Israéliens le droit de commenter ses chansons ou de protester contre leur contenu. Il va même plus loin en annonçant qu'il intentait une action en justice contre l'ambassade israélienne pour son manque de goût artistique. Ira-t-il jusqu'à se réserver le droit d'en faire un nouveau tube ? La chose n'est pas exclue avec cet intarissable donneur de leçons patriotiques et vedette incontestable des chaînes satellitaires. Au reste, ce n'est pas la première fois que des artistes égyptiens plus éprouvés et plus talentueux ainsi que des journalistes ont maille à partir avec des Israéliens qui expérimentent au Caire le fossé qui les sépare de la normalisation. Outre la presse qui exprime ouvertement son hostilité à l'établissement de relations normales avec Israël, le cinéma égyptien cède volontiers à la tentation de pourfendre l'ancien ennemi. Récemment encore, l'ambassadeur israélien s'est fendu d'une note de protestation officielle contre le film Une ambassade dans notre immeuble. L'œuvre traitait sur le ton de la comédie l'existence quotidienne de locataires d'un immeuble confrontés à un voisin indésirable, l'ambassade d'Israël en l'occurrence. La protestation visait surtout le fait que l'ambassadeur israélien était présenté comme un personnage agité et névropathe. Auparavant, le cinéma avait fait mieux, ou pire selon le point de vue, avec le feuilleton Un chevalier sans destrier, interprété par Mohamed Sohi. Le feuilleton s'appuyait sur les fameux "Protocoles des Sages de Sion" que le monde entier considère comme un faux grossier à l'exception de qui vous savez (1). Comme de bien entendu, les Américains ont emboîté le pas à leurs amis israéliens. Ils ont adressé une sévère mise en garde contre la diffusion du feuilleton dans les autres pays arabes. Résultat: toutes les télévisions arabes, à une ou deux exceptions près, ont acheté Un chevalier sans destrier. De là à en déduire que les Arabes font tout le contraire de ce que leur dicte l'Amérique, il y a un pas que seuls les Saoudiens peuvent franchir. Avec les Egyptiens, les Saoudiens sont les seuls à s'opposer aux Etats-Unis tout en étant tout contre à la manière de Sacha Guitry (2). Dans la série des justifications a posteriori, le quotidien saoudien Al-Charq-Al-Awsat a encore donné la preuve de l'incroyable capacité d'adaptation des dirigeants wahhabites. Hier, il a annoncé non sans en tirer quelque gloriole un événement retentissant. Il s'agit de l'absolution octroyée par la "Djamaa islamya" au royaume d'Arabie pour sa participation à la libération du Koweït, occupé par Saddam. Dans un livre à paraître prochainement, la "Djamaa" qui a assassiné Sadate et renoncé à la violence depuis quatre années, déclare que l'alliance saoudienne avec les Etats-Unis pour libérer le Koweït était légale du point de vue religieux. On se doute bien que le livre en question consacré à la bonne éducation dans l'art de la guerre n'évoquera pas le rôle de l'Arabie saoudite au Liban. Quant à notre ami Chaker Nabulci, il n'est pas près d'accorder la grâce amnistiante au Hezbollah du Cheikh Nasrallah. Malgré les insultes et les menaces, le sociologue jordanien persiste et signe : le Hezbollah entend bien fonder une république islamique au Liban à l'exemple de celle qui existe actuellement en Iran. Il l'affirme dans une chronique au titre évocateur : "Quand le mariage de jouissance entre l'Iran et le Hezbollah sera-t-il rompu ?". Répondant aux lecteurs du magazine Elaphqui lui reprochent d'être hostile au chiisme, il réplique qu'il s'en prend uniquement aux chiites duodécimains (3) qui sont au pouvoir en Iran. A coups d'arguments irréfutables, il démontre que la transformation du Liban en république islamique est bien l'objectif principal du Hezbollah. Nabulci démonte les liens qui unissent l'Iran et le Hezbollah jusque dans l'exercice du pouvoir. Il cite, entre autres, le fait que Nasrallah en soit à son troisième mandat successif et qu'il soit reconductible à son poste, comme en Iran, et comme la plupart des potentats arabes. Ce qui fait dire à notre confrère irakien Sammy Al-Buhairi qu'il faut absolument consacrer un séminaire au chiisme et décider une fois pour toutes s'ils sont des musulmans ou "refuzniks" à traiter selon la méthode d'Ibn Taymia. "Car, dit-il, je ne comprends pas qu'on puisse massacrer les chiites d'Irak en les traitant d'ennemis de Dieu et qu'on adule dans le même temps un autre chiite du Liban, Hassan Nasrallah, regardé comme l'étendard de l'Islam". On pourrait avoir une explication avec cette étude irakienne consacrée à la violence et qui a eu très peu d'échos dans la presse arabe. Cette étude tend à démontrer que le penchant des Irakiens pour la violence s'explique par l'influence du Tigre et de l'Euphrate. Les crues violentes et destructrices des deux fleuves nourriciers expliqueraient la vague de violence qui secoue actuellement l'Irak. En comparaison, note l'étude, les crues du Nil plus paisibles et plus modérées ont donné l'Egyptien actuel, pondéré et peu porté sur la violence. Avec cette théorie, ce sont donc nos torrents impétueux qui expliqueraient nos batailles fratricides. Ce que je comprends moins bien, c'est comment nous sommes parvenus au stade actuel : l'oued El-Harrach qui rythme nos élans productifs et notre pratique de l'hygiène. A. H. (1) Un débat intéressant que celui diffusé la semaine dernière par Al-Jazira sur le séminaire "Les médias arabes et la communication avec les autres". J'ai relevé certaines interventions pertinentes comme celle-ci : "Il faudrait d'abord apprendre à communiquer entre nous avant de vouloir communiquer avec les autres." Ou encore celle-là : "Ce n'est pas en ponctuant chaque prière par des anathèmes contre les Juifs et les chrétiens que nous arriverons à convaincre les autres du bien-fondé de notre cause." (2) Interrogé sur sa position à l'égard des femmes, l'humoriste misogyne avait répondu : "Les femmes, je suis contre, tout contre." (3) Le chiisme duodécimain ou "djaffari" constitue le groupe le plus important et c'est la doctrine officielle de l'Iran actuel. Cette doctrine repose sur le culte des douze imams, de Ali, le premier, à Mohamed Al Mahdi, le douzième. Ce dernier n'est pas mort mais a été occulté. Ce qui veut dire qu'il vit parmi nous (eux) mais qu'il ne peut se manifester de crainte de perdre son pouvoir.

Ahmed Alli Le soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/08/28/article.php?sid=42441&cid=8

La sombre réalité du Liban

La «paix» revenue au Liban et l'argent du Hezbollah se déversant sur les sinistrés, il aurait semblé plus opportun de s'intéresser à Nancy Agram ou encore à Faten Hamama. Las, toutes les deux et tous les artistes parlent uniquement du Liban. Ce sont d'ailleurs les seuls à avoir des accents de sincérité quand ils se lamentent sur les ruines d'un pays saccagé de fond en comble. Les artistes et les poètes savent trop bien ce que le Liban représente pour la culture et pour la liberté de dire.La «paix» revenue au Liban et l'argent du Hezbollah se déversant sur les sinistrés, il aurait semblé plus opportun de s'intéresser à Nancy Agram ou encore à Faten Hamama. Las, toutes les deux et tous les artistes parlent uniquement du Liban. Ce sont d'ailleurs les seuls à avoir des accents de sincérité quand ils se lamentent sur les ruines d'un pays saccagé de fond en comble. Les artistes et les poètes savent trop bien ce que le Liban représente pour la culture et pour la liberté de dire. Ce n'est pas par hasard si le bonheur de survivre des Libanais est tempéré à l'évidence par un sentiment de mutilation. Il y a, certes, le Hezbollah qui exulte et qui brandit, provisoirement il faut croire, la corne d'abondance au lieu de l'épée du «djihad». «Hezbollah a de l'argent», répète à l'envi le Merani (1) local représentant du Parti de Dieu, devant les caméras des télévisions occidentales toujours en quête de frissons à barbe. On sait d'où vient l'argent mais les certitudes s'estompent quant à sa destination finale. Un fait est indéniable : c'est le parti de Nasrallah qui tire les marrons du feu libanais. Magnanime, le Hezbollah va même jusqu'à concéder une parcelle de «gloire» à son allié syrien Bachar Al-Assad. Ce dernier s'est d'ailleurs empressé de sauter sur l'occasion : c'est lui qui a planifié cette guerre avec ses alliés de la résistance et en «coordination étroite» avec l'Iran. Il le dit et il le répète à tous vents : c'est une guerre savamment planifiée et menée qu'a vécue le Liban. Il faut donc s'attendre à une imminente guerre de libération du Golan (2) avec la destruction partielle de Damas et des villes tampons syriennes. Et si vous ne me croyez pas réécoutez son discours fleuve devant le congrès des journalistes syriens et relisez les trois ou quatre interviews qu'il a accordées aux confrères arabes invités d'honneur (3). En tout cas, j'ai noté une information de taille dans les propos de Bachar Al-Assad, à savoir que les Arabes n'avaient pas besoin de son autorisation pour aller combattre Israël. Réponse indirecte à notre agitateur belliciste, Ali Benhadj, qui guerroie toujours sur les hauteurs des Tagarins ou d'El- Mouradia. Au reste, « les Arabes ne sont pas décidés à se battre sinon qui les aurait empêchés de se masser aux frontières d'Israël et de combattre les Israéliens», note au passage le quotidien Al-Hayat qui reflète, comme on le sait, le point de vue saoudien. Porteparole de nos directeurs de conscience attitrés, les Saoudiens, Al-Hayat s'est mis à l'heure des bilans, triomphalistes pour les uns, mitigés ou franchement pessimistes pour les autres. Il faut donc le ranger parmi les grands déçus de la crise libanaise. Pour le quotidien saoudien, il y a finalement deux grands perdants dans ce conflit : Israël et le Hezbollah. Israël, dit-il, a perdu parce qu'il s'est montré incapable d'attaquer l'Iran et la Syrie, le principal pourvoyeur d'armes et leur passage obligé. Quant au Hezbollah, il a échoué dans son projet d'entraîner le monde arabe dans son djihad puisque les Arabes ont refusé de le suivre. Cela étant, notre confrère occulte, et pour cause, l'identité du troisième et plus gros perdant, j'ai cité les Saoudiens. Ils mettront au moins une dizaine d'années sinon plus à se relever du coup que leur a porté Nasrallah aux plans religieux et idéologique. Ce n'est pas demain, évidemment, que l'Adhan chiite viendra troubler le sommeil auroral des néowahhabites mais la graine est semée. Elle germe déjà entre deux sachets décrépis dans les espaces verts du Climatde- France et de Bab-el-Oued. Le chiisme comme «solution islamique» alternative au sunnisme à court d'imagination, pourquoi pas ? On a vu et entendu pire que ces insanités- là. C'est pourtant l'issue qu'appréhende à terme, pour le Liban, le penseur Chaker Nabulci. Dans sa contribution régulière au quotidien koweïtien Al-Siassa, il estime qu'une république islamique de type iranien au Liban est désormais probable. Chaker Nabulci estime, en effet, qu'auréolé de sa «victoire» au Sud-Liban, le Hezbollah peut aujourd'hui envisager cet Etat théocratique dont avait rêvé Khomeïni. Sinon, comment expliquer que le Hezbollah qui prétend incarner la résistance à l'occupation ne soit ouvert qu'aux seuls chiites et aux khomeïnistes de surcroît ? Comment se fait-il qu'il n'y ait ni sunnites ni maronites dans ce mouvement qui prétend libérer le sud du pays ? Comment un mouvement qui se prétend libanais peut-il défiler avec les seuls portraits de Khomeïni, de Khamanei et de Ahmadinejad ? Le Hezbollah est né et a grandi avec le soutien de l'Iran et de la Syrie sous le regard de tous les responsables libanais, note encore Chaker Nabulci. Les Américains aussi n'ignoraient pas les efforts accomplis par ce mouvement pour s'équiper et pour devenir la première milice armée du Liban et du monde arabe. C'est au vu et au su de tous que le parti de Nasrallah s'est introduit dans tous les rouages de l'Etat libanais pour s'enrichir et pour devenir plus fort. L'écrivain jordanien rappelle ensuite les propos récents tenus par un des dignitaires du régime des ayattollahs, Ali Akbar Mohtachemi, ancien ambassadeur d'Iran en Syrie et au Liban, à propos du mouvement de Hassan Nasrallah. Il disait : «Le Hezbollah fait partie du pouvoir en Iran. Le Hezbollah est un élément fondamental du dispositif militaire et sécuritaire iranien. La relation du Hezbollah avec l'Iran va plus loin que celle d'un régime révolutionnaire avec un parti ou une organisation révolutionnaires à l'extérieur du pays.» «Transposées sur le terrain, que traduisent ces trois phrases ? s'interroge alors Chaker Nabulci. Le Liban se transformera-t-il en république islamique comme c'est le cas aujourd'hui de sa partie sud, devenue une mini-république islamique avec comme guide suprême Hassan Nasrallah ? ». Notre confrère irakien Khoudhir Tahar va plus loin dans un article que publie le journal des Emirats Al-Itihad. Il prévoit un Etat chrétien sécessionniste dans la partie libanaise à majorité maronite. Khoudhir Tahar prévoit une reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël. Les gens qui pensent que le Hezbollah va désarmer commettent une lourde erreur, dit-il, et ce n'est pas dans les plans de l'Iran. Une nouvelle offensive israélienne lui portera des coups plus durs et il sera réduit à engager des hostilités avec les sunnites, les Druzes et les Maronites. En échange d'un cessez-le-feu, le Hezbollah acceptera de mettre fin à la guerre civile engagée contre les autres communautés libanaises. C'est alors que les chrétiens proclameront leur Etat et toutes les conditions sont réunies pour que cet Etat bénéficie de la reconnaissance internationale, prédit notre confrère qui explique cette issue en ces termes : «Si moi le musulman chiite, je suis en désaccord avec le Hezbollah chiite, comment peut-on demander à un Maronite que tout sépare du Hezbollah de cohabiter avec lui dans ces conditions ? ». République khoméiniste ou mini-Etats confessionnels, l'avenir du Liban, victime de sa réussite, devra encore être dicté en dehors du Liban. C'est la très banale et très sombre réalité. A. H.

(1) Qui se souvient du chargé de l'action sociale du FIS de la belle époque ? Celui qui faisait croire au bon peuple, entre un gigot de mouton et un costume d'époque, que l'Etat islamique de Benhadj c'était la prospérité et la fin des séismes. Recrue providentielle de la concorde nationale première mouture, il s'est effacé depuis au profit de marathoniens plus aguerris.
(2) Ce n'est pas le même relief ni le même pays mais sait-on jamais.
(3) Triste époque : les «frères» algériens n'étaient pas conviés à la fête à moins qu'ils y aient joué le rôle de convives honteux.


Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/08/21/article.php?sid=42202&cid=8

Voir un dirigeant arabe pleurer

C'est la semaine du politiquement correct, celle où il ne faut pas heurter de front des sensibilités ultra-patriotiques exacerbées par l'imminence d'un cessez- le-feu au Liban. Ceci, pour répondre à ce lecteur qui m'a lancé un tonitruant «Vive Nasrallah» sur mon email. Et comme il a bien appris ses leçons d'histoire, il me rappelle que c'est grâce à la révolution de 1954 que je peux écrire ce que j'écris. C'est la semaine du politiquement correct, celle où il ne faut pas heurter de front des sensibilités ultra-patriotiques exacerbées par l'imminence d'un cessez- le-feu au Liban. Ceci, pour répondre à ce lecteur qui m'a lancé un tonitruant «Vive Nasrallah» sur mon email. Et comme il a bien appris ses leçons d'histoire, il me rappelle que c'est grâce à la révolution de 1954 que je peux écrire ce que j'écris. Ce que j'admets volontiers, en soulignant au passage que c'est par la même filière que mon irascible lecteur est en mesure de me lire. Je n'irais pas toutefois jusqu'à établir par raccourci la corrélation entre Abane Ramdane et Hassan Nasrallah. Tenter comme on le fait de grandir le Hezbollah en le comparant à l'artisan de l'insurrection de Novembre, c'est tirer le FLN (1) vers le bas. Il y a suffisamment de démagogues prêts, en ce moment, à jurer que juillet 2006 est la réplique sismique de Novembre 1954. Il y a, certes, des conflits qui vous révèlent à vous-mêmes et vous mettent d'illustres inconnus en postures d'idoles mais gardons-nous des similitudes outrancières. Essayons d'être lucides même si toutes les salles Harcha du monde arabe résonnent de cris de guerre lancés par des tribuns endimanchés. Et surtout n'envoyons pas Larbi Ben M'hidi se faire immoler sur l'autel de la cause arabe. Son nom est synonyme de victoire et cela devrait suffire. Pour rester dans la semaine des bonnes résolutions, notons le silence pacifiste, et donc inhabituel, observé par notre voisin libyen. Relevons aussi la sourdine mise par tous les boutefeux médiatiques (2) à leurs attaques contre la «bande des trois». Il s'agit de l'Arabie saoudite, de l'Egypte et de la Jordanie. Ces trois pays sont désormais taxés de «traîtres» par les faiseurs d'opinions arabes. On a ressorti spécialement pour eux la bonne vieille étiquette de «réactionnaires» que les pays progressistes utilisaient contre les monarchies arabes. La discrétion des commentateurs s'explique peut-être par la participation active de ces trois pays à la campagne de solidarité avec le Liban. Ainsi en est-il de la reine de Jordanie et de la première dame d'Egypte qui sont particulièrement dynamiques sur le plan humanitaire. Cependant, il y a un quatrième «traître» (3) que les chroniqueurs attitrés des télévisions belligérantes ne citent pas et c'est le Qatar. Comme les relations entre l'Arabie saoudite et l'émirat du Qatar ne sont pas actuellement au beau fixe, le quotidien saoudien Al-Charq al- Awsat nous en dit plus. Selon son correspondant en Israël, le ministre qatari des Affaires étrangères, Hamed Ibn Djassem, est arrivé la semaine dernière à Beyrouth escorté par deux avions israéliens. Avant d'aller assister aux travaux de la conférence ministérielle de la Ligue arabe, le ministre qatari a fait une escale de quatre heures à Tel-Aviv. L'objectif de cette escale, selon le quotidien, était de justifier auprès des dirigeants les récentes déclarations officielles du Qatar. Les Israéliens, en effet, ont été particulièrement irrités par l'engagement verbal du Qatar à rompre ses relations diplomatiques avec Israël si un sommet arabe le recommandait. Cheikh Hamed Ibn Djassem a indiqué à ses interlocuteurs israéliens que cette déclaration était seulement destinée à faire cesser les attaques arabes contre le Qatar. Ce dernier, a-t-il souligné, est en butte aux critiques à cause de ses relations avec Israël. Or, personne ne s'enhardit à critiquer l'Egypte, la Jordanie et l'Autorité palestinienne qui sont dans le même cas. Al-Charq al- Awsat ajoute encore que les Israéliens se sont plaints de l'attitude hostile de la chaîne qatarie Al Jazira. Hamed ibn Djassem a répondu que la chaîne était une tribune libre qui donnait aussi la parole aux responsables militaires israéliens (4). Il a ajouté que la dernière chose à laquelle il s'attendait d'un Israël démocratique, c'est qu'il critique la liberté de la presse au Qatar. Toujours selon le même journal, le chef de la diplomatie qatarie a quitté ensuite Tel-Aviv escorté par deux avions militaires israéliens. Les mêmes Israéliens ont d'ailleurs mis en en garde leurs hôtes de passage sur les dangers qu'il y avait à emprunter le couloir aérien traditionnel entre Damas et Beyrouth. Ils ont mis en garde contre les risques encourus en raison de la multitude de missiles qui sillonnent cette région. Les Israéliens ont suggéré le couloir Tel-Aviv- Beyrouth, beaucoup plus sûr. Toujours sur le même registre, Al-Charq al-Awsatrelate un des échanges qui ont eu lieu lors de la conférence ministérielle de Beyrouth. Lorsque le ministre saoudien des Affaires étrangères a proposé la tenue d'un sommet arabe à La Mecque, son homologue syrien, Walid Al-Mouallem, a déclaré : «Nous bénissons cette initiative à condition qu'un tel sommet appelle à mobiliser les armées arabes et à arrêter les exportations de pétrole.» Ce à quoi le ministre saoudien Saoud Al- Fayçal a répondu : «Le pétrole c'est pour le développement et non pas pour la guerre.» Comme piqué au vif, le chef de la diplomatie libyenne, Abderrahmane Chelqam, a réagi en interpellant son homologue syrien : «Je ne comprends pas pourquoi on soulève de tels problèmes et on lance des slogans dont tout le monde sait qu'ils sont contreproductifs.» Le ministre syrien intervient à nouveau pour dire : «En ce qui nous concerne, nous parlons ici au nom de la dignité, de la fermeté et du sacrifice.» Réplique du Libyen, décidément surprenant : «Pourquoi vous n'appliquez pas alors ces principes au Golan.» Nouvelle polémique lorsqu'il s'est agi de désigner les membres de la délégation arabe au Conseil de sécurité. Le quotidien saoudien rapporte que le ministre des Affaires étrangères qatari a essuyé une rebuffade lorsqu'il s'est proposé comme membre de la délégation. L'affront est venu d'un ministre maghrébin, note le journal sans autres précisions. Tous ces éléments pourraient expliquer, a posteriori, le fait que le Premier ministre du Liban Fouad Siniora ait éclaté en sanglots devant les caméras des télévisions. Ce qui fait dire au chroniqueur syrien du quotidien londonien Al-Quds que ces larmes sont une vraie première. «De toute ma vie, écrit-il, je n'ai vu un dirigeant arabe pleurer. Ils ont toujours arboré, devant les caméras, ce sourire de satisfaction que l'on affiche en regardant une pièce de Adel Imam ou de Doreide Laham. De défaite en défaite et de beuveries en revers, les dirigeants arabes ont toujours veillé à garder le sourire comme s'il s'agissait pour eux de battre un record sportif.» En conclusion, notre confrère affirme qu'il n'est pas dans son idée d'appeler à un sommet arabe des pleurs. «Mais si un tel sommet se tenait, il résumerait mieux la réalité arabe que les autres sommets.» Un sommet lacrymal à La Mecque, ce n'est pas une si mauvaise idée. A. H.


(1) Précision rudement utile : je parle ici du FLN originel qui a disparu dans le tumulte de l'été 62.
(2) Avec une mention particulière à Fayçal Al Kassem, l'incroyable animateur de la chaîne qatarie Al Jazira qui propose d'ouvrir un front au Liban sur ses propres deniers.
(3) A cette catégorie, il faudrait peut-être ajouter celle des indécis et des opportunistes comme ceux qui sont prêts à aller guerroyer au Sud-Liban, à condition d'être accompagnés de tambours et cornemuses. (4) Al Jazira ainsi que de nombreuses autres chaînes satellites arabes disposent de correspondants dans tous les territoires israéliens ou sous contrôle israélien. La réciprocité n'est pas pour demain, ce qui donne une idée de l'écart entre les deux camps en matière de communication.

Ahmed Alli" Le soir d'Algérie "http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/08/14/article.php?sid=41986&cid=8

Le sacrifice comme tenant et aboutissant

Il ne faut pas se leurrer : les mêmes causes produisant les mêmes effets, Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais, est bien parti pour demeurer longtemps encore l'idole des foules arabes. Il n'a pas exterminé tous les Israéliens ni détruit l'entité sioniste comme le stipule son programme mais il résiste.Même si ses tirs de roquettes provoquent des dégâts sans commune mesure avec les destructions occasionnées au Liban par l'agression israélienne, Nasrallah est désormais un héros. C'est que les Arabes fatigués par les reniements, les capitulations en rase campagne et les défaites, habitués à voir des villes, des villages et des régions entières abandonnés à l'ennemi par une retraite honteuse, voient en Nasrallah sinon le libérateur du moins l'artisan de leur revanche. Le simple fait de tenir un village durant des jours et des semaines face à un adversaire, doté d'une supériorité écrasante, a l'éclat d'une victoire historique. Il y a longtemps qu'on avait perdu le goût de ces victoires- là dans les chaumières arabes. Oui ! On en est arrivé à espérer seulement une résistance acharnée, des exploits individuels ou de petits groupes que glorifieront les poètes avant la défaite inéluctable mais honorable. Mieux vaut être vaincu par un ennemi surpuissant que subir l'humiliation d'une retraite désordonnée, suivie de concessions politiques irrémédiables. Les Arabes savent que Hassan Nasrallah n'est pas l'archétype du héros qu'ils attendent mais ils font avec. N'a-t-il pas réussi, lui le chiite pro-iranien, pro- Assad et en l'espace de quelques semaines, à fédérer la «rue arabe» dans toutes ses composantes religieuses ? Et donc, Hassan Nasrallah ne devrait-il pas devenir le prochain Premier ministre du Liban, compte tenu du fait qu'il se présente en vainqueur, selon les normes arabes communément admises ? C'est la question que pose non sans dérision le sociologue jordanien exilé en Amérique, Chaker Naboulci. Dans sa contribution régulière au quotidien koweïtien Al-Siassa et au magazine Elaph, le chef de file des «nouveaux libéraux» expose les arguments en faveur de ce choix. «Certes, dit-il, la Constitution libanaise stipule que le Premier ministre doit être sunnite et non chiite mais celui qui a gagné une guerre doit gouverner, c'est la loi de la guerre. Et la victoire dans ce cas d'espèce, telle que la décrit le Hezbollah aux Libanais, aux Palestiniens et aux Arabes, le permet. Elle autorise Hassan Nasrallah, le héros libanais couronné et sans rival, à outrepasser la Constitution et à créer un précédent historique au Liban. Qui parmi les hommes politiques au Liban a plus de droits que lui à occuper cette fonction ?» Observant que le fait d'avoir provoqué autant de dégâts au Liban l'autorise autant qu'une autre personnalité à revendiquer le poste de Premier ministre, Chaker Naboulci nous refuse le droit à l'amnésie. «Nabih Berri n'est-il pas président du Parlement et deuxième personnage de l'Etat en vertu de la Constitution ? C'est pourtant lui, avec son mouvement Amal qui a tué en 1985 plus de 3000 Palestiniens à Sabra et à Chattila ainsi qu'à Bordj-Al- Baradjnieh et dans les camps du Sud-Liban». L'écrivain cite à l'appui de ses dires le livre de Abdallah Mohamed Al-Gharib Amal et les camps palestiniens. Il souligne que les massacres commis par Amal ont dépassé en cruauté ceux des Israéliens et des forces libanaises (maronites). «Pourquoi Hassan Nasrallah, qui a détruit intégralement le Liban, n'aurait-il pas le droit d'être Premier ministre en dépit du fait qu'il ne soit pas sunnite ? Et puis, lorsque le Hezbollah était un parti en devenir, n'a-t-il pas proclamé qu'il refusait l'humiliation de cohabiter avec des chrétiens ? (Journal Al-Nahar du 21/09/1989). Il n'était alors qu'un petit parti et il n'avait pas la puissance qu'il a aujourd'hui. Maintenant qu'il est le plus puissant parti, non seulement du Liban mais de tout le monde arabe et islamique, il peut rejeter la Constitution libanaise. Etant petit, le Hezbollah promettait de «déchirer les accords de Taëf» (Journal Al- Nahardu 13/10/1989). Qui l'empêche, dès lors qu'il sera sorti vainqueur de la guerre et qu'il aura défait la plus grande puissance militaire de la région, de dire : «Nous déchirerons la Constitution» ? Il a affirmé aussi que les accords de Taëf étaient une capitulation face à la politique maronite et à Israël. Qui l'empêchera de décréter que «la Constitution libanaise est aussi une capitulation devant les maronites, Israël, les laïcs occidentalisés et les agents de l'Amérique et de la France ?». Jouant sur le thème de la «régression féconde», le sociologue jordanien enchaîne : «Si les politiques libanais laïques ont échoué à bâtir un Etat puissant, pourquoi ne pas donner l'occasion aux religieux de le faire. Pourquoi ne pas offrir cette opportunité au Hezbollah qui bénéficie d'un si large appui de toutes les forces politiques et religieuses du monde arabe ?» Dans le sillage de cet aveu d'impuissance face à l'extase collective, l'universitaire tunisienne Raja Benslama s'arrête à cette phrase de Hassan Nasrallah : «Nous somme issus de la matrice du sacrifice». «Cette phrase, dit-elle, en dit long sur la nature de la résistance que dirige cet orateur. C'est une résistance qui ne consent pas de sacrifices pour la défense de la patrie, de son indépendance et de l'intégrité de ses habitants. Mais elle considère le sacrifice comme le tenant et l'aboutissant, il est le point de départ et d'arrivée. C'est du sacrifice pour le sacrifice. La résistance défend la patrie au nom du sacrifice, elle ne se sacrifie pas au nom de la patrie. Et c'est là le problème avec cette résistance : elle est née «de la matrice» du sacrifice, elle est née de la matrice de la mort et elle y retournera puisqu'elle est incapable de s'en détacher. C'est un attachement maladif qui tend à devenir une culture. Le sacrifice et non pas la vie, voilà le fondement idéologique de cette résistance armée. Le devoir d'aller au martyre est l'essence au détriment du droit à la vie.» Commentant l'attitude des élites intellectuelles arabes littéralement subjuguées par l'effet Nasrallah, Raja Benslama note encore : «Mais lorsque les élites culturelles de toutes tendances politiques s'impliquent dans la défense de ce parti et le considèrent comme un mouvement de résistance libanais. Lorsque ces élites manifestent pour le Liban en arborant des portraits de Hassan Nasrallah et d'autres leaders du même acabit, cela signifie que nos intellectuels ne sont pas immunisés contre les prêcheurs et contre les prêches destructeurs. Cela veut dire qu'ils ne sont pas sortis de l'aire de conscience tribale basée sur le soutien aux natifs de la matrice, c'est-à-dire le soutien au frère qu'il soit «agresseur ou agressé» selon la logique primaire : le Hezbollah est l'ennemi d'Israël et l'ennemi de l'ennemi est un ami. Plus prosaïquement, nos élites ne sont pas encore sorties de la logique de l'éclat et de la provocation infantiles : le Hezbollah défie, ceci est suffisant et peu importent la finalité et le prix du défi (…) Lorsque la folie s'empare de deux belligérants, il faut qu'une tierce partie soit là pour rappeler qu'il existe une alternative précieuse au-dessus des combattants. Et cette alternative précieuse c'est le droit et la légitimité morale. Or nos élites ne jouent pas ce rôle de tiers, elles entrent au contraire dans la spirale de la guerre en soutenant une des parties. Elles prennent fait et cause pour la tuerie et pour la logique de haine qui l'entretient », conclut l'universitaire tunisienne. Qu'ajouter de plus sinon prier pour que le ciel nous préserve des hallucinations collectives.A. H.

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