Hassan Tourabi continue de faire des vagues avec ses fetwas audacieuses concernant la femme. Il a, ce faisant, touché tous les dignitaires musulmans là où ça fait mal. Il sait, le bougre, que des sujets pareils font monter l'adrénaline chez les vieux théologiens, en principe réduits à la portion congrue sur ce terrain-là. Diable ! C'est qu'il s'attaque à la source et à la vitalité des fonds de retraite pour vieillards libidineux.
Il n'y a, en effet, que la perspective de perdre des avantages comme les ersatz de “Houris” sur terre qui peut les faire se lever comme un seul homme. Enfin, comme un seul homme qui peut encore se mettre debout. Bref, ne tombons pas dans le trivial. Pour faire court, disons que Hassan Tourabi n'aurait pas dérangé autant s'il avait délivré des fetwas sur le sexe des anges ou le mariage d'un djinn musulman avec une mortelle loubavitch. C'est donc la tempête dans les Sarl musulmanes mais une tempête dans un sablier fermé. En l'occurrence, ce sablier-là est hermétiquement obturé dans sa partie étranglée pour empêcher le temps de s'écouler. Nous sommes donc dans le cas d'une société qui n'est même pas autorisée à se rendre dans l'autre partie du sablier. Celui-ci a, d'ailleurs, été retourné par précaution et toute l'agitation est confinée dans sa partie inférieure. Une tempête dans un verre d'eau chaude (avec tendance à l'ébullition) recouvert par une dalle en béton. C'est une situation caractéristique de la vacance de l'intelligence et de l'esprit critique, priés d'aller voir ailleurs sous peine de tribunaux d'exception. De ce point de vue, notre ami Djamel Al-Bana ne verse pas dans l'excès avec cette formule : “Les peuples musulmans ont donné congé à leurs cerveaux depuis mille ans.” En lançant sa salve de fetwas (1), il y a une dizaine de jours, Hassan Tourabi savait très bien qu'il n'ébranlerait pas le mur des certitudes qui entoure les peuples de l'Islam. Il a juste redonné vie au malentendu en donnant à croire qu'il y a un débat d'idées à l'intérieur de notre “Guantanamo” spirituel et culturel. Il refait, à son détriment peut-être, l'unité d'un monde unifié sous la bannière de l'intolérance religieuse et dominé par des clercs qui agissent comme tels mais refusent d'endosser l'uniforme. En fait, il y a débat mais les seules idées tournent quasi exclusivement autour de cette question : “Comment châtier le coupable, c'est-à-dire Tourabi?”. Les réactions dans les médias aux propos du dirigeant soudanais reflètent assez bien cette réalité. Hormis quelques rares approbations, la condamnation est quasi unanime comme en témoigne le dossier consacré au sujet par Al- Khabar Hebdo. En posant la question de savoir si Tourabi était “un rénovateur ou un hérétique”, notre confrère entendait sans doute obtenir des avis algériens partagés. Les quatre avis “autorisés” vont tous dans le même sens même s'ils diffèrent par la sévérité du discours. Mohamed Cherif Gaher, président du comité de la fetwa au Haut- Conseil islamique (HCI), est, comme à son habitude, sans nuances. Il affirme que tous les dignitaires du monde musulman doivent prendre leurs responsabilités. Ils doivent inciter Tourabi à revenir dans le droit chemin, sinon ils s'exposent, lui et ses semblables, “aux mesures qu'impose la religion afin de protéger l'Islam de la déviation”. Car, ajoute-t-il, les musulmans ne peuvent se taire devant ces fetwas qui frappent l'Islam au cœur”. Avec plus de doigté, le président du même Haut-Conseil botte en touche. Sur la question du droit de la femme à diriger la prière et l'Etat, Cheikh Bouamrane refuse de se prononcer. “Il appartient à l'ensemble des théologiens musulmans de réfléchir (ijtihad) au problème et de le trancher”, dit-il. Encore faudrait- il, cher Monsieur, que les portes de l'ijtihad soient à nouveau ouvertes. Ce qui est loin d'être le cas. Même réponse de Cheikh Bouamrane en ce qui concerne le hidjab, source de divergence d'interprétations. Il renvoie le débat sine die. Quant au retour du Messie (2) que Tourabi estime improbable, “il appartient d'abord aux chrétiens d'en débattre et nous ne devons pas trop nous y attarder”. Prudence, prudence ! On retiendra tout de même la position médiane de Cheikh Abderrahmane Chibane, président des Ulémas algériens. Lui, au moins, sait ce qu'est une tempête dans un verre d'eau chaude et il sait encore que la voie du milieu est la plus appropriée sur les autoroutes de la foi. Hassan Tourabi “a pratiqué l'ijtihad et il s'est trompé mais nous ne disons pas qu'il est hérétique et nous refusons de jeter la suspicion sur sa foi et sur ses orientations”, dit-il. Plusieurs articles accompagnent ces réactions dont l'un a particulièrement attiré mon attention. Il ressemble étrangement, par le titre et par le contenu (3), à un texte publié en 2003 sur le site “Islam on line”(http://www.islamonline.net /arabic/famous/2003/06/article 03.shtml). On y apprend que le Soudanais le plus controversé “est l'un des meilleurs penseurs islamistes au monde et, en même temps, le pire des hommes politiques”. Hors des usines à fetwas, en phase de surproduction et dont les cours grimpent aussi vite que le prix du pétrole, des hommes continuent de réfléchir et de proposer. C'est le cas de l'Egyptien Mohamed Sobhi Mansour, théologien défenestré de l'université Al-Azhar, qui vit aujourd'hui au Canada (4). S'appuyant sur une argumentation solide, il affirme dans un premier article publié jeudi dernier par le magazine Elaph que la représentation des prophètes dans une pièce ou un film n'est pas interdite. A la question “la représentation du Prophète dans une œuvre dramatique est-elle “haram”? Il répond non et il explique : “La règle dans la Charia islamique est la permissivité (Ibaha) et l'interdiction (haram) est l'exception. Le Coran énumère dans le détail ce qui est licite et ce qui est illicite et tout ce qui n'est pas explicitement interdit est donc permis. La représentation physique des prophètes n'est pas stipulée comme haram dans le Coran. Elle n'est donc pas interdite.” Mohamed Sobhi Mansour relance un très vieux débat et règle, en même temps, un vieux compte avec l'université cairote qui l'a exclu. Il rappelle, en préambule à sa réflexion, la position de ses ex-confrères au sujet du film de Mustapha Al- Akkad, Errissala ( Le Message). Le regretté cinéaste syrien avait pris soin de choisir Hamza, l'oncle du Prophète, comme personnage central de son film. Malgré ce choix, les cheikhs d'Al-Azhar continuent, en effet, d'interdire la projection du Message en Egypte, affirme cet “azhari” remercié pour la hardiesse de ses idées. Ce qui pouvait lui arriver de mieux. A. H.
(1) Des amis m'ont fait remarquer que j'avais omis de mentionner la fetwa sur la consommation de vins et spiritueux. J'ai imaginé la réaction de mes détracteurs qui aurait été sans doute la suivante : “Bien sûr, il n'a pas raté l'occasion. La fetwa sur l'alcool arrange les fans de Bacchus comme lui.”
(2) Là encore, je m'accuse d'autocensure mais, par les temps qui courent, parler du Messie fait partie des sujets qui fâchent. Je ne voudrais pas me risquer à mettre en péril la concorde nationale.
(3) Comme j'ai une frilosité très marquée vis-à-vis des copistes et des plagiaires, je me suis posé des questions. Il appartient à mes estimés confrères de l'hebdomadaire en question d'en juger. (4) Ailleurs, il aurait été traité comme Tourabi. Mais comme il n'a pas une armée de militants prêts à se battre pour lui, comme le dirigeant soudanais, il a opté pour la sécurité d'un pays démocratique et accueillant.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/24/article.php?sid=37484&cid=8
mercredi 29 novembre 2006
Hassan Tourabi, le champion des femmes
Pauvre Hassan Tourabi ! Il a incarné pendant des décennies l'islamisme pur et dur. Tous les excités du monde, les apprentis prophètes de quartier ne juraient que par lui. Avec son ex-compère Omar Al-Bachir, il a veillé à l'application de la «Charia», c'est-à-dire son aspect pénal et répressif. En somme, de quoi réussir une bonne carrière de porteflamme (qui ne se brûle jamais) de l'islam politique.
Hassan Tourabi avait les avantages de vedette de Ben Laden, dont il a été l'ami et le confident, sans avoir les Américains aux trousses ; si tant est qu'ils lui courent toujours après. Dans ce soudan où tout peut arriver, décidément, Hassan Tourabi a soudain rompu son silence pour secouer le cocotier et réveiller ses compagnons qui somnolaient sous ses branches. Qu'a-t-il fait pour faire sursauter un gotha islamiste en phase d'éveil, selon les théoriciens du déclin des civilisations ? Quand vous vous posez des questions sur l'origine de la fureur des théologiens décatis, ne vous cassez plus la tête, cherchez la femme ! Non, Tourabi n'a pas épousé Fella (1) ni donné sa bénédiction au mariage «Missiar», comme les théologiens saoudiens. Il a voulu simplement jouer les réformistes religieux dans un monde musulman où la réforme consiste à faire machine arrière. Lors d'une conférence organisée la semaine dernière à Khartoum, Tourabi a surpris son auditoire et l'aréopage des «savants» de l'Islam. Il a légitimé le mariage d'une femme musulmane avec un chrétien ou un juif. L'affirmation selon laquelle ce genre de mariage est un péché n'est que «paroles en l'air, idioties, illusions et tromperies», a-t-il affirmé devant un auditoire médusé. Ceux qui propagent de telles insanités ont pour seul objectif de ramener la femme en arrière, a-t-il asséné. Prenant à contre-courant les pratiques et les us vestimentaires imposés par le wahhabisme au reste du monde arabe et musulman, Tourabi a encore évoqué la question du hidjab. Selon lui, le hidjab est un élément vestimentaire, destiné à cacher la poitrine. «Le hidjab signifie le cloître et il a été imposé aux femmes du Prophète afin qu'elles ne soient pas vues par ses nombreux visiteurs», a-t-il souligné. Il a aussi critiqué l'obligation du tuteur pour une femme contractant mariage ainsi que la règle proclamant que deux témoignages féminins égalent un témoignage masculin. «La femme doit être l'égale de l'homme», a-t-il proclamé. Reprenant à son compte l'opinion de penseurs comme Mohamed Sobhi Mansour ou Djamel Al-Bana, le dirigeant soudanais a soutenu le droit de la femme à diriger la prière collective. «Si elle possède des compétences supérieures à celles de l'homme.» Ajoutons que cette conférence était organisée par le parti Al-Ouma de Hassan Tourabi. Elle a porté sur le «renforcement du rôle de la femme dans la fondation d'un pouvoir éclairé». Les journaux arabes ne précisent pas si des islamistes algériens étaient invités à cette conférence. Si c'est le cas, nos «représentants » n'en sont pas encore revenus.
Comme il l'a sans doute prévu, Hassan Tourabi a suscité des réactions indignées de la part de l'establishment wahhabite. Au Soudan même, Mohamed Abdelkrim, membre du conseil des théologiens soudanais, a traité Tourabi d'apostat. Il a annoncé mardi dernier qu'il avait intenté une action en justice contre Hassan Tourabi. Vendredi dernier, Youcef Karadhawi, envoyé spécial de la chaîne Al Jazira au Caire, a déclaré comme nulle la fetwa de Tourabi autorisant le mariage d'une musulmane avec un non-musulman. Le «cheikh» a noté qu'il ne fallait pas remettre en cause une interdiction vieille de quatorze siècles (!!!). Au passage, Karadhawi était au Caire pour y installer la section égyptienne de l'association internationale des théologiens musulmans dont il est le dirigeant suprême (2). C'est lors de cette installation qu'il a fustigé les propos de Hassan Tourabi qui créent une véritable lézarde dans la muraille islamiste. C'était en réponse aux interpellations d'une partie de l'assistance masculine composée, en majorité, de professeurs et d'étudiants azharis. Bien entendu, l'assemblée masculine, outrée par les nouvelles tendances féministes de Tourabi, n'a pas pipé mot au sujet de la dernière sortie des théologiens saoudites. En effet, le conseil théologique saoudien a adopté mercredi dernier une série de dispositions sur le mariage. Celles-ci légalisent désormais le mariage dit «zawadj al-missiar » (mariage-visite de courte durée), appelé aussi «zawadjal- mourour» (mariage-passager). Le «missiar», je vous en ai déjà parlé. Le mari est, en quelques sorte, visiteur chez son épouse ou au domicile de ses parents. Les Saoudiens ont introduit une distinction avec deux contrats différents : le premier implique que la femme se désiste de son droit au logement et à l'entretien. C'est elle qui reçoit le mari à son domicile où il peut la «visiter» à toute heure du jour ou de la nuit. Dans l'innovation saoudienne qui n'est pas «bidaâ» (hérésie) loin s'en faut, le contrat change. Il autorise l'heureux époux à «visiter» sa dulcinée au domicile de ses parents ou à la «rencontrer» en tout autre lieu. La seule surprise vient du fait que les théologiens saoudiens ont formellement interdit le traditionnel mariage «mutaâ», ou de jouissance, en usage chez les chiites. Ce qui est compréhensible dans le climat actuel des relations entre sunnites et chiites. Beaucoup moins de bruit et de fureur, là encore, pour les attaques contre les églises coptes à Alexandrie. Il est vrai que la version officielle a de quoi laisser pantois. La première réaction des autorités égyptiennes a été d'attribuer les attaques contre les quatre églises à Boumaârafi. Non ! Je délire. Il s'agit d'un déséquilibré mental qui aurait attaqué les quatre lieux de culte. De la vraie comédie surréaliste. Imaginez Ravaillac (3) se réveillant un matin, pris de fureur homicide, couvant de surcroît un don d'ubiquité et planifiant, de ce fait, quatre attaques simultanées en quatre endroits différents. La hiérarchie copte a donc protesté contre cette version absurde qui dédouane l'extrémisme islamiste, seul vrai responsable des attentats contre les coptes. Les coptes ne croient pas une seconde que les autorités égyptiennes puissent aller jusqu'à considérer les illuminés intégristes comme des déséquilibrés mentaux. Le problème est que le gouvernement d'Egypte ne veut pas ou ne peut pas contraindre la mouvance intégriste à renoncer à la violence. Ce gouvernement n'a même pas réagi lorsqu'un dirigeant des Frères musulmans a lancé son fameux «toz» à l'Egypte. Ce qui est une façon de briser son lien de citoyenneté avec un pays et de proclamer son allégeance au califat islamique mondial en construction. A. H.
(1) C'est juste une clause de style. Fella est trop belle et trop talentueuse pour être associée à un vieux bonze. Mais son prochain mariage fait l'actualité. L'élu de son cour est Omar Bachir, compositeur et luthiste irakien de renommée internationale. Il n'est autre que le frère du défunt et génial luthiste Mounir Bachir avec qui il a fait ses premiers pas dans la musique. Pour voir une Fella rayonnante de bonheur, voici la bonne adresse : http://www.elaph.com/Elaph Web/Music/2006/4/141905.htm
(2) Karadhawi prochain «pape» de l'Islam ? Pourquoi pas ? Dans un monde arabe en plein marasme spirituel et intellectuel, il ne manque qu'un «pape» de ce calibre pour précipiter la déconfiture.
(3) Ravaillac est le déséquilibré mental qui a assassiné Henri IV, premier roi protestant de France. C'est du moins l'histoire qui le dit.
Le soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/17/article.php?sid=37145&cid=8
Hassan Tourabi avait les avantages de vedette de Ben Laden, dont il a été l'ami et le confident, sans avoir les Américains aux trousses ; si tant est qu'ils lui courent toujours après. Dans ce soudan où tout peut arriver, décidément, Hassan Tourabi a soudain rompu son silence pour secouer le cocotier et réveiller ses compagnons qui somnolaient sous ses branches. Qu'a-t-il fait pour faire sursauter un gotha islamiste en phase d'éveil, selon les théoriciens du déclin des civilisations ? Quand vous vous posez des questions sur l'origine de la fureur des théologiens décatis, ne vous cassez plus la tête, cherchez la femme ! Non, Tourabi n'a pas épousé Fella (1) ni donné sa bénédiction au mariage «Missiar», comme les théologiens saoudiens. Il a voulu simplement jouer les réformistes religieux dans un monde musulman où la réforme consiste à faire machine arrière. Lors d'une conférence organisée la semaine dernière à Khartoum, Tourabi a surpris son auditoire et l'aréopage des «savants» de l'Islam. Il a légitimé le mariage d'une femme musulmane avec un chrétien ou un juif. L'affirmation selon laquelle ce genre de mariage est un péché n'est que «paroles en l'air, idioties, illusions et tromperies», a-t-il affirmé devant un auditoire médusé. Ceux qui propagent de telles insanités ont pour seul objectif de ramener la femme en arrière, a-t-il asséné. Prenant à contre-courant les pratiques et les us vestimentaires imposés par le wahhabisme au reste du monde arabe et musulman, Tourabi a encore évoqué la question du hidjab. Selon lui, le hidjab est un élément vestimentaire, destiné à cacher la poitrine. «Le hidjab signifie le cloître et il a été imposé aux femmes du Prophète afin qu'elles ne soient pas vues par ses nombreux visiteurs», a-t-il souligné. Il a aussi critiqué l'obligation du tuteur pour une femme contractant mariage ainsi que la règle proclamant que deux témoignages féminins égalent un témoignage masculin. «La femme doit être l'égale de l'homme», a-t-il proclamé. Reprenant à son compte l'opinion de penseurs comme Mohamed Sobhi Mansour ou Djamel Al-Bana, le dirigeant soudanais a soutenu le droit de la femme à diriger la prière collective. «Si elle possède des compétences supérieures à celles de l'homme.» Ajoutons que cette conférence était organisée par le parti Al-Ouma de Hassan Tourabi. Elle a porté sur le «renforcement du rôle de la femme dans la fondation d'un pouvoir éclairé». Les journaux arabes ne précisent pas si des islamistes algériens étaient invités à cette conférence. Si c'est le cas, nos «représentants » n'en sont pas encore revenus.
Comme il l'a sans doute prévu, Hassan Tourabi a suscité des réactions indignées de la part de l'establishment wahhabite. Au Soudan même, Mohamed Abdelkrim, membre du conseil des théologiens soudanais, a traité Tourabi d'apostat. Il a annoncé mardi dernier qu'il avait intenté une action en justice contre Hassan Tourabi. Vendredi dernier, Youcef Karadhawi, envoyé spécial de la chaîne Al Jazira au Caire, a déclaré comme nulle la fetwa de Tourabi autorisant le mariage d'une musulmane avec un non-musulman. Le «cheikh» a noté qu'il ne fallait pas remettre en cause une interdiction vieille de quatorze siècles (!!!). Au passage, Karadhawi était au Caire pour y installer la section égyptienne de l'association internationale des théologiens musulmans dont il est le dirigeant suprême (2). C'est lors de cette installation qu'il a fustigé les propos de Hassan Tourabi qui créent une véritable lézarde dans la muraille islamiste. C'était en réponse aux interpellations d'une partie de l'assistance masculine composée, en majorité, de professeurs et d'étudiants azharis. Bien entendu, l'assemblée masculine, outrée par les nouvelles tendances féministes de Tourabi, n'a pas pipé mot au sujet de la dernière sortie des théologiens saoudites. En effet, le conseil théologique saoudien a adopté mercredi dernier une série de dispositions sur le mariage. Celles-ci légalisent désormais le mariage dit «zawadj al-missiar » (mariage-visite de courte durée), appelé aussi «zawadjal- mourour» (mariage-passager). Le «missiar», je vous en ai déjà parlé. Le mari est, en quelques sorte, visiteur chez son épouse ou au domicile de ses parents. Les Saoudiens ont introduit une distinction avec deux contrats différents : le premier implique que la femme se désiste de son droit au logement et à l'entretien. C'est elle qui reçoit le mari à son domicile où il peut la «visiter» à toute heure du jour ou de la nuit. Dans l'innovation saoudienne qui n'est pas «bidaâ» (hérésie) loin s'en faut, le contrat change. Il autorise l'heureux époux à «visiter» sa dulcinée au domicile de ses parents ou à la «rencontrer» en tout autre lieu. La seule surprise vient du fait que les théologiens saoudiens ont formellement interdit le traditionnel mariage «mutaâ», ou de jouissance, en usage chez les chiites. Ce qui est compréhensible dans le climat actuel des relations entre sunnites et chiites. Beaucoup moins de bruit et de fureur, là encore, pour les attaques contre les églises coptes à Alexandrie. Il est vrai que la version officielle a de quoi laisser pantois. La première réaction des autorités égyptiennes a été d'attribuer les attaques contre les quatre églises à Boumaârafi. Non ! Je délire. Il s'agit d'un déséquilibré mental qui aurait attaqué les quatre lieux de culte. De la vraie comédie surréaliste. Imaginez Ravaillac (3) se réveillant un matin, pris de fureur homicide, couvant de surcroît un don d'ubiquité et planifiant, de ce fait, quatre attaques simultanées en quatre endroits différents. La hiérarchie copte a donc protesté contre cette version absurde qui dédouane l'extrémisme islamiste, seul vrai responsable des attentats contre les coptes. Les coptes ne croient pas une seconde que les autorités égyptiennes puissent aller jusqu'à considérer les illuminés intégristes comme des déséquilibrés mentaux. Le problème est que le gouvernement d'Egypte ne veut pas ou ne peut pas contraindre la mouvance intégriste à renoncer à la violence. Ce gouvernement n'a même pas réagi lorsqu'un dirigeant des Frères musulmans a lancé son fameux «toz» à l'Egypte. Ce qui est une façon de briser son lien de citoyenneté avec un pays et de proclamer son allégeance au califat islamique mondial en construction. A. H.
(1) C'est juste une clause de style. Fella est trop belle et trop talentueuse pour être associée à un vieux bonze. Mais son prochain mariage fait l'actualité. L'élu de son cour est Omar Bachir, compositeur et luthiste irakien de renommée internationale. Il n'est autre que le frère du défunt et génial luthiste Mounir Bachir avec qui il a fait ses premiers pas dans la musique. Pour voir une Fella rayonnante de bonheur, voici la bonne adresse : http://www.elaph.com/Elaph Web/Music/2006/4/141905.htm
(2) Karadhawi prochain «pape» de l'Islam ? Pourquoi pas ? Dans un monde arabe en plein marasme spirituel et intellectuel, il ne manque qu'un «pape» de ce calibre pour précipiter la déconfiture.
(3) Ravaillac est le déséquilibré mental qui a assassiné Henri IV, premier roi protestant de France. C'est du moins l'histoire qui le dit.
Le soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/17/article.php?sid=37145&cid=8
A la tienne ma patrie
L'un s'en est allé, l'autre est revenu. Le départ de l'un a suivi de près le retour de l'autre. Mohamed Al-Maghout, poète et dramaturge syrien nous a quittés lundi dernier. Il s'est éteint dans sa retraite de Damas où il vivait en reclus, se déplaçant en fauteuil roulant ou à l'aide d'une canne.
Sans doute en raison de sa maladie et de son infirmité, il recevait rarement des journalistes ou encore quelques amis. Dans la Syrie des Assad, on ne garde pas beaucoup d'amis lorsqu'on est Maghout et qu'on a connu l'exil et la prison. Le poète qui est mort à 72 ans a surtout connu la notoriété dans le monde arabe grâce à ses pièces de théâtre et à ses scénarios relayés par la télévision. L'acteur et réalisateur syrien Doreïd Laham a transposé au cinéma deux de ses œuvres, Al- Houdoud (Les frontières) et Al- Taqrir (Le rapport). Toutefois, c'est incontestablement sa pièce Kassek ya watani (A la tienne, ma patrie!) qui est l'œuvre maîtresse de l'auteur aux yeux du monde arabe (1). Maintes fois jouée mais jamais éditée, la pièce écrite après la défaite (ou le revers) de 1967 était un pamphlet virulent contre les régimes et les divisions arabes. Lorsqu'elle a été présentée pour la première fois à Damas, dans les années soixante-dix, c'était en présence de Hafedh Al-Assad lui-même. Le dictateur ne devait pas se sentir trop concerné par les critiques virulentes contre l'inertie du monde arabe. Il estimait sans doute avoir apporté sa contribution à la libération de la Palestine en perdant le Golan et une partie notable de son armée. C'est d'ailleurs la lecture que suggérait fort habilement Mohamed Al-Maghout et c'est cette lecture qui justifiait, en partie, la présence de Hafedh Al-Assad à l'avant première. Toujours est-il qu'à la fin de la pièce, Assad est monté sur les planches pour féliciter Doreïd Laham et les autres interprètes. Le voyant venir vers lui pour le féliciter, Doreïd a tendu vers Assad ses deux bras, poignets en avant comme pour les offrir aux menottes. A ce moment-là, Al-Maghout était rentré en grâce et le président Assad lui avait promis de le laisser écrire tout ce qu'il voulait. "Mohamed Al-Maghout avait fraternisé avec la pauvreté et le dénuement. Il s'était résigné à l'errance et avait transformé son exil de Beyrouth en patrie aimée et itinérante(…). Il a pardonné à ses amis et à la faiblesse humaine partout dans le monde. Mais il n'a pas pardonné au destructeur qui a bafoué sa dignité, il n'a pas pardonné au geôlier. Il n'a pas pardonné à l'homme qui jette les poètes en prison comme on jette les chats affamés par la fenêtre (…). Il a transformé son emprisonnement en poèmes mais il n'a pas oublié l'humiliation. Il a toujours poursuivi son geôlier jusqu'à la mort. C'est ce policier qui l'a poussé à dire: "Un jour, je trahirai ma patrie." C'est l'écrivain et journaliste Samir Attalah qui rend cet hommage à Mohamed Al-Maghout dans le quotidien Al-Charq-Al- Awsat. Samir Attalah avait côtoyé le poète dans les colonnes du prestigieux et défunt hebdomadaire Al- Moustaqbal. Al-Maghout y écrivait une chronique sous l'intitulé Alice au pays des merveilles, satire sociale et politique savoureuse que seul Al-Moustaqbal (2) pouvait publier. Pour ne pas être en reste, l'autre quotidien saoudien de Londres Al-Hayat a publié une interview du poète, recueillie quelques jours avant sa mort. Il y parle de sa poésie qualifiée communément de "poésie de la tristesse" et qu'il résumait par ce credo: "Je suis un rideau sur le portail du chagrin." C'est sans doute l'influence de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud qu'il dit avoir lus dans des traductions arabes. Al-Maghout confirme dans cette interview post mortem qu'il ne connaît pas une seule langue étrangère. "D'ailleurs, je suis plutôt flemmard, je ne lis pas beaucoup". A propos de son impotence, il dit qu'il a "toujours maltraité son corps et que celui-ci se venge bien aujourd'hui". Lucide, il s'adapte à son fauteuil roulant et va même jusqu'à lui trouver des avantages. Ainsi, lorsqu'on l'interroge sur l'hymne national, il souligne qu'il ne l'a jamais écouté jusqu'au bout. "Ce qu'il y a de bien avec un fauteuil roulant, c'est qu'au moment de l'exécution de l'hymne national, les autres se mettent debout alors que moi je reste assis". Patriote sans l'être mortellement, Mohamed Al-Maghout avoue avoir été choqué par la défaite de 1967. "Je n'ai pas versé une seule larme après la défaite mais je pleure en écoutant une chanson de Abdelhalim Hafez ou Nadjat Essaghira". Chez Nizar Qabani, il aime le poète des élégies amoureuses, mais il n'apprécie pas les vers politiques. "Je suis un poète de résistance, mais je ne suis pas un poète des tribunes qui crie et vocifère. La poésie, c'est la résistance". Parlant de Gamal Abdenasser, il raconte qu'un jour une revue littéraire lui avait demandé d'écrire un article élogieux sur le président égyptien." J'ai refusé parce que je n'aimais pas Gamal Abdenasser. J'étais contre l'union égypto-syrienne qui a été une catastrophe pour nous. Je n'ai aimé Nasser qu'après sa mort. Lorsqu'il était vivant, j'ai écrit des articles contre lui dans Essada al-arabi (Liban)". Sur la censure, il affirme qu'il l'a toujours affrontée. "Aujourd'hui, le censeur est en moi", avoue-t-il. Vient alors la question que tout le monde pose aujourd'hui : "Etes-vous croyant ?". Al- Maghout répond (3) : "Bien sûr, je suis très croyant, mais je ne fais pas la prière. Je n'aime pas les rituels. Il me suffit d'écrire." Et il ajoute:" J'ai trois constantes: la liberté, le pain, l'amour." Interrogé enfin sur le temps qui passe, le poète lâche, désabusé: "Laissez-le passer et s'en aller tout seul." Le revenant de la semaine dernière, c'est l'historien égyptien Sayed Qimni. Après plus de neuf mois d'une gestation silencieuse, il s'est remis à l'écriture avec un texte critique à l'égard des "Frères musulmans". On se souvient que Sayed Qimni avait décidé de renoncer à écrire, que ce soit en Histoire ou en politique. Il avait reçu des menaces d'un groupe islamiste qui le sommait, sous peine de mort, de se repentir et de cesser d'écrire. La décision de Qimni d'obtempérer aux injonctions intégristes avait divisé les intellectuels arabes. Le voilà revenu avec la volonté déclarée d'apporter la contradiction aux tenants de l'Islam politique. Sayed Qimni, pour rappel, a publié de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'Islam et des conquêtes musulmanes. Dans cette contribution publiée par Middle East Transparency, Sayed Qimni évoque le nouveau langage des "Frères musulmans". Il leur dénie, en particulier, le droit de s'exprimer au nom de la société civile qu'ils ont toujours combattue et accusé d'apostasie. A moins, note-t-il, que les "Frères musulmans" aient décidé de donner à la société civile une définition autre que sa définition universelle. Rappelant les multiples trahisons et volte-face du mouvement intégriste, l'historien promet de répliquer du tac au tac à leurs mensonges et à leurs arguments de propagande. Ce qui nous promet de chaudes empoignades en perspective. A. H.
(1) Légèrement réactualisée, cette pièce pourrait servir aujourd'hui d'épitaphe au sommet de Khartoum. Si un lecteur possède un enregistrement de cette pièce, je serais heureux de la revoir.
(2) Dans les années soixantedix, Al-Moustaqbal était la revue phare du monde arabe. Son directeur Nabil Khoury n'hésitait pas à monter au créneau, notamment contre Khaddafi. Ce dernier affirmait qu'un bon Arabe ne pouvait être que Musulman.
(3) Dans un tout autre contexte, l'universitaire Ali Bencheneb, recteur de l'académie de Reims, avait répondu à la même question : "ça ne vous regarde pas." Il est vrai que cela se passait en France. (4) http://www.metransparent. com/texts/sayyed_qimni_ brotherhood_in_democracy.h tm
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/10/article.php?sid=36832&cid=8
Sans doute en raison de sa maladie et de son infirmité, il recevait rarement des journalistes ou encore quelques amis. Dans la Syrie des Assad, on ne garde pas beaucoup d'amis lorsqu'on est Maghout et qu'on a connu l'exil et la prison. Le poète qui est mort à 72 ans a surtout connu la notoriété dans le monde arabe grâce à ses pièces de théâtre et à ses scénarios relayés par la télévision. L'acteur et réalisateur syrien Doreïd Laham a transposé au cinéma deux de ses œuvres, Al- Houdoud (Les frontières) et Al- Taqrir (Le rapport). Toutefois, c'est incontestablement sa pièce Kassek ya watani (A la tienne, ma patrie!) qui est l'œuvre maîtresse de l'auteur aux yeux du monde arabe (1). Maintes fois jouée mais jamais éditée, la pièce écrite après la défaite (ou le revers) de 1967 était un pamphlet virulent contre les régimes et les divisions arabes. Lorsqu'elle a été présentée pour la première fois à Damas, dans les années soixante-dix, c'était en présence de Hafedh Al-Assad lui-même. Le dictateur ne devait pas se sentir trop concerné par les critiques virulentes contre l'inertie du monde arabe. Il estimait sans doute avoir apporté sa contribution à la libération de la Palestine en perdant le Golan et une partie notable de son armée. C'est d'ailleurs la lecture que suggérait fort habilement Mohamed Al-Maghout et c'est cette lecture qui justifiait, en partie, la présence de Hafedh Al-Assad à l'avant première. Toujours est-il qu'à la fin de la pièce, Assad est monté sur les planches pour féliciter Doreïd Laham et les autres interprètes. Le voyant venir vers lui pour le féliciter, Doreïd a tendu vers Assad ses deux bras, poignets en avant comme pour les offrir aux menottes. A ce moment-là, Al-Maghout était rentré en grâce et le président Assad lui avait promis de le laisser écrire tout ce qu'il voulait. "Mohamed Al-Maghout avait fraternisé avec la pauvreté et le dénuement. Il s'était résigné à l'errance et avait transformé son exil de Beyrouth en patrie aimée et itinérante(…). Il a pardonné à ses amis et à la faiblesse humaine partout dans le monde. Mais il n'a pas pardonné au destructeur qui a bafoué sa dignité, il n'a pas pardonné au geôlier. Il n'a pas pardonné à l'homme qui jette les poètes en prison comme on jette les chats affamés par la fenêtre (…). Il a transformé son emprisonnement en poèmes mais il n'a pas oublié l'humiliation. Il a toujours poursuivi son geôlier jusqu'à la mort. C'est ce policier qui l'a poussé à dire: "Un jour, je trahirai ma patrie." C'est l'écrivain et journaliste Samir Attalah qui rend cet hommage à Mohamed Al-Maghout dans le quotidien Al-Charq-Al- Awsat. Samir Attalah avait côtoyé le poète dans les colonnes du prestigieux et défunt hebdomadaire Al- Moustaqbal. Al-Maghout y écrivait une chronique sous l'intitulé Alice au pays des merveilles, satire sociale et politique savoureuse que seul Al-Moustaqbal (2) pouvait publier. Pour ne pas être en reste, l'autre quotidien saoudien de Londres Al-Hayat a publié une interview du poète, recueillie quelques jours avant sa mort. Il y parle de sa poésie qualifiée communément de "poésie de la tristesse" et qu'il résumait par ce credo: "Je suis un rideau sur le portail du chagrin." C'est sans doute l'influence de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud qu'il dit avoir lus dans des traductions arabes. Al-Maghout confirme dans cette interview post mortem qu'il ne connaît pas une seule langue étrangère. "D'ailleurs, je suis plutôt flemmard, je ne lis pas beaucoup". A propos de son impotence, il dit qu'il a "toujours maltraité son corps et que celui-ci se venge bien aujourd'hui". Lucide, il s'adapte à son fauteuil roulant et va même jusqu'à lui trouver des avantages. Ainsi, lorsqu'on l'interroge sur l'hymne national, il souligne qu'il ne l'a jamais écouté jusqu'au bout. "Ce qu'il y a de bien avec un fauteuil roulant, c'est qu'au moment de l'exécution de l'hymne national, les autres se mettent debout alors que moi je reste assis". Patriote sans l'être mortellement, Mohamed Al-Maghout avoue avoir été choqué par la défaite de 1967. "Je n'ai pas versé une seule larme après la défaite mais je pleure en écoutant une chanson de Abdelhalim Hafez ou Nadjat Essaghira". Chez Nizar Qabani, il aime le poète des élégies amoureuses, mais il n'apprécie pas les vers politiques. "Je suis un poète de résistance, mais je ne suis pas un poète des tribunes qui crie et vocifère. La poésie, c'est la résistance". Parlant de Gamal Abdenasser, il raconte qu'un jour une revue littéraire lui avait demandé d'écrire un article élogieux sur le président égyptien." J'ai refusé parce que je n'aimais pas Gamal Abdenasser. J'étais contre l'union égypto-syrienne qui a été une catastrophe pour nous. Je n'ai aimé Nasser qu'après sa mort. Lorsqu'il était vivant, j'ai écrit des articles contre lui dans Essada al-arabi (Liban)". Sur la censure, il affirme qu'il l'a toujours affrontée. "Aujourd'hui, le censeur est en moi", avoue-t-il. Vient alors la question que tout le monde pose aujourd'hui : "Etes-vous croyant ?". Al- Maghout répond (3) : "Bien sûr, je suis très croyant, mais je ne fais pas la prière. Je n'aime pas les rituels. Il me suffit d'écrire." Et il ajoute:" J'ai trois constantes: la liberté, le pain, l'amour." Interrogé enfin sur le temps qui passe, le poète lâche, désabusé: "Laissez-le passer et s'en aller tout seul." Le revenant de la semaine dernière, c'est l'historien égyptien Sayed Qimni. Après plus de neuf mois d'une gestation silencieuse, il s'est remis à l'écriture avec un texte critique à l'égard des "Frères musulmans". On se souvient que Sayed Qimni avait décidé de renoncer à écrire, que ce soit en Histoire ou en politique. Il avait reçu des menaces d'un groupe islamiste qui le sommait, sous peine de mort, de se repentir et de cesser d'écrire. La décision de Qimni d'obtempérer aux injonctions intégristes avait divisé les intellectuels arabes. Le voilà revenu avec la volonté déclarée d'apporter la contradiction aux tenants de l'Islam politique. Sayed Qimni, pour rappel, a publié de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'Islam et des conquêtes musulmanes. Dans cette contribution publiée par Middle East Transparency, Sayed Qimni évoque le nouveau langage des "Frères musulmans". Il leur dénie, en particulier, le droit de s'exprimer au nom de la société civile qu'ils ont toujours combattue et accusé d'apostasie. A moins, note-t-il, que les "Frères musulmans" aient décidé de donner à la société civile une définition autre que sa définition universelle. Rappelant les multiples trahisons et volte-face du mouvement intégriste, l'historien promet de répliquer du tac au tac à leurs mensonges et à leurs arguments de propagande. Ce qui nous promet de chaudes empoignades en perspective. A. H.
(1) Légèrement réactualisée, cette pièce pourrait servir aujourd'hui d'épitaphe au sommet de Khartoum. Si un lecteur possède un enregistrement de cette pièce, je serais heureux de la revoir.
(2) Dans les années soixantedix, Al-Moustaqbal était la revue phare du monde arabe. Son directeur Nabil Khoury n'hésitait pas à monter au créneau, notamment contre Khaddafi. Ce dernier affirmait qu'un bon Arabe ne pouvait être que Musulman.
(3) Dans un tout autre contexte, l'universitaire Ali Bencheneb, recteur de l'académie de Reims, avait répondu à la même question : "ça ne vous regarde pas." Il est vrai que cela se passait en France. (4) http://www.metransparent. com/texts/sayyed_qimni_ brotherhood_in_democracy.h tm
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Ces femmes qui osent encore
Il faudra bientôt faire un sort à l'idée répandue selon laquelle les Arabes agissent sans réfléchir. Les derniers évènements tendent à démentir la réputation d'impulsivité que les intéressés eux-mêmes s'acharnaient à entretenir. Prenez le sommet de Khartoum ! Plus de la moitié des chefs d'Etat et de souverains ont pris le temps de la réflexion avant de se précipiter au Soudan. Après quoi, ils ont choisi de s'abstenir.Résultat : un sommet écourté d'une journée au lieu des deux jours initialement programmés. Un sommet pour rien, dites-vous ? Ce n'est pas si évident.
L'Arabie saoudite a déjà refusé d'organiser le prochain. Ils ne veulent pas courir le risque de voir débarquer l'encombrant Kadhafi et de voir ces assises tourner au dialogue à trois. Je vous laisse à vos supputations concernant l'identité du troisième. On peut dire, néanmoins, que les seuls qui prennent au sérieux la Ligue arabe, ce sont encore ceux qu'elle rétribue. Quant aux autres, ceux qui pensent trop ou qui cherchent à comprendre, comme le disaient nos libérateurs en 1962, ils s'attendent au pire, résignés ou non. La réaction la plus significative à la pantalonnade de Khartoum est celle du quotidien libanais Al-Nahar. Tirant le bilan de ces assises, le journal tire à boulets rouges sur les chefs d'Etat, donneurs de leçons. L'éditorialiste cible en particulier deux pays, le Soudan et l'Algérie. Il reproche aux présidents de ces deux pays leurs sermons nationalistes aux Libanais. A en croire le journal de Beyrouth, ces "conseils" se résumeraient à ceci : cesser de réclamer le départ du président Lahoud et la dissolution du Hezbollah. Or, il est de notoriété publique que Lahoud est l'homme des Syriens et que le Hezbollah est l'allié de Damas. Le Hezbollah et Bachar Al-Assad n'ont pas encore libéré la Palestine mais ils bloquent toute ouverture démocratique au nom de la lutte contre Israël. En fait, si les Libanais veulent se débarrasser de l'emprise de Damas et des milices du Hezbollah, ils devront attendre que ces derniers aient libéré tout le monde arabe, en attendant mieux. S'adressant à Bouteflika, Al-Nahar s'interroge : "Quand le président algérien tiendra-t-il les promesses qu'on lui prête de soutenir le Liban et le Hezbollah avec les millions de dollars de surplus des recettes pétrolières ? Quand enverra-t-il un armement lourd pour contribuer à la bataille pour la libération de la plaine de Shaba ?". Quant à Omar Al-Bachir, le président soudanais, Al-Nahar lui suggère de mettre fin aux tueries du Darfour avant de donner des conseils de nationalisme. En fait, ce que suggère le quotidien libanais en filigrane, c'est que les régimes arabes ne sont pas près d'accepter un Liban démocratique et, surtout, multiconfessionnel. Ce qu'ils veulent, c'est un Liban vitrine d'un monde arabe tel qu'il est réellement et non pas tel qu'il devrait être. Or, le Liban tel qu'il se veut, avec ses éditeurs, ses télévisions et ses journaux libres est tout sauf l'image d'un monde arabe de plus replié sur lui-même. Elles sont de plus en plus rares les voix qui parviennent encore à se faire entendre de ce ghetto culturel et spirituel.
L'une d'elles est Taëf Al- Halladj, auteur d'un roman introuvable dans les librairies mais disponible à l'achat sur Internet, Al-Qirane al mouqadas ( L'union sacrée) (1). Ce roman, étiqueté comme libertin, narre la vie et les malheurs d'une jeune Saoudienne Leïla. Devenue veuve après seulement une année de mariage, elle erre de ville en ville et d'aventure en aventure. Selon le résumé disponible sur le Web, on la voit, notamment, aller à la rencontre d'une tenancière de maison de plaisirs. Et tout le monde sait que ces lieux de débauche n'existent pas dans les sociétés parfaites que sont les sociétés musulmanes. C'est cette hypocrisie que démonte, entre autres, ce livre paru depuis sept mois. Comme pour les caricatures, il a fallu donner du temps à la réflexion et au touillage. Ce n'est que la semaine dernière que le quotidien saoudien Al-Watan s'est intéressé à ce livre. Il le fallait bien, l'auteur, qui se cache, et pour cause, sous le pseudonyme de Taëf Al-Halladj, met à mal beaucoup de poncifs sur la société saoudienne. L'intérêt de l'article est qu'il révèle encore une fois la permanence de la chaîne du silence qui unit les velléités et les lâchetés intellectuelles arabes. Ce n'est qu'en réponse aux questions du quotidien saoudien que la maison d'édition égyptienne "Dar Layla" a courageusement démenti avoir publié ce roman. C'est pourtant son estampille qui figure sur le livre mis en vente sur le Web plusieurs semaines. Après ce démenti indigné, l'éditeur égyptien a affirmé qu'il allait attaquer en justice les auteurs de ce brûlot. Encore faut-il les trouver. Le seul à avoir apporté un semblant de réponse, c'est l'homme qui commercialise l'ouvrage, un Syrien établi à Bahrein. Tout ce qu'il a pu dire c'est que Taëf Al-Halladj est le pseudonyme d'une jeune femme de la bonne société saoudienne qui vit aux Etats-Unis.(2) En décembre dernier, une romancière, Raja Al-Sanii, saoudienne elle aussi, a provoqué la sensation avec son roman Banat Ryadh (Les filles de Riyad). Il a certes provoqué l'ire des bien-pensants et des théologiens mais c'est surtout à cause de son titre. Il renvoie, en effet, à la capitale de l'Arabie saoudite avec tous ses ors et ses cloîtres. Il n'y a pas de filles à Riyad, vous pensez bien. Cependant, un autre roman a fait plus de bruit. Ce roman, toujours saoudien et signé de son vrai auteur, Badria Al- Bachr, aurait été aperçu un temps sur les étals de certaines de nos librairies. Il s'agit de Zineb wal Askar" ( Zineb et les Militaires) qui relate la vie quotidienne d'une jeune fille de bonne famille. Il est sorti en janvier dernier. J'ai relevé sur le journal en ligne "Middle East Transparency " (http://www.metransparent.co m/) ce passage évocateur et truculent concernant une proche de la narratrice : "Mawdhi a des nerfs d'acier que je n'ai pas (…)Il fallait qu'elle introduise chez elle l'homme qu'elle aimait. Elle lui a demandé de mettre un "khimar" et une "abaya" noire et de faire comme s'il était une amie venue lui rendre visite. L'homme qu'elle aime est venu frapper à sa porte après avoir été accompagné par l'homme que j'aime. Sur la dernière marche de l'escalier menant à sa chambre, il a failli se prendre les pieds dans sa "abaya", tellement il était pressé d'arriver. Mawdhi a éclaté de rire et, d'en bas, sa mère lui a demandé ce qui se passait. Elle a répondu : "Rien du tout, maman, c'est ma copine qui a failli tomber." L'homme qu'elle aime s'est mis à l'aise et s'est allongé sur le lit. Il lui a demandé du thé. Comme la bonne ne répondait pas sur l'interphone, elle est descendue au rez-de-chaussée après avoir fermé de l'extérieur la porte à clé et laissé la clé sur la serrure. En se rendant à la cuisine, elle a vu sa mère qui regardait la télévision dans le salon. En remontant, elle a vu que la porte était ouverte. L'homme qu'elle aime lui dit que quelqu'un avait ouvert en son absence (…) Alors qu'elle s'interrogeait sur l'identité de la personne qui avait ouvert la porte, l'interphone a sonné. Mawdhy a décroché et elle a entendu sa mère lui dire d'une voix feutrée mais ferme : "Sors le de ta chambre sur-le-champ !". Ce n'est pas encore Leila Baalbaki mais il faut reconnaître que ces Saoudiennes osent en dépit du carcan qui pèse sur leurs épaules. Avec la Syrienne Wafa Sultan, ces dames ont encore de belles pages de contestation à remplir.A. H.
(1) www.neelwafurat.com
(2) C'est à croire que tous les Arabes qui veulent s'exprimer librement et à contre-courant vivent aux Etats-Unis. C'est surtout pour ça qu'on n'aime pas l'Amérique et Bush n'est qu'un dérivatif momentané.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/03/article.php?sid=36519&cid=8
L'Arabie saoudite a déjà refusé d'organiser le prochain. Ils ne veulent pas courir le risque de voir débarquer l'encombrant Kadhafi et de voir ces assises tourner au dialogue à trois. Je vous laisse à vos supputations concernant l'identité du troisième. On peut dire, néanmoins, que les seuls qui prennent au sérieux la Ligue arabe, ce sont encore ceux qu'elle rétribue. Quant aux autres, ceux qui pensent trop ou qui cherchent à comprendre, comme le disaient nos libérateurs en 1962, ils s'attendent au pire, résignés ou non. La réaction la plus significative à la pantalonnade de Khartoum est celle du quotidien libanais Al-Nahar. Tirant le bilan de ces assises, le journal tire à boulets rouges sur les chefs d'Etat, donneurs de leçons. L'éditorialiste cible en particulier deux pays, le Soudan et l'Algérie. Il reproche aux présidents de ces deux pays leurs sermons nationalistes aux Libanais. A en croire le journal de Beyrouth, ces "conseils" se résumeraient à ceci : cesser de réclamer le départ du président Lahoud et la dissolution du Hezbollah. Or, il est de notoriété publique que Lahoud est l'homme des Syriens et que le Hezbollah est l'allié de Damas. Le Hezbollah et Bachar Al-Assad n'ont pas encore libéré la Palestine mais ils bloquent toute ouverture démocratique au nom de la lutte contre Israël. En fait, si les Libanais veulent se débarrasser de l'emprise de Damas et des milices du Hezbollah, ils devront attendre que ces derniers aient libéré tout le monde arabe, en attendant mieux. S'adressant à Bouteflika, Al-Nahar s'interroge : "Quand le président algérien tiendra-t-il les promesses qu'on lui prête de soutenir le Liban et le Hezbollah avec les millions de dollars de surplus des recettes pétrolières ? Quand enverra-t-il un armement lourd pour contribuer à la bataille pour la libération de la plaine de Shaba ?". Quant à Omar Al-Bachir, le président soudanais, Al-Nahar lui suggère de mettre fin aux tueries du Darfour avant de donner des conseils de nationalisme. En fait, ce que suggère le quotidien libanais en filigrane, c'est que les régimes arabes ne sont pas près d'accepter un Liban démocratique et, surtout, multiconfessionnel. Ce qu'ils veulent, c'est un Liban vitrine d'un monde arabe tel qu'il est réellement et non pas tel qu'il devrait être. Or, le Liban tel qu'il se veut, avec ses éditeurs, ses télévisions et ses journaux libres est tout sauf l'image d'un monde arabe de plus replié sur lui-même. Elles sont de plus en plus rares les voix qui parviennent encore à se faire entendre de ce ghetto culturel et spirituel.
L'une d'elles est Taëf Al- Halladj, auteur d'un roman introuvable dans les librairies mais disponible à l'achat sur Internet, Al-Qirane al mouqadas ( L'union sacrée) (1). Ce roman, étiqueté comme libertin, narre la vie et les malheurs d'une jeune Saoudienne Leïla. Devenue veuve après seulement une année de mariage, elle erre de ville en ville et d'aventure en aventure. Selon le résumé disponible sur le Web, on la voit, notamment, aller à la rencontre d'une tenancière de maison de plaisirs. Et tout le monde sait que ces lieux de débauche n'existent pas dans les sociétés parfaites que sont les sociétés musulmanes. C'est cette hypocrisie que démonte, entre autres, ce livre paru depuis sept mois. Comme pour les caricatures, il a fallu donner du temps à la réflexion et au touillage. Ce n'est que la semaine dernière que le quotidien saoudien Al-Watan s'est intéressé à ce livre. Il le fallait bien, l'auteur, qui se cache, et pour cause, sous le pseudonyme de Taëf Al-Halladj, met à mal beaucoup de poncifs sur la société saoudienne. L'intérêt de l'article est qu'il révèle encore une fois la permanence de la chaîne du silence qui unit les velléités et les lâchetés intellectuelles arabes. Ce n'est qu'en réponse aux questions du quotidien saoudien que la maison d'édition égyptienne "Dar Layla" a courageusement démenti avoir publié ce roman. C'est pourtant son estampille qui figure sur le livre mis en vente sur le Web plusieurs semaines. Après ce démenti indigné, l'éditeur égyptien a affirmé qu'il allait attaquer en justice les auteurs de ce brûlot. Encore faut-il les trouver. Le seul à avoir apporté un semblant de réponse, c'est l'homme qui commercialise l'ouvrage, un Syrien établi à Bahrein. Tout ce qu'il a pu dire c'est que Taëf Al-Halladj est le pseudonyme d'une jeune femme de la bonne société saoudienne qui vit aux Etats-Unis.(2) En décembre dernier, une romancière, Raja Al-Sanii, saoudienne elle aussi, a provoqué la sensation avec son roman Banat Ryadh (Les filles de Riyad). Il a certes provoqué l'ire des bien-pensants et des théologiens mais c'est surtout à cause de son titre. Il renvoie, en effet, à la capitale de l'Arabie saoudite avec tous ses ors et ses cloîtres. Il n'y a pas de filles à Riyad, vous pensez bien. Cependant, un autre roman a fait plus de bruit. Ce roman, toujours saoudien et signé de son vrai auteur, Badria Al- Bachr, aurait été aperçu un temps sur les étals de certaines de nos librairies. Il s'agit de Zineb wal Askar" ( Zineb et les Militaires) qui relate la vie quotidienne d'une jeune fille de bonne famille. Il est sorti en janvier dernier. J'ai relevé sur le journal en ligne "Middle East Transparency " (http://www.metransparent.co m/) ce passage évocateur et truculent concernant une proche de la narratrice : "Mawdhi a des nerfs d'acier que je n'ai pas (…)Il fallait qu'elle introduise chez elle l'homme qu'elle aimait. Elle lui a demandé de mettre un "khimar" et une "abaya" noire et de faire comme s'il était une amie venue lui rendre visite. L'homme qu'elle aime est venu frapper à sa porte après avoir été accompagné par l'homme que j'aime. Sur la dernière marche de l'escalier menant à sa chambre, il a failli se prendre les pieds dans sa "abaya", tellement il était pressé d'arriver. Mawdhi a éclaté de rire et, d'en bas, sa mère lui a demandé ce qui se passait. Elle a répondu : "Rien du tout, maman, c'est ma copine qui a failli tomber." L'homme qu'elle aime s'est mis à l'aise et s'est allongé sur le lit. Il lui a demandé du thé. Comme la bonne ne répondait pas sur l'interphone, elle est descendue au rez-de-chaussée après avoir fermé de l'extérieur la porte à clé et laissé la clé sur la serrure. En se rendant à la cuisine, elle a vu sa mère qui regardait la télévision dans le salon. En remontant, elle a vu que la porte était ouverte. L'homme qu'elle aime lui dit que quelqu'un avait ouvert en son absence (…) Alors qu'elle s'interrogeait sur l'identité de la personne qui avait ouvert la porte, l'interphone a sonné. Mawdhy a décroché et elle a entendu sa mère lui dire d'une voix feutrée mais ferme : "Sors le de ta chambre sur-le-champ !". Ce n'est pas encore Leila Baalbaki mais il faut reconnaître que ces Saoudiennes osent en dépit du carcan qui pèse sur leurs épaules. Avec la Syrienne Wafa Sultan, ces dames ont encore de belles pages de contestation à remplir.A. H.
(1) www.neelwafurat.com
(2) C'est à croire que tous les Arabes qui veulent s'exprimer librement et à contre-courant vivent aux Etats-Unis. C'est surtout pour ça qu'on n'aime pas l'Amérique et Bush n'est qu'un dérivatif momentané.
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Des prières pour l'assassin
L'Amérique est devenue les Etats-Unis islamiques dirigés par Oussama Ben Laden. Le terrorisme a gagné mais il a remporté une victoire inattendue, celle des urnes. Avant de remporter une victoire électorale, les terroristes ont mené une grande offensive nucléaire contre les villes de New York et Washington. Ceci se passe en 2040 et Ben Laden a érigé le califat dans le nord et l'ouest du pays.
Le sud traditionnel est toujours dirigé par une coalition judéo-chrétienne qui lutte pour ne pas se laisser absorber. Entre les deux régimes, il y a une guerre sournoise et non déclarée comme au beau temps du "Containment". C'est dans cette Amérique qui a basculé du fondamentalisme chrétien à l'intégrisme islamiste que se déroule l'action du roman de Robert Fregnew Des prières pour l'assassin. L'hebdomadaire égyptien Rose- Al-Youssef nous fait découvrir ce livre paru le mois dernier et qui est en passe de devenir un best-seller. L'artisan de ce bouleversement que Bush ne pouvait imaginer, c'est évidemment Ben Laden qui dirige ce nouvel Etats Unis à partir de Seattle. Il a imposé la Charia et le port du "khimar" pour les femmes. La bannière étoilée a vécu mais les étoiles sont restées, enfermées à l'intérieur d'un croissant de lune. A Seattle, on a construit un grand stade "Khoméiny" pour abriter les rencontres de football américain. La bière y est naturellement interdite. Elle a été remplacée par le "Djihad- Cola". Les matchs s'arrêtent lors des appels à la prière et tout le monde se précipite vers les mosquées. Ces édifices aux minarets surélevés et truffés de hauts-parleurs poussent comme des champions. Un corps spécialisé, baptisé "police islamique" et très persuasif, est chargé d"y pousser les récalcitrants cinq fois par jour. De la pure fiction romanesque, bien sûr. Autour de cette Amérique redessinée par "Al-Qaïda", le monde aussi a changé. La majorité écrasante des puissances de la vieille Europe a opté pour la République islamique. La Chine, décidément inconvertible, est restée une dictature de gauche hérétique. Dans ce décor de rêve pour "salafistes" aux idées noires, il fallait une intrigue, de l'action et de l'amour. L'auteur, issu d'un milieu familial très conservateur, a mis tous ces ingrédients, garants du succès. L'héroïne Sarah part en quête de vérité et pour démasquer les visées du "Vieux sage", une espèce de Hassan Sabbagh passé ayatollah. Il est inspiré par le personnage du "Mehdi attendu", cher aux adeptes du "chiisme". Ce guide n'est autre que celui qui a conduit les attaques nucléaires contre New York et Washington. C'est lui qui s'est juré de détruire l'Etat d'Israël et qui utilise Ben Laden comme paravent. Le "Vieux sage", en bon musulman éradicateur, décide de se débarrasser de Sarah. Il lui envoie le plus doué de ses tueurs à gages, un certain Darwin. Contrairement à son illustre homonyme, il est partisan de stopper net l'évolution des espèces comme celle de Sarah. Cette dernière trouve, heureusement, l'appui et l'amour de Rakim, son ami d'enfance qui s'est converti à l'Islam. Robert Fregnew explique qu'il a pensé à écrire ce roman au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre New York. Comme il a été journaliste, il a parsemé son livre de faits d'actualité pour lui conférer plus de réalisme. Il souligne, au passage, que l'éventualité d'une conversion massive des Américains à l'Islam, comme dans son roman, n'est pas insensée, contrairement à l'opinion répandue. Selon la formule désormais consacrée, l'écrivain se défend contre toute accusation de porter atteinte à la religion musulmane. En attendant, les attaques les plus virulentes contre son livre sont venues des milieux fondamentalistes chrétiens. Ils l'accusent d'être par trop tolérant avec le terrorisme. Au-delà du sujet et de la trame du roman, il faut tirer un coup de chapeau au sens du marketing de l'éditeur, note toutefois Rose-Al- Youssef. Pour faire vendre le roman, il a créé un site Internet qui traite des évènements de 2036 aux Etats-Unis (1). On y apprend ainsi que le 27 mars 2036 la "moto islamique" d'une puissance de 1505 chevaux a roulé pour la première fois dans les rues. Ce prodige est le résultat d'une année d'efforts déployés par la société "Général Motors". Les Etats-Unis islamiques se sont refusés, en effet, à acheter des voitures fabriquées en Chine. Le président Ben Laden a affirmé que la Chine était un Etat hérétique. Il a incité à acquérir la "moto islamique" qui sera vendue avec facilités de paiement, impliquant le versement de 35 cents par an. Sur le portail consacré à l'actualité dans le monde, on apprend en date du 9 mars 2036 que le bateau transportant des fuyards juifs à son bord navigue toujours en mer à la recherche d'un port d'accueil. Ce bateau Le David parcourt les mers et les océans depuis 2015, l'année de la "Grande trahison sioniste". En date du 5 janvier 2036, on annonce, d'autre part, que l'Australie a proposé d'offrir un foyer aux Juifs dans le territoire de Tasmanie. Dans la partie du site réservée aux questions de la foi, et à la date du 29 février 2036, un texte affirme que les Noirs sont les seuls vrais musulmans. Les propos sont de Julien Larnez, l'imam de la mosquée africaine pour les Noirs. Il souligne que la raison principale qui fait des Noirs les seuls vrais musulmans, c'est parce qu'ils n'ont jamais détenu durablement le pouvoir et qu'ils n'ont pas profité du travail des autres. Aujourd'hui, dit-il, les Noirs vont arriver au pouvoir parce qu'ils possèdent les armes nécessaires pour y accéder. Sur les pages du 5 janvier de la même année, consacrées au sport, on peut lire que le seul sport autorisé, avec musique, est "l'aérobic islamique". La pratique de ce sport est en plein essor depuis qu'une première salle a été créée pour cette discipline à Los Angeles. Il y a aussi beaucoup de publicités pour le "Djihad-Cola" et pour les tissus destinés aux tchadors et aux khimars. Enfin, le must de ce site, des formulaires de candidature aux élections pour la présidence des Etats- Unis islamiques. Je suppose que l'écrivain américain a dû ajouter sur la deuxième de couverture de son livre cet avertissement :"Toute ressemblance avec des personnages existants, etc. Ce qui serait une précaution tout à fait inutile au vu de la réalité actuelle. La réalité, c'est celle de l'Afghan Abderrahmane, condamné à mort pour s'être converti au christianisme. Une campagne a été lancée en Occident pour lui épargner l'exécution. Le néo-chrétien a été dénoncé par ses proches pour qui la délation, en pareil cas, et plus qu'un devoir religieux, un sacerdoce. Abderrahmane que les journaux montrent avec le corps du délit, un exemplaire des Evangiles (2), peut encore sauver sa tête s'il accepte de se reconvertir à l'Islam. Parole de théologien ! L'autre condamné afghan dont on ne parle guère ne s'est converti qu'à une seule religion, celle des droits de l'homme, ou plutôt des droits de la femme. Ali Mohaqeq Nessab, journaliste, a été emprisonné pour apostasie. Une fetwa demandant son exécution a été transmise aux autorités afghanes. Motif: il a affirmé que la femme devait être l'égale de l'homme. Ce qui est une offense à l'Islam du point de vue des inquisiteurs afghans. Attention ! Je dis bien que c'est Ali Mohaqeq Nessab qui a écrit que la femme devait être l'égale de l'homme. Pas de conclusions hâtives!A. H.
(1) www.republicworldnews.com
(2) Attention aux détenteursd'ouvrages religieux autres que ceux autorisés.Des voisins malveillants peuventvous convertir à votre insu.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/27/article.php?sid=36202&cid=8
Le sud traditionnel est toujours dirigé par une coalition judéo-chrétienne qui lutte pour ne pas se laisser absorber. Entre les deux régimes, il y a une guerre sournoise et non déclarée comme au beau temps du "Containment". C'est dans cette Amérique qui a basculé du fondamentalisme chrétien à l'intégrisme islamiste que se déroule l'action du roman de Robert Fregnew Des prières pour l'assassin. L'hebdomadaire égyptien Rose- Al-Youssef nous fait découvrir ce livre paru le mois dernier et qui est en passe de devenir un best-seller. L'artisan de ce bouleversement que Bush ne pouvait imaginer, c'est évidemment Ben Laden qui dirige ce nouvel Etats Unis à partir de Seattle. Il a imposé la Charia et le port du "khimar" pour les femmes. La bannière étoilée a vécu mais les étoiles sont restées, enfermées à l'intérieur d'un croissant de lune. A Seattle, on a construit un grand stade "Khoméiny" pour abriter les rencontres de football américain. La bière y est naturellement interdite. Elle a été remplacée par le "Djihad- Cola". Les matchs s'arrêtent lors des appels à la prière et tout le monde se précipite vers les mosquées. Ces édifices aux minarets surélevés et truffés de hauts-parleurs poussent comme des champions. Un corps spécialisé, baptisé "police islamique" et très persuasif, est chargé d"y pousser les récalcitrants cinq fois par jour. De la pure fiction romanesque, bien sûr. Autour de cette Amérique redessinée par "Al-Qaïda", le monde aussi a changé. La majorité écrasante des puissances de la vieille Europe a opté pour la République islamique. La Chine, décidément inconvertible, est restée une dictature de gauche hérétique. Dans ce décor de rêve pour "salafistes" aux idées noires, il fallait une intrigue, de l'action et de l'amour. L'auteur, issu d'un milieu familial très conservateur, a mis tous ces ingrédients, garants du succès. L'héroïne Sarah part en quête de vérité et pour démasquer les visées du "Vieux sage", une espèce de Hassan Sabbagh passé ayatollah. Il est inspiré par le personnage du "Mehdi attendu", cher aux adeptes du "chiisme". Ce guide n'est autre que celui qui a conduit les attaques nucléaires contre New York et Washington. C'est lui qui s'est juré de détruire l'Etat d'Israël et qui utilise Ben Laden comme paravent. Le "Vieux sage", en bon musulman éradicateur, décide de se débarrasser de Sarah. Il lui envoie le plus doué de ses tueurs à gages, un certain Darwin. Contrairement à son illustre homonyme, il est partisan de stopper net l'évolution des espèces comme celle de Sarah. Cette dernière trouve, heureusement, l'appui et l'amour de Rakim, son ami d'enfance qui s'est converti à l'Islam. Robert Fregnew explique qu'il a pensé à écrire ce roman au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre New York. Comme il a été journaliste, il a parsemé son livre de faits d'actualité pour lui conférer plus de réalisme. Il souligne, au passage, que l'éventualité d'une conversion massive des Américains à l'Islam, comme dans son roman, n'est pas insensée, contrairement à l'opinion répandue. Selon la formule désormais consacrée, l'écrivain se défend contre toute accusation de porter atteinte à la religion musulmane. En attendant, les attaques les plus virulentes contre son livre sont venues des milieux fondamentalistes chrétiens. Ils l'accusent d'être par trop tolérant avec le terrorisme. Au-delà du sujet et de la trame du roman, il faut tirer un coup de chapeau au sens du marketing de l'éditeur, note toutefois Rose-Al- Youssef. Pour faire vendre le roman, il a créé un site Internet qui traite des évènements de 2036 aux Etats-Unis (1). On y apprend ainsi que le 27 mars 2036 la "moto islamique" d'une puissance de 1505 chevaux a roulé pour la première fois dans les rues. Ce prodige est le résultat d'une année d'efforts déployés par la société "Général Motors". Les Etats-Unis islamiques se sont refusés, en effet, à acheter des voitures fabriquées en Chine. Le président Ben Laden a affirmé que la Chine était un Etat hérétique. Il a incité à acquérir la "moto islamique" qui sera vendue avec facilités de paiement, impliquant le versement de 35 cents par an. Sur le portail consacré à l'actualité dans le monde, on apprend en date du 9 mars 2036 que le bateau transportant des fuyards juifs à son bord navigue toujours en mer à la recherche d'un port d'accueil. Ce bateau Le David parcourt les mers et les océans depuis 2015, l'année de la "Grande trahison sioniste". En date du 5 janvier 2036, on annonce, d'autre part, que l'Australie a proposé d'offrir un foyer aux Juifs dans le territoire de Tasmanie. Dans la partie du site réservée aux questions de la foi, et à la date du 29 février 2036, un texte affirme que les Noirs sont les seuls vrais musulmans. Les propos sont de Julien Larnez, l'imam de la mosquée africaine pour les Noirs. Il souligne que la raison principale qui fait des Noirs les seuls vrais musulmans, c'est parce qu'ils n'ont jamais détenu durablement le pouvoir et qu'ils n'ont pas profité du travail des autres. Aujourd'hui, dit-il, les Noirs vont arriver au pouvoir parce qu'ils possèdent les armes nécessaires pour y accéder. Sur les pages du 5 janvier de la même année, consacrées au sport, on peut lire que le seul sport autorisé, avec musique, est "l'aérobic islamique". La pratique de ce sport est en plein essor depuis qu'une première salle a été créée pour cette discipline à Los Angeles. Il y a aussi beaucoup de publicités pour le "Djihad-Cola" et pour les tissus destinés aux tchadors et aux khimars. Enfin, le must de ce site, des formulaires de candidature aux élections pour la présidence des Etats- Unis islamiques. Je suppose que l'écrivain américain a dû ajouter sur la deuxième de couverture de son livre cet avertissement :"Toute ressemblance avec des personnages existants, etc. Ce qui serait une précaution tout à fait inutile au vu de la réalité actuelle. La réalité, c'est celle de l'Afghan Abderrahmane, condamné à mort pour s'être converti au christianisme. Une campagne a été lancée en Occident pour lui épargner l'exécution. Le néo-chrétien a été dénoncé par ses proches pour qui la délation, en pareil cas, et plus qu'un devoir religieux, un sacerdoce. Abderrahmane que les journaux montrent avec le corps du délit, un exemplaire des Evangiles (2), peut encore sauver sa tête s'il accepte de se reconvertir à l'Islam. Parole de théologien ! L'autre condamné afghan dont on ne parle guère ne s'est converti qu'à une seule religion, celle des droits de l'homme, ou plutôt des droits de la femme. Ali Mohaqeq Nessab, journaliste, a été emprisonné pour apostasie. Une fetwa demandant son exécution a été transmise aux autorités afghanes. Motif: il a affirmé que la femme devait être l'égale de l'homme. Ce qui est une offense à l'Islam du point de vue des inquisiteurs afghans. Attention ! Je dis bien que c'est Ali Mohaqeq Nessab qui a écrit que la femme devait être l'égale de l'homme. Pas de conclusions hâtives!A. H.
(1) www.republicworldnews.com
(2) Attention aux détenteursd'ouvrages religieux autres que ceux autorisés.Des voisins malveillants peuventvous convertir à votre insu.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/27/article.php?sid=36202&cid=8
La tentation du jardin du diable
La chronique de la semaine dernière a suscité de nombreuses réactions. Celles-ci, une fois n'est pas coutume, tranchent avec les imprécations et les excommunications que je reçois sur ma boîte e-mail. Les musulmans, mes frères, auraient-ils changé au point de réfléchir avant d'accuser, de juger avant de condamner ?
Toujours est-il que la grosse majorité des questions tourne autour de la personnalité de Djamel Al-Bana.
Plutôt que de conclure à l'effet magnétique de la seule parenté de Djamel avec Hassan Al-Bana, je préfère croire à l'éveil de la curiosité pour ses idées. Le penseur égyptien, aujourd'hui âgé de 85 ans, est un personnage atypique dans le monde arabo-musulman. Il ne pense pas comme le voudraient ses contemporains et il ne parle pas comme ils souhaiteraient l'entendre. Djamel Al-Bana abat toutes les cloisons et fait fi de tous les tabous lorsqu'il disserte sur la religion. Profondément croyant mais se défiant de l'Islam des apparences, il est l'un des rares penseurs musulmans à se libérer du carcan des théologiens. Comme beaucoup de ses semblables, le frère cadet de Hassan Al-Bana mène un combat qui semble inégal. Comparé à un Karadhawi, solidement adossé aux pétrodollars et à un réseau de chaînes satellitaires, il restera sans doute pour l'histoire un illustre incompris. Il y a, en effet, chez ce non-conformiste une volonté délibérée de défier, de provoquer la polémique. C'est une recette éprouvée en Europe où les novateurs ont fini par avoir le dernier mot. Dans un monde arabe marqué du sceau de la malédiction pour les novateurs, toute idée à contre-courant est une offense à la communauté des croyants. Dans ce contexte bien particulier, Djamel Al-Bana a donc commencé par "offenser" son frère en refusant de s'enrôler (1) dans le mouvement des "Frères musulmans". En 1946, il a créé le "Parti de l'action nationale et sociale". Arrêté par la police alors qu'il distribuait des tracts de sa formation, il a été libéré sur l'intervention de son frère Hassan. Ce dernier le fit appeler et le sermonna en ces termes : "Tu te donnes de la peine pour travailler un terrain stérile avec un parti chétif et pauvre qui ne réunit que quelques jeunes et des ouvriers. Alors que chez les "Frères", il y a des jardins pleins de fruits qui ne demandent qu'à être ramassés et protégés." Rejetant la tentation du jardin du diable, Djamel dit à son frère : "Les arbres des "Frères" donnent des fruits que je n'aime pas." Loin de se mettre en colère, Hassan lui conseilla alors de changer l'appellation de son parti. "Transforme-le en association, ainsi tu éviteras la confrontation avec le gouvernement alors que tu es dans ta première jeunesse", lui dit-il. Quoiqu'il soit aujourd'hui en conflit permanent avec le mouvement des "Frères musulmans, Djamel Al-Bana voue une admiration sans bornes à Hassan, son aîné de quatorze ans. Il considère que s'il avait vécu assez longtemps, il aurait donné une autre impulsion au mouvement. Le fondateur des "Frères musulmans" était un libéral, estime son frère cadet. "Il est né et a vécu dans la période libérale de l'Egypte. C'est un enfant de la Révolution de 1919". Pour lui, la chance de la famille Al-Bana (2) est de n'avoir jamais mis les pieds à Al-Azhar. Si Hassan Al-Bana avait été "azhari", il aurait été archaïque et n'aurait pas professé certaines idées avancées pour l'époque. "Ni mon père ni mon frère ni moi-même n'avons foulé les tapis d'Al-Azhar, Dieu merci !", aime-t-il à répéter. Son père, très pieux et féru de "hanbalisme", avait une immense bibliothèque où voisinaient aussi bien les livres religieux que la poésie et la littérature.
Dans un recoin de la bibliothèque que Djamel affectionnait, le père collectionnait les feuilletons policiers ou romanesques qu'il découpait soigneusement dans Al-Ahram. Outre une publication du Wafd, on trouvait dans cette bibliothèque un journal intitulé Al- Amal (l'espoir) que publiait une jeune femme du nom de Mounira Thabet. C'est Mounira Thabet qui, dès 1920, a revendiqué le droit pour la femme à participer à la vie politique. C'était bien avant que les associations féminines ne militent, dans les années trente, pour l'accès des femmes à l'école et pour la mixité au travail. En ce qui concerne l'attitude de son frère sur la question des femmes, Djamel Al-Bana ne la défend pas mais tente de la justifier. "C'est un sujet très sensible, dit-il. Mon frère était favorable aux droits de la femme mais s'il avait posé ce problème là à son époque, il aurait été rejeté. Même le Prophète n'a pas interdit le vin en une seule fois mais il a procédé par étapes. Hassan Al-Bana se devait de ne pas être maximaliste vis-à-vis des masses même s'il ne pensait pas comme elles". Et pour bien montrer que son frère savait évoluer avec son temps, il rappelle que Hassan Al- Bana a fondé son mouvement en 1928 à Ismaïlia, en tant que confrérie soufie. "En vingt ans, le mouvement est passé du soufisme à la revendication de l'Islam comme système politique". A ceux qui assimilent abusivement la laïcité à la mécréance, il rappelle que la laïcité en Europe a été une réaction à la dictature de l'Eglise."Or, souligne- t-il, il n'y a pas d'Eglise en Islam et il n'y a pas d'hostilité entre la laïcité et l'Islam. La laïcité n'est pas contre la religion." De la même manière, il fait un sort au slogan des "Frères musulmans" sur l'Islam et l'Etat. "L'Islam est une religion et une communauté, affirme-t-il. Ce n'est pas une religion et un Etat. L'Etat de Médine établi par le Prophète a été une exception, à la fois positive et négative (…). Je dis aux tenants de l'Etat islamique : "Donnez-moi un Etat dirigé par un Prophète et je lui ferais allégeance". Donc, il n'y a pas de commune mesure avec l'Etat du Prophète et sa revendication ne fait pas partie de la foi." "C'est pour cela que la voie salutaire est celle de la séparation de la religion et de l'Etat, prône Djamel Al-Bana. C'est pour ça que j'ai suggéré d'enlever de la Constitution (égyptienne) l'article qui stipule que l'Islam est la religion de l'Etat. Pourquoi ? Parce que fondamentalement l'Etat ne peut rien offrir à l'Islam. En revanche, cet article peut être exploité par des fous pour commettre des actes réprouvés par l'Islam. Sans compter que cet article peut heurter la sensibilité de nos frères coptes. Ces derniers doivent avoir le sentiment que cet Etat est aussi le leur." Voici, enfin, comment Djamel Al-Bana voit le monde musulman aujourd'hui : "L'Islam que pratiquent aujourd'hui les musulmans n'est pas l'Islam de Dieu et du Prophète mais celui des théologiens. Aujourd'hui, les gens ne font pas travailler leur esprit mais s'en remettent aux explications des exégètes plutôt qu'au texte sacré lui-même. Ils ne cherchent pas à s'assurer de la véracité d'un "Hadith" mais l'acceptent tel quel. C'est l'Islam des théologiens qui reflète les préoccupations de leur époque et non pas celles de la nôtre (…) Toutes les "fetwas" des imams sont un obstacle à la modernisation de la pensée islamique", ajoute le cadet des Al-Bana. Ce sera ma conclusion. A. H.
(1) Ce qui est impensable dans des pays où des partis se réduisent souvent à une cellule familiale et ont pour idéologie suprême la solidarité de clan. Par exemple: combien croyez-vous qu'il y a de laïcs dans la famille de Ali Benhadj ? Aucun, selon moi, mais si, par bonheur, il y a un Benhadj laïque, qu'il continue à se dissimuler, la "taqia" est de mise.
(2) L'un des frères de Djamel Al-Bana a été un compositeur célèbre.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/20/article.php?sid=35875&cid=8
Toujours est-il que la grosse majorité des questions tourne autour de la personnalité de Djamel Al-Bana.
Plutôt que de conclure à l'effet magnétique de la seule parenté de Djamel avec Hassan Al-Bana, je préfère croire à l'éveil de la curiosité pour ses idées. Le penseur égyptien, aujourd'hui âgé de 85 ans, est un personnage atypique dans le monde arabo-musulman. Il ne pense pas comme le voudraient ses contemporains et il ne parle pas comme ils souhaiteraient l'entendre. Djamel Al-Bana abat toutes les cloisons et fait fi de tous les tabous lorsqu'il disserte sur la religion. Profondément croyant mais se défiant de l'Islam des apparences, il est l'un des rares penseurs musulmans à se libérer du carcan des théologiens. Comme beaucoup de ses semblables, le frère cadet de Hassan Al-Bana mène un combat qui semble inégal. Comparé à un Karadhawi, solidement adossé aux pétrodollars et à un réseau de chaînes satellitaires, il restera sans doute pour l'histoire un illustre incompris. Il y a, en effet, chez ce non-conformiste une volonté délibérée de défier, de provoquer la polémique. C'est une recette éprouvée en Europe où les novateurs ont fini par avoir le dernier mot. Dans un monde arabe marqué du sceau de la malédiction pour les novateurs, toute idée à contre-courant est une offense à la communauté des croyants. Dans ce contexte bien particulier, Djamel Al-Bana a donc commencé par "offenser" son frère en refusant de s'enrôler (1) dans le mouvement des "Frères musulmans". En 1946, il a créé le "Parti de l'action nationale et sociale". Arrêté par la police alors qu'il distribuait des tracts de sa formation, il a été libéré sur l'intervention de son frère Hassan. Ce dernier le fit appeler et le sermonna en ces termes : "Tu te donnes de la peine pour travailler un terrain stérile avec un parti chétif et pauvre qui ne réunit que quelques jeunes et des ouvriers. Alors que chez les "Frères", il y a des jardins pleins de fruits qui ne demandent qu'à être ramassés et protégés." Rejetant la tentation du jardin du diable, Djamel dit à son frère : "Les arbres des "Frères" donnent des fruits que je n'aime pas." Loin de se mettre en colère, Hassan lui conseilla alors de changer l'appellation de son parti. "Transforme-le en association, ainsi tu éviteras la confrontation avec le gouvernement alors que tu es dans ta première jeunesse", lui dit-il. Quoiqu'il soit aujourd'hui en conflit permanent avec le mouvement des "Frères musulmans, Djamel Al-Bana voue une admiration sans bornes à Hassan, son aîné de quatorze ans. Il considère que s'il avait vécu assez longtemps, il aurait donné une autre impulsion au mouvement. Le fondateur des "Frères musulmans" était un libéral, estime son frère cadet. "Il est né et a vécu dans la période libérale de l'Egypte. C'est un enfant de la Révolution de 1919". Pour lui, la chance de la famille Al-Bana (2) est de n'avoir jamais mis les pieds à Al-Azhar. Si Hassan Al-Bana avait été "azhari", il aurait été archaïque et n'aurait pas professé certaines idées avancées pour l'époque. "Ni mon père ni mon frère ni moi-même n'avons foulé les tapis d'Al-Azhar, Dieu merci !", aime-t-il à répéter. Son père, très pieux et féru de "hanbalisme", avait une immense bibliothèque où voisinaient aussi bien les livres religieux que la poésie et la littérature.
Dans un recoin de la bibliothèque que Djamel affectionnait, le père collectionnait les feuilletons policiers ou romanesques qu'il découpait soigneusement dans Al-Ahram. Outre une publication du Wafd, on trouvait dans cette bibliothèque un journal intitulé Al- Amal (l'espoir) que publiait une jeune femme du nom de Mounira Thabet. C'est Mounira Thabet qui, dès 1920, a revendiqué le droit pour la femme à participer à la vie politique. C'était bien avant que les associations féminines ne militent, dans les années trente, pour l'accès des femmes à l'école et pour la mixité au travail. En ce qui concerne l'attitude de son frère sur la question des femmes, Djamel Al-Bana ne la défend pas mais tente de la justifier. "C'est un sujet très sensible, dit-il. Mon frère était favorable aux droits de la femme mais s'il avait posé ce problème là à son époque, il aurait été rejeté. Même le Prophète n'a pas interdit le vin en une seule fois mais il a procédé par étapes. Hassan Al-Bana se devait de ne pas être maximaliste vis-à-vis des masses même s'il ne pensait pas comme elles". Et pour bien montrer que son frère savait évoluer avec son temps, il rappelle que Hassan Al- Bana a fondé son mouvement en 1928 à Ismaïlia, en tant que confrérie soufie. "En vingt ans, le mouvement est passé du soufisme à la revendication de l'Islam comme système politique". A ceux qui assimilent abusivement la laïcité à la mécréance, il rappelle que la laïcité en Europe a été une réaction à la dictature de l'Eglise."Or, souligne- t-il, il n'y a pas d'Eglise en Islam et il n'y a pas d'hostilité entre la laïcité et l'Islam. La laïcité n'est pas contre la religion." De la même manière, il fait un sort au slogan des "Frères musulmans" sur l'Islam et l'Etat. "L'Islam est une religion et une communauté, affirme-t-il. Ce n'est pas une religion et un Etat. L'Etat de Médine établi par le Prophète a été une exception, à la fois positive et négative (…). Je dis aux tenants de l'Etat islamique : "Donnez-moi un Etat dirigé par un Prophète et je lui ferais allégeance". Donc, il n'y a pas de commune mesure avec l'Etat du Prophète et sa revendication ne fait pas partie de la foi." "C'est pour cela que la voie salutaire est celle de la séparation de la religion et de l'Etat, prône Djamel Al-Bana. C'est pour ça que j'ai suggéré d'enlever de la Constitution (égyptienne) l'article qui stipule que l'Islam est la religion de l'Etat. Pourquoi ? Parce que fondamentalement l'Etat ne peut rien offrir à l'Islam. En revanche, cet article peut être exploité par des fous pour commettre des actes réprouvés par l'Islam. Sans compter que cet article peut heurter la sensibilité de nos frères coptes. Ces derniers doivent avoir le sentiment que cet Etat est aussi le leur." Voici, enfin, comment Djamel Al-Bana voit le monde musulman aujourd'hui : "L'Islam que pratiquent aujourd'hui les musulmans n'est pas l'Islam de Dieu et du Prophète mais celui des théologiens. Aujourd'hui, les gens ne font pas travailler leur esprit mais s'en remettent aux explications des exégètes plutôt qu'au texte sacré lui-même. Ils ne cherchent pas à s'assurer de la véracité d'un "Hadith" mais l'acceptent tel quel. C'est l'Islam des théologiens qui reflète les préoccupations de leur époque et non pas celles de la nôtre (…) Toutes les "fetwas" des imams sont un obstacle à la modernisation de la pensée islamique", ajoute le cadet des Al-Bana. Ce sera ma conclusion. A. H.
(1) Ce qui est impensable dans des pays où des partis se réduisent souvent à une cellule familiale et ont pour idéologie suprême la solidarité de clan. Par exemple: combien croyez-vous qu'il y a de laïcs dans la famille de Ali Benhadj ? Aucun, selon moi, mais si, par bonheur, il y a un Benhadj laïque, qu'il continue à se dissimuler, la "taqia" est de mise.
(2) L'un des frères de Djamel Al-Bana a été un compositeur célèbre.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/20/article.php?sid=35875&cid=8
Si tu vois une oie évanouie
C'est à peine croyable ! Ce qui n'était qu'un exercice d'autodérision, des élucubrations de chroniqueur, est devenu une réalité. Depuis la sortie de cheb Mami, improvisé premier personnage de l'Etat livré à la providence, on n'a pas fait mieux. Souvenez-vous ! La semaine dernière, je vous parlais de la foucade d'un confrère égyptien, Khaled Mountassar.
Ce dernier suggérait que le chanteur Chabane Abderrahim, Monsieur Moi je n'aime pas, fasse un tube contre la grippe aviaire. En lançant cette idée un peu folle, il brocardait simplement l'artiste qui fait refrains de tout. Khaled Mountassar doit se sentir dans l'attitude de l'arroseur arrosé. Qu'il ait lu la chronique de Mountassar ou pas, un député égyptien a repris la balle au bond. Il a proposé en séance parlementaire de faire appel au chanteur le plus populaire du moment. Aussitôt dit, aussitôt fait : les autorités égyptiennes ont demandé à Chabane Abderrahim de faire une chanson pour appuyer la lutte contre la grippe du poulet. Je précise tout de suite qu'il ne s'agit pas pour l'omniprésent chanteur de jouer les épouvantails. Il n'aura pas à faire peur aux volatiles migrants pour les éloigner des bords du Nil. Quoique, de ce côté-là, il soit physiquement doué pour terroriser les moineaux et les hirondelles (1). Non ! Il s'agira simplement pour Chabane Abderrahim de sensibiliser les masses au danger du virus. Il sera une espèce de “Hadj Tamiflu” avant la lettre. Il apprendra au peuple comment se prémunir contre la grippe aviaire avec le même entrain et la même conviction qu'il en a manifestés pour lui faire aimer les Danois.
Le magazine Elaph nous livre en exclusivité des extraits de cette nouvelle chanson dont le clip est déjà en chantier. En voici un passage: Si tu vois une oie évanouie, méfie-toi ! Prends le téléphone et avertis (les autorités) ! Suivent les autres recommandations concernant les canards, les pigeons, etc. Ce qu'il y a de bien en Egypte, c'est que la moindre atteinte au pays devient une cause nationale. Ce n'est pas au Caire que vous entendrez des “Vive Zarkaoui” à la gloire de l'assassin de l'ambassadeur d'Egypte en Irak. De leur côté, les Frères musulmans d'Egypte ne pouvaient rester dans l'expectative. Entre pédagogie et démagogie, les députés du mouvement ont mangé du poulet sur le parvis du Parlement. Bien sûr, les caméras des télévisions satellitaires arabes étaient là par hasard. Pour bien montrer les limites de l'union sacrée, les élus du parti au pouvoir n'ont pas participé à la fête. Toutefois, et au lendemain de cette démonstration, le gouvernement a indiqué incidemment qu'après le Conseil des ministres, les participants ont déjeuné avec du poulet. C'est l'écrivain Youssef Al-Qaid qui nous l'apprend dans le quotidien du Qatar Al-Raya. Il affirme également que le poulet a désormais un parti en Egypte. Lors d'une manifestation d'éleveurs de volailles au Caire, l'un des manifestants, interrogé sur la nature du mouvement, a répondu : “Nous sommes le parti du poulet.” Le problème est tellement sérieux qu'il a éclipsé le drame du ferry égyptien qui a coulé il y a quelques semaines en mer rouge, note encore l'écrivain. “Cependant, croit savoir Youssef Al-Qaid, la grippe aviaire se transmet aussi rapidement par le porc. Or, précise-t-il, ce sont les coptes les plus pauvres qui pratiquent cet élevage, souvent sur des décharges publiques à la périphérie des grandes villes. Ce problème, personne n'en parle. Il est très sensible car il soulève l'épineuse question de la relation entre la majorité musulmane et la minorité copte”, nous dit l'écrivain. Autrement dit, les autorités craindraient d'imposer aux coptes des mesures de santé publique qui concernent tous les Egyptiens. Si je comprends bien le raisonnement, on peut attaquer des coptes lorsqu'ils veulent agrandir leurs lieux de culte, en tuer quelques-uns à l'occasion mais gare à leurs cochons ! Ainsi, par une curieuse et très conjoncturelle approche de la tolérance, les autorités égyptiennes hésiteraient à heurter les traditions des coptes ou à léser leurs intérêts. C'est à croire que la raison s'efface systématiquement dès qu'il s'agit de religions.
Un exemple : le cheikh de la chaîne Al-Jazira, Karadhawi. Le cheikh préféré de nos oies blanches est confronté à un défi intolérable, celui du téléprêcheur Omar Khaled. Ce dernier a bravé l'interdit du maître et a organisé la semaine dernière une conférence à Copenhague pour y faire connaître le vrai visage de l'Islam. Karadhawi ne tire pas à boulets rouges sur Khaled parce qu'il prétend représenter l'Islam réel. Ce n'est pas son problème et il sait pertinemment que le maître et l'élève sont loin d'être l'image d'un Islam rayonnant et humaniste. Omar Khaled a tout simplement désobéi à une fetwa de Karadhawi ordonnant le boycott de tout ce qui est danois. Il a organisé sa conférence, y a fait de beaux discours et a versé les larmes d'usage. La télévision était là aussi et ce n'est pas par hasard. Du coup, Omar Khaled est traité de tous les noms, sauf celui d'apostat réservé exclusivement aux musulmans qui ne sont pas d'accord. Le qualificatif qui revient le plus souvent est “opportuniste”. Or, si l'opportunisme a toujours le même sens, Karadhawi et Khaled en sont les dignes représentants. Ils sont dans le camp fondé jadis par Muawiya. C'est le camp où le réalisme politique et les intérêts de caste l'emportent sur toutes les considérations religieuses ou morales. A contre-courant de cet islam dominant et politiquement correct, se trouvent heureusement des résistants comme Djamal Al- Bana, le frère cadet de Hassan Al-Bana, fondateur du mouvement des Frères musulmans. Dans une interview à Al- Arabia.net, Djamal Al-Bana, musulman et théologien éclairé, revient sur la question du hidjab. Il affirme qu'il n'y a rien dans l'Islam qui étaye son obligation. “Le hidjab, dit-il, a été imposé à l'Islam. Ce n'est pas l'Islam qui l'a imposé.” (2). Et il ajoute : “Les cheveux de la femmes ne sont pas une partie honteuse. Elle peut accomplir sa prière individuelle tête nue.” Djamal Al- Bana cite alors un Hadith authentique selon lequel les hommes et les femmes faisaient leurs ablutions dans le même bassin à l'époque du Prophète. “Cette pratique a persisté du vivant du Prophète et a survécu jusqu'au califat de Omar qui l'a supprimée”, précise-t-il avant d'ajouter : “Ce sont les sociétés masculines qui ont imposé ce regard sur la femme. La mixité est une nécessité même si elle donne lieu à des fautes. Ce n'est pas parce qu'une personne a été heurtée par une voiture qu'il faut interdire la rue aux piétons.” Le plus jeune frère de Hassan Al-Bana qui se dit “coraniste”, c'est-à-dire partisan du retour au seul Coran, comme source théologique, va encore plus loin. Il affirme qu'une femme a le droit de conduire la prière si elle en a les capacités.” “Si elle est plus savante que l'homme, c'est à elle de diriger la prière collective”, ajoute-t-il. Mon commentaire : ma tinsistich, Si Djamal, hadi ma texistich.(3) , A. H.
(1) Dommage qu'il ne soit pas possible de vous montrer ici une photo du personnage. Ça vaut le détour. Pour ceux qui veulent le frisson de la peur, voici l’adresse : http//www.elaph.com/ElaphWeb/ Music/2006/3/132842.htm
(2) Le président Bouteflika a raison: le hidjab ne fait pas partie de nos traditions, le “hayek mrama”, si. Vous voyez la première représentante de l'Algérie indépendante à l'Onu monter à la tribune en “hayek mrama” ?
(3) Il parait que "ma tinsistich" (n'insiste pas) et "ma texistich" (ça n'existe pas) sont de graves déviations de notre langage quotidien. Je pense, pour ma part, que ces deux néologismes sont tout à fait conformes aux canons du moment.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/13/article.php?sid=35552&cid=8
Ce dernier suggérait que le chanteur Chabane Abderrahim, Monsieur Moi je n'aime pas, fasse un tube contre la grippe aviaire. En lançant cette idée un peu folle, il brocardait simplement l'artiste qui fait refrains de tout. Khaled Mountassar doit se sentir dans l'attitude de l'arroseur arrosé. Qu'il ait lu la chronique de Mountassar ou pas, un député égyptien a repris la balle au bond. Il a proposé en séance parlementaire de faire appel au chanteur le plus populaire du moment. Aussitôt dit, aussitôt fait : les autorités égyptiennes ont demandé à Chabane Abderrahim de faire une chanson pour appuyer la lutte contre la grippe du poulet. Je précise tout de suite qu'il ne s'agit pas pour l'omniprésent chanteur de jouer les épouvantails. Il n'aura pas à faire peur aux volatiles migrants pour les éloigner des bords du Nil. Quoique, de ce côté-là, il soit physiquement doué pour terroriser les moineaux et les hirondelles (1). Non ! Il s'agira simplement pour Chabane Abderrahim de sensibiliser les masses au danger du virus. Il sera une espèce de “Hadj Tamiflu” avant la lettre. Il apprendra au peuple comment se prémunir contre la grippe aviaire avec le même entrain et la même conviction qu'il en a manifestés pour lui faire aimer les Danois.
Le magazine Elaph nous livre en exclusivité des extraits de cette nouvelle chanson dont le clip est déjà en chantier. En voici un passage: Si tu vois une oie évanouie, méfie-toi ! Prends le téléphone et avertis (les autorités) ! Suivent les autres recommandations concernant les canards, les pigeons, etc. Ce qu'il y a de bien en Egypte, c'est que la moindre atteinte au pays devient une cause nationale. Ce n'est pas au Caire que vous entendrez des “Vive Zarkaoui” à la gloire de l'assassin de l'ambassadeur d'Egypte en Irak. De leur côté, les Frères musulmans d'Egypte ne pouvaient rester dans l'expectative. Entre pédagogie et démagogie, les députés du mouvement ont mangé du poulet sur le parvis du Parlement. Bien sûr, les caméras des télévisions satellitaires arabes étaient là par hasard. Pour bien montrer les limites de l'union sacrée, les élus du parti au pouvoir n'ont pas participé à la fête. Toutefois, et au lendemain de cette démonstration, le gouvernement a indiqué incidemment qu'après le Conseil des ministres, les participants ont déjeuné avec du poulet. C'est l'écrivain Youssef Al-Qaid qui nous l'apprend dans le quotidien du Qatar Al-Raya. Il affirme également que le poulet a désormais un parti en Egypte. Lors d'une manifestation d'éleveurs de volailles au Caire, l'un des manifestants, interrogé sur la nature du mouvement, a répondu : “Nous sommes le parti du poulet.” Le problème est tellement sérieux qu'il a éclipsé le drame du ferry égyptien qui a coulé il y a quelques semaines en mer rouge, note encore l'écrivain. “Cependant, croit savoir Youssef Al-Qaid, la grippe aviaire se transmet aussi rapidement par le porc. Or, précise-t-il, ce sont les coptes les plus pauvres qui pratiquent cet élevage, souvent sur des décharges publiques à la périphérie des grandes villes. Ce problème, personne n'en parle. Il est très sensible car il soulève l'épineuse question de la relation entre la majorité musulmane et la minorité copte”, nous dit l'écrivain. Autrement dit, les autorités craindraient d'imposer aux coptes des mesures de santé publique qui concernent tous les Egyptiens. Si je comprends bien le raisonnement, on peut attaquer des coptes lorsqu'ils veulent agrandir leurs lieux de culte, en tuer quelques-uns à l'occasion mais gare à leurs cochons ! Ainsi, par une curieuse et très conjoncturelle approche de la tolérance, les autorités égyptiennes hésiteraient à heurter les traditions des coptes ou à léser leurs intérêts. C'est à croire que la raison s'efface systématiquement dès qu'il s'agit de religions.
Un exemple : le cheikh de la chaîne Al-Jazira, Karadhawi. Le cheikh préféré de nos oies blanches est confronté à un défi intolérable, celui du téléprêcheur Omar Khaled. Ce dernier a bravé l'interdit du maître et a organisé la semaine dernière une conférence à Copenhague pour y faire connaître le vrai visage de l'Islam. Karadhawi ne tire pas à boulets rouges sur Khaled parce qu'il prétend représenter l'Islam réel. Ce n'est pas son problème et il sait pertinemment que le maître et l'élève sont loin d'être l'image d'un Islam rayonnant et humaniste. Omar Khaled a tout simplement désobéi à une fetwa de Karadhawi ordonnant le boycott de tout ce qui est danois. Il a organisé sa conférence, y a fait de beaux discours et a versé les larmes d'usage. La télévision était là aussi et ce n'est pas par hasard. Du coup, Omar Khaled est traité de tous les noms, sauf celui d'apostat réservé exclusivement aux musulmans qui ne sont pas d'accord. Le qualificatif qui revient le plus souvent est “opportuniste”. Or, si l'opportunisme a toujours le même sens, Karadhawi et Khaled en sont les dignes représentants. Ils sont dans le camp fondé jadis par Muawiya. C'est le camp où le réalisme politique et les intérêts de caste l'emportent sur toutes les considérations religieuses ou morales. A contre-courant de cet islam dominant et politiquement correct, se trouvent heureusement des résistants comme Djamal Al- Bana, le frère cadet de Hassan Al-Bana, fondateur du mouvement des Frères musulmans. Dans une interview à Al- Arabia.net, Djamal Al-Bana, musulman et théologien éclairé, revient sur la question du hidjab. Il affirme qu'il n'y a rien dans l'Islam qui étaye son obligation. “Le hidjab, dit-il, a été imposé à l'Islam. Ce n'est pas l'Islam qui l'a imposé.” (2). Et il ajoute : “Les cheveux de la femmes ne sont pas une partie honteuse. Elle peut accomplir sa prière individuelle tête nue.” Djamal Al- Bana cite alors un Hadith authentique selon lequel les hommes et les femmes faisaient leurs ablutions dans le même bassin à l'époque du Prophète. “Cette pratique a persisté du vivant du Prophète et a survécu jusqu'au califat de Omar qui l'a supprimée”, précise-t-il avant d'ajouter : “Ce sont les sociétés masculines qui ont imposé ce regard sur la femme. La mixité est une nécessité même si elle donne lieu à des fautes. Ce n'est pas parce qu'une personne a été heurtée par une voiture qu'il faut interdire la rue aux piétons.” Le plus jeune frère de Hassan Al-Bana qui se dit “coraniste”, c'est-à-dire partisan du retour au seul Coran, comme source théologique, va encore plus loin. Il affirme qu'une femme a le droit de conduire la prière si elle en a les capacités.” “Si elle est plus savante que l'homme, c'est à elle de diriger la prière collective”, ajoute-t-il. Mon commentaire : ma tinsistich, Si Djamal, hadi ma texistich.(3) , A. H.
(1) Dommage qu'il ne soit pas possible de vous montrer ici une photo du personnage. Ça vaut le détour. Pour ceux qui veulent le frisson de la peur, voici l’adresse : http//www.elaph.com/ElaphWeb/ Music/2006/3/132842.htm
(2) Le président Bouteflika a raison: le hidjab ne fait pas partie de nos traditions, le “hayek mrama”, si. Vous voyez la première représentante de l'Algérie indépendante à l'Onu monter à la tribune en “hayek mrama” ?
(3) Il parait que "ma tinsistich" (n'insiste pas) et "ma texistich" (ça n'existe pas) sont de graves déviations de notre langage quotidien. Je pense, pour ma part, que ces deux néologismes sont tout à fait conformes aux canons du moment.
Le soir d'Algérie Ahmed Alli http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/13/article.php?sid=35552&cid=8
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