Il n’y a vraiment rien qui puisse inciter un chef d’Etat arabe, soucieux de sa réputation, à participer à un sommet de la Ligue arabe à Damas. D’abord, la condition sine qua non pour la tenue de ces assises, à savoir l’élection d’un président libanais, n’est toujours pas remplie. Ce qui prouve que les Syriens tergiversent ou qu’ils ont du mal à se faire entendre de leurs alliés au Liban. Secundo : ceci expliquant cela, le régime syrien n’est toujours pas arrivé à convaincre les Arabes que les assassins du dirigeant du Hezbollah, Imad Moghnieh, à Damas sont venus de l’extérieur.Tertio : la répression contre les opposants et contre la population kurde s’intensifie, ce qui n’encourage pas les Arabes à emprunter le chemin de Damas. Penser que les dirigeants syriens ont sans doute renoncé à la tenue de ce sommet, c’est faire fi de leurs ambitions et de celles de leurs amis iraniens et libanais. Or, les Baathistes ont toujours mis quelques barbes de côté pour les années de disette. Et les militants de ce parti, jadis laïque et révolutionnaire, ont miraculeusement retrouvé la foi. Chargés autrefois de surveiller les mosquées, ils connaissent au mètre près la hauteur de leurs minarets. Instruits par l’expérience et par l’étude des sciences opportunistes, ils savent le poids des mots combinant le fracas des décibels et le vertige des hauteurs.
Ingénieux comme tous les tyrans soucieux de durer, les Syriens ont eu recours à l’arme de la fetwa, plus efficace encore que celle du pétrole utilisée avec un succès mitigé en 1973. La semaine dernière, ils ont envoyé en première ligne leur mufti en chef, le «Douktour» Ahmed Badreddine Hassoune, en l’occurrence. Le mufti syrien a décrété que la participation au Sommet de Damas est un «devoir strict» (fardh ayn) pour tout chef d’Etat arabe. En conséquence, ce «devoir strict» ne saurait s’accommoder d’ excuses, comme les problèmes de santé, qu’invoquent les rois et présidents arabes pour se faire représenter. Sauf s’ils sont atteints de maladies graves qui restreignent leurs déplacements et limitent leurs mandats électoraux, les présidents et les rois sont sommés d’y aller. Les absents auront donc tous les torts et seront considérés comme étant en état de péché, indique le mufti dans une déclaration publiée la semaine dernière par le quotidien qatari Al-Arab. Ahmed Badreddine Hassoune connaît l’immense piété des dirigeants arabes qui ne se sont emparés du sceptre que pour servir l’islam et, accessoirement, leurs peuples. En théologien discipliné et soucieux de satisfaire ses chefs, il a délivré cette fetwa sachant qu’il n’est ni le premier ni le dernier à se plier aux désirs du prince. Peut-être table-t-il sur un sursaut de piété de dirigeants soucieux de ne pas être en excédent de bagages au moment du vol ultime. Nos confrères du magazine Middle East Transparency qui ont rebondi ces déclarations rappellent que des théologiens ottomans ont déjà montré le chemin. Pour éviter la «fitna» ou la discorde dans l’empire, ils ont autorisé le «calife» Sélim 1er à massacrer tous ses frères et tous ses neveux, héritiers potentiels du trône. C’est fort justement en référence à cette époque bénie des fetwas immédiatement exécutables que des Arabes, d’ici et d’ailleurs, ont salué comme une délivrance l’arrivée au pouvoir des islamistes en Turquie. Cependant, le rétablissement du califat à Istanbul n’avance pas assez vite à leur goût. Il semblerait même que le «Frère» Erdogan veuille prendre son temps et même renverser l’ordre des priorités attendues par l’Internationale islamiste. Certes, Erdogan a inauguré son règne par la proclamation du hidjab comme symbole et emblème de l’islam politique. Ce qui a donné lieu à des manifestations de joie et de liesse populaires à Gaza et à Beyrouth mais, depuis, les barbes affichent leur désenchantement. Non content d’intervenir militairement au nord de l’Irak, le faux frère s’attaque au Livre Saint. Il prétend en extirper les versets qui ne cadrent pas avec les exigences de l’époque. Du coup, des voix timides se sont élevées dans le monde arabe pour approuver l’initiative. Notre confrère égyptien Achraf Abdelkader a même salué en lui un «réformateur », hors pair, dans ses contributions au magazine Elaph. Mais dans les «minbars» islamistes, on fulmine. Le chef de file des «Ottomans», le Tunisien Rachid Ghannouchi accuse Erdogan de vouloir abroger des versets du Coran pour plaire à l’Occident. Ce qui n’est pas tout à fait invraisemblable connaissant l’esprit tactique du chef de file de l’islamisme turc. Ghannouchi a donc lancé une fetwa contre Erdogan désigné comme apostat et, comme tel, en posture de condamné à mort en sursis d’exécution, jusqu’à ce qu’une âme bien née en décide autrement. Tout ceci n’a pas soulevé autant de vagues que les caricatures danoises ou les émeutes du pain en Egypte. On sait pertinemment que le «Frère» Erdogan, qui viole sans arrêt les frontières arabes, n’est pas un précurseur en matière de chevauchement ou de franchissement de lignes rouges. Des versets ont été abolis du vivant du Prophète et après sa disparition, sans que l’on crie aujourd’hui au scandale. Et lorsque le Soudanais Hassan Tourabi a annoncé avoir abrogé les verstes concernant le témoignage et l’héritage des femmes, il n’y a pas eu d’émeutes à déplorer.
Mais imaginez qu’une femme tienne le même discours et proclame que des versets se rapportant aux femmes doivent être abolis sous prétexte de conformité avec l’évolution des mœurs ? Vous l’avez imaginé, Al-Jazeera l’a fait : le 6 mars dernier a actionné son artilleur favori, le Syrien Fayçal Alkassem. L’animateur qui fait ressembler le plateau de son émission «A contre-courant» à une cellule capitonnée pour asile d’aliénés, a réédité sa performance favorite. Sa méthode est simple : il invite des personnalités qui ne pensent pas comme lui ou tiennent des propos non conformes à l’orthodoxie puis il donne libre cours à son indignation patriotique ou religieuse. Il s’est ainsi confectionné, sans coup férir, l’image d’un preux défenseur du bien-pensé arabe face aux laïcs et aux libéraux «sionisants» et «américanisants ». C’est dans le cadre de ces desseins que Fayçal Al- Kassem a fait appel à plusieurs reprises à la psychologue syrienne Wafa Soltane, installée aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années. Ses propos sur l’Islam et sur l’intolérance des musulmans ont déjà défrayé la chronique et soulevé contre sa personne tous les excités de la télé et du Web. Le 6 mars dernier, Wafa Soltane est à nouveau invitée à s’exprimer, en direct des Etats-Unis, sur le plateau de Fayçal Al- Kassem qu’elle a déjà malmené dans ses écrits. Pas rancunier du tout, le chevalier des causes troubles lui oppose un théologien de troisième rang dont elle ne fait qu’une bouchée. Comme à son habitude, et comme Erdogan et Tourabi, Wafa Soltane se prononce pour l’abrogation des versets du Coran qui amoindrissent la femme. Mais contrairement aux autres, elle le fait avec son langage et ses outrances. Normalement, la polémique aurait eu fin sur le plateau mais c’était ignorer la duplicité de Fayçal Al-Kassem et de la chaîne Al-Jazeera. Cette dernière décide de ne pas rediffuser l’émission, contrairement à la tradition, et présente des excuses à son public pour les propos outrageants de Wafa Soltane. C’est ainsi que la réprobation qui avait épargné Tourabi et Erdogan s’est déversée sur Wafa Soltane, simplement parce que c’est une femme. Et une femme, même au mois de mars, doit savoir tenir sa place et, surtout, sa langue. Pour l’avoir ignoré, Wafa Sultane rejoint au pilori arabe le caricaturiste danois, hier anonyme aujourd’hui best-seller mondial.
Ahmed Halli Le Soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/24/article.php?sid=66080&cid=8
lundi 24 mars 2008
dimanche 16 mars 2008
Ouf ! Ca n'arrive pas chez nous
Les Algériens semblent apathiques, indifférents à tout ce qui se passe autour d’eux. On les dirait même désespérés au point de s’accrocher à un illusoire miracle venant d’un homme providentiel… A condition de lui donner ce que la providence ne peut pas lui garantir : un blanc seing pour commencer là où il aurait dû finir. En attendant le signal de la ruée et des marches triomphales vers le sacre, ces Algériens au fatalisme rayonnant semblaient surnager dans une douce torpeur.Les étals de leurs magasins n’ont jamais proposé autant de variétés de «Kinder» qu’à l’heure des caricatures danoises. Il est vrai que ces braves Danois qui nous offensent nous proposent aussi de l’insuline, pour compenser. Nos compatriotes sont prêts à avaler le poison pourvu que l’antidote soit à portée de main. Je disais donc que les Algériens semblaient se désintéresser de tout ce qui se passe autour d’eux. Oubliés les habitants de Gaza à qui nous promettions notre soutien guerrier jusqu’à la disparition du dernier d’entre eux ! Une vidéo montrant sous plusieurs angles le lynchage d’une jeune fille par une jeunesse frustrée a failli nous aiguillonner. Précédé d’une folle rumeur situant la scène quelque part du côté des nos man’s land urbains, le document nous a réveillés en sursaut, juste le temps de changer de côté. «Ouf !», la tuerie se passait en Irak, ce pays expulsé mani militari de la civilisation. «Ouf !», avons-nous répété en chœur le cri de soulagement du quotidien Al-Watan. Personne n’ignore que chez nous, on ne lapide pas les jeunes filles comme le font ces sauvages Irakiens. En Algérie, on crible une jeune fille de balles quand elle refuse de porter le hidjab. C’est rapide, net et expéditif. On les égorge proprement quand elles ont commis la maladresse de tomber enceintes au maquis. Nous affectionnons particulièrement la méthode qui consiste à les arroser d’essence et à les enflammer, selon qu’elles exposent leurs charmes ou qu’elles les offrent au tout venant. Nous penserons à recourir aux exécutions par jets de pierres, comme les Irakiens, quand le prix de l’essence aura augmenté de façon inversement proportionnelle à celui de la vie des femmes.
Nous aurions pu nous rendormir avec la conscience du devoir accompli et l’âme sereine si ce trublion de Djamal Al-Bana n’était pas encore venu faire des siennes. Le penseur égyptien a jeté le pavé, rescapé du lynchage irakien, dans la mare où pataugent nos fantasmes. Selon sa dernière fetwa, les jeunes hommes et jeunes filles célibataires ont le droit de s’embrasser. Il suggère même que des parcs adéquats soient créés dans les villes pour faciliter les choses. La fetwa du cheikh ne fait, en réalité, que conforter une réalité, à savoir que les pulsions juvéniles s’accommodent mal des carcans moraux et légaux. La fetwa relayée par le quotidien arabophone Ennahar aljadid a fait réagir de nombreux lecteurs sur le site électronique du journal. Toutes les réactions sont évidemment hostiles à la fetwa et ça se comprend : il ne se passe jamais rien de trouble ou d’érotique dans nos jardins et nos parcs. Tout ce beau monde qui traite Al-Bana de vieillard sénile, ce que n’est pas assurément Karadhaoui, croit dur comme fer, ou autre, en la pureté des sentiers dérobés. Les jeunes gens qui se rencontrent dans les allées isolées le font pour échanger les dernières cassettes de prêches et les CD de Amr Khaled. Les attouchements illicites, les baisers furtifs et les étreintes fugitives n’existent pas chez nous. C’est peut-être bon pour les bords du Nil mais la nouvelle doctrine, qui a besoin au passage de plusieurs mandats pour s’imposer ici, nous prémunit contre ces tentations dangereuses auxquelles s’abandonnent les peuples décadents. C’est la nouvelle doctrine, insidieux dosage de wahhabisme rigoriste et de malékisme superstitieux, qui rythme nos réponses aux défis contemporains. Dans la patrie du fondamentalisme wahhabite, les illuminés d’hier sont les modérés d’aujourd’hui. Crise de conscience ou repli tactique, des extrémistes mettent, si l’on peut dire, de l’eau dans leur vin et se désolidarisent des groupes qui prônent la violence. C’est le cas de deux écrivains saoudiens Abdallah Ben Bedjad et Youssef Abakhil, victimes d’un de ces retours de boomerang, comme l’Histoire en concocte souvent. Les deux compères ont, en effet, publié dans le quotidien Al-Riadh au mois de janvier dernier deux articles affirmant que les juifs et les chrétiens ne doivent pas être considérés comme des apostats ou des ennemis de Dieu. Comme la machinerie met du temps à se mettre en branle, ce n’est que la semaine dernière que la réponse de l’oligarchie religieuse est tombée. Par l’entremise du cheikh Abderrahmane Al-Barak, une fetwa décrète que les deux écrivains sont des apostats et qu’ils méritent la mort en tant que tels. La fetwa somme les deux hommes de se repentir et de renier leurs écrits sinon «ils seront déclarés apostats et condamnés à mort. Ils n’auront pas droit à la toilette mortuaire ni au linceul ni à la prière rituelle et leurs proches ne recevront pas de condoléances». En attendant l’exécution de la sentence, Youssef Abakhil doit être séparé de son épouse, désormais mariée à un apostat et donc vivant dans le péché. Ce qui rappelle la même fetwa, éditée par un tribunal contre le penseur égyptien Nasser Hamed Abou Zeïd, contraint à l’exil. Ce dernier a résumé la complexité de la situation en affirmant qu’il allait intenter une action en justice. «Seulement, a-t-il dit, je ne sais pas auprès de qui me plaindre ni contre qui.» Quant à Ben Bedjad qui rappelle ses liens passés avec des partisans de Ben Laden, il persiste et signe et accuse l’auteur de la fetwa d’encourager le terrorisme. Que ceux qui craignent des revirements similaires des partisans de la violence chez nous se rassurent. De tels miracles n’arrivent qu’en territoires consacrés.
L’hebdomadaire égyptien Rose-al-Youssef revient d’ailleurs cette semaine sur le développement des usines à fetwas via les télévisions satellitaires. Évoquant le cas de la chaîne Al-Nas, la revue rappelle qu’à ses débuts il y a deux ans, la station avait opté pour la modération. Progressivement, elle a évolué vers l’extrémisme en se faisant le porte-voix des courants intégristes, notamment celui des Frères musulmans égyptiens. Rose-Al-Youssef s’appuie sur une thèse de magister, «Les fetwas des nouveaux médias et leur impact sur le public», soutenue par une ancienne téléspeakerine de Al- Nas, Dou’a Mohamed Ibrahim Medjahed. Cette dernière a été recrutée par Al-Nas parce qu’elle remplissait une condition majeure : elle portait le hidjab. A ses débuts, elle a présenté une émission de variétés très convenable, au sens où les chanteuses au buste généreux étaient prohibées. Soudainement, et avec l’arrivée du cheikh Mohamed Hassan à la direction de la chaîne, les variétés ont été supprimées et l’extrémisme religieux a commencé à s’imposer. Puis, ce fut le tour du prédicateur Abou Ishaq Al-Howeini de donner l’ultime tour de vis. Sa première fetwa a visé les téléspeakerines, en hidjab, dont l’apparition à l’écran a été considérée comme illicite (haram). C’est ainsi qu’une dizaine d’entre elles s’est retrouvée au chômage. Sachez, enfin, que le monde arabe fait preuve d’ouverture en direction de ses minorités religieuses. Quelques jours après la mort, aux mains de ses ravisseurs, du chef de l’Eglise chaldéenne à Mossoul (Irak), le Qatar a inauguré sa première église à Doha. Le représentant du pape à la cérémonie a salué l’événement et annoncé que des discussions étaient en cours avec l’Arabie saoudite pour faciliter la pratique de leur culte aux chrétiens du royaume. Vous avez dit : «Ouf !» ?
Ahmed Alli Le Soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/17/article.php?sid=65821&cid=8
Nous aurions pu nous rendormir avec la conscience du devoir accompli et l’âme sereine si ce trublion de Djamal Al-Bana n’était pas encore venu faire des siennes. Le penseur égyptien a jeté le pavé, rescapé du lynchage irakien, dans la mare où pataugent nos fantasmes. Selon sa dernière fetwa, les jeunes hommes et jeunes filles célibataires ont le droit de s’embrasser. Il suggère même que des parcs adéquats soient créés dans les villes pour faciliter les choses. La fetwa du cheikh ne fait, en réalité, que conforter une réalité, à savoir que les pulsions juvéniles s’accommodent mal des carcans moraux et légaux. La fetwa relayée par le quotidien arabophone Ennahar aljadid a fait réagir de nombreux lecteurs sur le site électronique du journal. Toutes les réactions sont évidemment hostiles à la fetwa et ça se comprend : il ne se passe jamais rien de trouble ou d’érotique dans nos jardins et nos parcs. Tout ce beau monde qui traite Al-Bana de vieillard sénile, ce que n’est pas assurément Karadhaoui, croit dur comme fer, ou autre, en la pureté des sentiers dérobés. Les jeunes gens qui se rencontrent dans les allées isolées le font pour échanger les dernières cassettes de prêches et les CD de Amr Khaled. Les attouchements illicites, les baisers furtifs et les étreintes fugitives n’existent pas chez nous. C’est peut-être bon pour les bords du Nil mais la nouvelle doctrine, qui a besoin au passage de plusieurs mandats pour s’imposer ici, nous prémunit contre ces tentations dangereuses auxquelles s’abandonnent les peuples décadents. C’est la nouvelle doctrine, insidieux dosage de wahhabisme rigoriste et de malékisme superstitieux, qui rythme nos réponses aux défis contemporains. Dans la patrie du fondamentalisme wahhabite, les illuminés d’hier sont les modérés d’aujourd’hui. Crise de conscience ou repli tactique, des extrémistes mettent, si l’on peut dire, de l’eau dans leur vin et se désolidarisent des groupes qui prônent la violence. C’est le cas de deux écrivains saoudiens Abdallah Ben Bedjad et Youssef Abakhil, victimes d’un de ces retours de boomerang, comme l’Histoire en concocte souvent. Les deux compères ont, en effet, publié dans le quotidien Al-Riadh au mois de janvier dernier deux articles affirmant que les juifs et les chrétiens ne doivent pas être considérés comme des apostats ou des ennemis de Dieu. Comme la machinerie met du temps à se mettre en branle, ce n’est que la semaine dernière que la réponse de l’oligarchie religieuse est tombée. Par l’entremise du cheikh Abderrahmane Al-Barak, une fetwa décrète que les deux écrivains sont des apostats et qu’ils méritent la mort en tant que tels. La fetwa somme les deux hommes de se repentir et de renier leurs écrits sinon «ils seront déclarés apostats et condamnés à mort. Ils n’auront pas droit à la toilette mortuaire ni au linceul ni à la prière rituelle et leurs proches ne recevront pas de condoléances». En attendant l’exécution de la sentence, Youssef Abakhil doit être séparé de son épouse, désormais mariée à un apostat et donc vivant dans le péché. Ce qui rappelle la même fetwa, éditée par un tribunal contre le penseur égyptien Nasser Hamed Abou Zeïd, contraint à l’exil. Ce dernier a résumé la complexité de la situation en affirmant qu’il allait intenter une action en justice. «Seulement, a-t-il dit, je ne sais pas auprès de qui me plaindre ni contre qui.» Quant à Ben Bedjad qui rappelle ses liens passés avec des partisans de Ben Laden, il persiste et signe et accuse l’auteur de la fetwa d’encourager le terrorisme. Que ceux qui craignent des revirements similaires des partisans de la violence chez nous se rassurent. De tels miracles n’arrivent qu’en territoires consacrés.
L’hebdomadaire égyptien Rose-al-Youssef revient d’ailleurs cette semaine sur le développement des usines à fetwas via les télévisions satellitaires. Évoquant le cas de la chaîne Al-Nas, la revue rappelle qu’à ses débuts il y a deux ans, la station avait opté pour la modération. Progressivement, elle a évolué vers l’extrémisme en se faisant le porte-voix des courants intégristes, notamment celui des Frères musulmans égyptiens. Rose-Al-Youssef s’appuie sur une thèse de magister, «Les fetwas des nouveaux médias et leur impact sur le public», soutenue par une ancienne téléspeakerine de Al- Nas, Dou’a Mohamed Ibrahim Medjahed. Cette dernière a été recrutée par Al-Nas parce qu’elle remplissait une condition majeure : elle portait le hidjab. A ses débuts, elle a présenté une émission de variétés très convenable, au sens où les chanteuses au buste généreux étaient prohibées. Soudainement, et avec l’arrivée du cheikh Mohamed Hassan à la direction de la chaîne, les variétés ont été supprimées et l’extrémisme religieux a commencé à s’imposer. Puis, ce fut le tour du prédicateur Abou Ishaq Al-Howeini de donner l’ultime tour de vis. Sa première fetwa a visé les téléspeakerines, en hidjab, dont l’apparition à l’écran a été considérée comme illicite (haram). C’est ainsi qu’une dizaine d’entre elles s’est retrouvée au chômage. Sachez, enfin, que le monde arabe fait preuve d’ouverture en direction de ses minorités religieuses. Quelques jours après la mort, aux mains de ses ravisseurs, du chef de l’Eglise chaldéenne à Mossoul (Irak), le Qatar a inauguré sa première église à Doha. Le représentant du pape à la cérémonie a salué l’événement et annoncé que des discussions étaient en cours avec l’Arabie saoudite pour faciliter la pratique de leur culte aux chrétiens du royaume. Vous avez dit : «Ouf !» ?
Ahmed Alli Le Soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/17/article.php?sid=65821&cid=8
samedi 15 mars 2008
Pitié pour les pauvres riches !
Finalement, les fabuleuses richesses de l’Orient que détiendraient des princes arabes, possédant haras, fauconneries et élevages de… tourterelles, ne seraient que… fables. En réalité, le monde jauge beaucoup plus les Arabes sur leurs frasques et leurs dépenses somptuaires que pour leur fortune réelle. L’imagerie occidentale les représente jouant au casino ou s’adonnant à des jeux très chers et très illégitimes mais elle en oublie la réalité des comptes en banque.Le dernier classement des milliardaires du monde, établi par le magazine Forbes est édifiant à ce sujet. Le premier milliardaire arabe (en dollars bien sûr) n’est que 19e au classement mondial de la catégorie. Il s’agit, vous l’aurez deviné, d’un Saoudien, le prince Walid Ibn Talal en l’occurrence, propriétaire de journaux et de télévisions, à ses heures perdues. La fortune du prince saoudien est évaluée à 21 milliards de dollars. C’est beaucoup pour un Palestinien de Gaza et même pour un dirigeant du Hamas fortuné, comme tout leader islamiste se doit de l’être. Mais ce pactole ne représente qu’un tiers du matelas de dollars (62 milliards) sur lequel trône l’Américain Warren Buffet, premier milliardaire au palmarès 2008. Ce dernier a supplanté le roi de la puce informatique, Bill Gates, relégué pour la première fois à la troisième place. Le Koweïtien Nasser Al- Kharafi occupe la 46e place mondiale avec ses 14 milliards de dollars. Il est talonné par l’Egyptien Naguib Sawiris, vous savez, celui de la puce Djezzy qui nous fait des prix à l’occasion, et qui pèse 12,7 milliards de dollars.
Je me suis laissé dire, en passant, que l’Algérie ne devrait pas être étrangère au chiffre qui vient après la virgule. L’Algérie a toujours pris en pitié les pauvres riches, ceux qui construisent pour «lawlidate » (terme pudique pour désigner une progéniture nombreuse et avide). C’est d’ailleurs surprenant : il n’y a aucun Algérien parmi les 1 125 milliardaires répertoriés par Forbes. Il y a comme une blessure d’amour-propre quelque part si tous ceux qui nous grugent et nous volent n’arrivent pas à accéder au gotha mondial. C’est désespérant si tous les efforts que nous déployons depuis 1962 pour nous doter d’une classe riche et portant beau n’aboutissent pas. Est-ce pour cela que nous avons négligé l’éducation, le logement et d’autres besoins accessoires pour aboutir à ce triste résultat ? N’est-il pas navrant d’avoir à assumer nos piètres performances économiques, culturelles et sportives et de subir cette honte en plus : échouer dans la seule discipline où nous sommes particulièrement doués. Atteindre de si hauts niveaux de réussite en matière d’accumulation de richesses, au détriment de la collectivité, et ne pas être, pour une année au moins, le dernier milliardaire. Je veux bien échouer en coupe du monde, en coupe d’Afrique et même en interquartiers mais pas dans notre sport d’élite. Je refuse, par orgueil national et par patriotisme, que nos milliardaires fassent grise mine devant la crème des richesses, acquises à la sueur de tous les fronts. Et qu’on ne vienne pas me raconter que le club des 1 125 n’est pas un club de voleurs ! Je suis sûr qu’en cherchant bien, on en débusquera au moins quelques centaines qui peuvent correspondre aux normes nationales en la matière. Que diable ! Il n’y a pas que des Sawiris et des Ibn Talal dans cette armada huppée, on doit bien y débusquer une bande de coupe-jarrets ou un groupe de chenapans. Ce qu’il nous faut, c’est un sursaut national. Nous devons aborder désormais cette compétition avec sérieux, faire preuve d’abnégation et consentir les sacrifices nécessaires. Il est peutêtre nécessaire d’envisager la création d’un fonds de solidarité pour nos milliardaires qui ont trop de pudeur pour réclamer de l’aide. Grâce à cette contribution, versée par des voies occultes, dans les banques internationales idoines, nos représentants seront en mesure de concourir. Comme le note, toutefois, Digital-Elaph (la version papier du journal électronique Elaph), les milliardaires arabes seraient plutôt à plaindre puisque la plupart d’entre eux ont perdu des points en 2008. Les grands richards arabes ont reculé de plusieurs places au classement en raison des pertes subies dans la crise des subprimes. Les Arabes investissent surtout dans la pierre et les remous qui ont frappé l’immobilier américain ont eu des répercussions négatives sur leurs revenus. C’est ainsi que le prince Al-Walid a laissé des plumes, passant du 13e au 19e rang à cause de ses participations à la City Bank, frappée de plein fouet par la crise de l’immobilier. La même mésaventure est arrivée à un autre milliardaire saoudien actionnaire, lui, de la HSBC. Ajoutez à cela les pertes subies dans leurs propres pays par ces investisseurs à cause de la dépréciation du dollar, monnaie unique des transactions. Selon le magazine qui cite des experts arabes de la finance, les fortunes qui ont progressé sont celles des Asiatiques qui ont su faire des placements plus judicieux, notamment dans les secteurs industriels dopés par le renchérissement des prix du pétrole. Il ne faut pas grand-chose de nos jours, d’ailleurs, pour fabriquer un milliardaire en dollars. J’ai eu la surprise en parcourant la liste reprise par Elaph, le magazine électronique édité à Londres, de trouver le nom du téléprédicateur égyptien Amr Khaled. Ce dernier, selon le classement de Forbes dispose d’un capital appréciable avoisinant les 2 milliards de dollars. Amr Khaled n’a pas bâti sa richesse avec la sueur des musulmans mais avec leurs larmes. Il possède, en effet, le rare talent de faire pleurer les musulmans, et surtout les musulmanes, rien qu’en racontant le meurtre d’Abel par Caïn.
Pour titiller les glandes lacrymales des croyants naïfs, vous ne trouverez pas mieux que Amr Khaled. Plus les trépas qu’il décrit sont proches de nous, plus impétueux sont les flots de larmes. Evalués en dollars, les pleurs musulmans sont donc cotés à la bourse des prédicateurs même s’ils n’émeuvent pas outre mesure celui qui les déclenche. Ce milliardaire distingué par Forbes a même eu l’outrecuidance de proposer une journée de jeûne pour Gaza à ses compatriotes. Ce qui l’a dispensé de mettre la main à la poche pour aider ces Palestiniens qui ont décidément bon dos et servent d’alibi à toutes les causes troubles et à tous les excès. Il serait bon qu’un jour les mortellement patriotes que sont Amr Khaled et quelques footballeurs, en mal de célébrité, s’entourent de ceintures explosives et nous fassent apprécier leur foi et leurs engagements détonants. Ils pourraient se faire aider par les enfants des dirigeants du Hamas qui n’ont pas encore défrayé la chronique kamikaze. Et puisque ces messieurs ambitionnent de nous ramener aux temps héroïques de l’Islam, pourquoi ne pas prendre la tête de leurs troupes et charger l’ennemi. Ils le font si bien dans les prêches et les discours aux croyants qu’ils nous donnent envie de les voir à l’œuvre. Mais tant que je n’aurai pas vu un dirigeant du Hamas envoyer son fils à la mort, comme il le fait pour les enfants des autres, je reste sceptique. Et mon scepticisme se nourrit aussi bien du classement mondial des milliardaires que des appels désespérés de la kasma d’Assi-Youssef à un troisième mandat.A. H.
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/10/article.php?sid=65558&cid=8
Je me suis laissé dire, en passant, que l’Algérie ne devrait pas être étrangère au chiffre qui vient après la virgule. L’Algérie a toujours pris en pitié les pauvres riches, ceux qui construisent pour «lawlidate » (terme pudique pour désigner une progéniture nombreuse et avide). C’est d’ailleurs surprenant : il n’y a aucun Algérien parmi les 1 125 milliardaires répertoriés par Forbes. Il y a comme une blessure d’amour-propre quelque part si tous ceux qui nous grugent et nous volent n’arrivent pas à accéder au gotha mondial. C’est désespérant si tous les efforts que nous déployons depuis 1962 pour nous doter d’une classe riche et portant beau n’aboutissent pas. Est-ce pour cela que nous avons négligé l’éducation, le logement et d’autres besoins accessoires pour aboutir à ce triste résultat ? N’est-il pas navrant d’avoir à assumer nos piètres performances économiques, culturelles et sportives et de subir cette honte en plus : échouer dans la seule discipline où nous sommes particulièrement doués. Atteindre de si hauts niveaux de réussite en matière d’accumulation de richesses, au détriment de la collectivité, et ne pas être, pour une année au moins, le dernier milliardaire. Je veux bien échouer en coupe du monde, en coupe d’Afrique et même en interquartiers mais pas dans notre sport d’élite. Je refuse, par orgueil national et par patriotisme, que nos milliardaires fassent grise mine devant la crème des richesses, acquises à la sueur de tous les fronts. Et qu’on ne vienne pas me raconter que le club des 1 125 n’est pas un club de voleurs ! Je suis sûr qu’en cherchant bien, on en débusquera au moins quelques centaines qui peuvent correspondre aux normes nationales en la matière. Que diable ! Il n’y a pas que des Sawiris et des Ibn Talal dans cette armada huppée, on doit bien y débusquer une bande de coupe-jarrets ou un groupe de chenapans. Ce qu’il nous faut, c’est un sursaut national. Nous devons aborder désormais cette compétition avec sérieux, faire preuve d’abnégation et consentir les sacrifices nécessaires. Il est peutêtre nécessaire d’envisager la création d’un fonds de solidarité pour nos milliardaires qui ont trop de pudeur pour réclamer de l’aide. Grâce à cette contribution, versée par des voies occultes, dans les banques internationales idoines, nos représentants seront en mesure de concourir. Comme le note, toutefois, Digital-Elaph (la version papier du journal électronique Elaph), les milliardaires arabes seraient plutôt à plaindre puisque la plupart d’entre eux ont perdu des points en 2008. Les grands richards arabes ont reculé de plusieurs places au classement en raison des pertes subies dans la crise des subprimes. Les Arabes investissent surtout dans la pierre et les remous qui ont frappé l’immobilier américain ont eu des répercussions négatives sur leurs revenus. C’est ainsi que le prince Al-Walid a laissé des plumes, passant du 13e au 19e rang à cause de ses participations à la City Bank, frappée de plein fouet par la crise de l’immobilier. La même mésaventure est arrivée à un autre milliardaire saoudien actionnaire, lui, de la HSBC. Ajoutez à cela les pertes subies dans leurs propres pays par ces investisseurs à cause de la dépréciation du dollar, monnaie unique des transactions. Selon le magazine qui cite des experts arabes de la finance, les fortunes qui ont progressé sont celles des Asiatiques qui ont su faire des placements plus judicieux, notamment dans les secteurs industriels dopés par le renchérissement des prix du pétrole. Il ne faut pas grand-chose de nos jours, d’ailleurs, pour fabriquer un milliardaire en dollars. J’ai eu la surprise en parcourant la liste reprise par Elaph, le magazine électronique édité à Londres, de trouver le nom du téléprédicateur égyptien Amr Khaled. Ce dernier, selon le classement de Forbes dispose d’un capital appréciable avoisinant les 2 milliards de dollars. Amr Khaled n’a pas bâti sa richesse avec la sueur des musulmans mais avec leurs larmes. Il possède, en effet, le rare talent de faire pleurer les musulmans, et surtout les musulmanes, rien qu’en racontant le meurtre d’Abel par Caïn.
Pour titiller les glandes lacrymales des croyants naïfs, vous ne trouverez pas mieux que Amr Khaled. Plus les trépas qu’il décrit sont proches de nous, plus impétueux sont les flots de larmes. Evalués en dollars, les pleurs musulmans sont donc cotés à la bourse des prédicateurs même s’ils n’émeuvent pas outre mesure celui qui les déclenche. Ce milliardaire distingué par Forbes a même eu l’outrecuidance de proposer une journée de jeûne pour Gaza à ses compatriotes. Ce qui l’a dispensé de mettre la main à la poche pour aider ces Palestiniens qui ont décidément bon dos et servent d’alibi à toutes les causes troubles et à tous les excès. Il serait bon qu’un jour les mortellement patriotes que sont Amr Khaled et quelques footballeurs, en mal de célébrité, s’entourent de ceintures explosives et nous fassent apprécier leur foi et leurs engagements détonants. Ils pourraient se faire aider par les enfants des dirigeants du Hamas qui n’ont pas encore défrayé la chronique kamikaze. Et puisque ces messieurs ambitionnent de nous ramener aux temps héroïques de l’Islam, pourquoi ne pas prendre la tête de leurs troupes et charger l’ennemi. Ils le font si bien dans les prêches et les discours aux croyants qu’ils nous donnent envie de les voir à l’œuvre. Mais tant que je n’aurai pas vu un dirigeant du Hamas envoyer son fils à la mort, comme il le fait pour les enfants des autres, je reste sceptique. Et mon scepticisme se nourrit aussi bien du classement mondial des milliardaires que des appels désespérés de la kasma d’Assi-Youssef à un troisième mandat.A. H.
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La trinité islamiste
La hausse des prix des denrées de première nécessité est si alarmante qu’elle a éveillé l’attention des religieux saoudiens qui lévitaient jusqu’ici au-dessus de ces contingences. Conscients que les gouvernements n’y pouvaient rien, les imams du vendredi en Arabie saoudite ont levé les bras au ciel. Celui de La Mecque a même fait jouer la rime en implorant « Dieu le Tout Puissant de faire baisser les prix pour les musulmans».Dans son sermon, l’imam indigné a dénoncé les gens qui spéculent sur les prix des marchandises de base. Excellente initiative, d’autant plus qu’ils devaient être assez nombreux à l’écouter, les spéculateurs. Excellente initiative, dirions-nous, mais pourquoi faire preuve encore de sectarisme et invoquer la Providence pour une communauté bien précise ? Pourquoi Dieu devrait-il intervenir uniquement au seul bénéfice des musulmans alors qu’il y a des pauvres et des nécessiteux chez les autres croyants ? Pourquoi ne pas en profiter pour ramener d’autres brebis égarées vers le troupeau ? Ce serait si enrichissant et si galvanisant de pester et de jurer tous ensemble, monothéistes, polythéistes et autres réunis, contre le prix de l’huile et du lait. Cela suffirait sans doute à clore le vieux débat sur les portes de l’idjtihad qui s’entrouvrent juste pour y voir midi. Entre ceux qui persistent à penser que ces portes sont fermées à double tour et ceux qui les voient ouvertes à moitié ou béantes, la communication passe mal. C’est pour ça que le conflit perdure et oppose les gardiens des serrures à ceux qui essaient de trouver les bonnes clés. Lorsque Amine Zaoui, directeur de la Bibliothèque nationale, fait mine de passer en force, avec l’aide d’une escouade pensante, il fait peur. Il effraie ceux d’en face qui ont peur de la clé miraculeuse et soupçonnent l’un ou l’autre des participants de la détenir. Alors, ils envoient l’un des leurs en avant-garde, délicat euphémisme pour désigner en fait ceux qui poussent les troupes à battre plus vite en retraite. L’association des ulémas, qui prétend détenir la science infuse, s’insurge contre l’idée d’enfoncer des portes ouvertes.
C’est du moins ainsi qu’elle voit le projet de notre ami Zaoui. Pour elle, les portes de l’idjtihad ont été de nouveau ouvertes au XIXe siècle par des penseurs réformistes, comme Afghani et Abdou. Et d’ajouter dans un élan d’enthousiasme que les gardiens contemporains des portes ouvertes se nomment Ghazali, Al-Bouti ou encore Karadhaoui. Trois noms que j’associerai volontiers à l’ouverture de la boîte de Pandore plutôt qu’à celle des fameuses portes de l’interprétation. Tant qu’à faire et diabolisation pour diabolisation, il aurait sans doute fallu convier des personnages, disons plus décriés comme l’est Mohamed Arkoun, l’Algérien. Ce dernier est paradoxalement aussi éreinté et contesté dans son propre pays qu’il est reçu et apprécié dans les pays arabes. Arkoun illustre, à sa manière, le lourd handicap de vouloir étudier l’Islam, en étant né dans un pays où on consomme la religion sans prendre la peine de l’étudier. Je pense aussi à l’Egyptien Djamal Al-Bana qui défend la coexistence des religions monothéistes en ces temps d’intolérance et de persécutions. Il revient, d’ailleurs, sur ce sujet cette semaine dans un article intitulé «Les religions ne s’effacent pas mutuellement mais elles se complètent mutuellement». Le frère cadet de Hassan Al- Bana suggère de remettre à plat toutes les idées reçues, à commencer par la conviction de chacun que sa religion est la meilleure. Cette conviction tient plus de la nature humaine que de la religion elle-même puisqu’elle est reçue en héritage et que personne n’étudie sa religion avant de l’adopter, note-t-il. Djamal Al-Bana en appelle à revisiter l’histoire en général, et celle des guerres de religion, en particulier qui ont été les plus dures. Il en tire la conclusion qu’aucune des trois religions monothéistes n’échappe encore à la tentation de se substituer aux autres. Et ceci est encore plus vrai pour l’Islam de nos jours.
Sur ce volet de l’Histoire, j’ai relevé sur le site de Middle East Transparency, cette contribution du journaliste yéménite Ahmed Al-Hobishi qui revient sur la haine des Frères musulmans pour Djamal Abdel Nasser. Cette haine tenace qui poursuit le leader arabe jusque dans la tombe s’est vérifiée une fois encore en janvier dernier sur Al-Djazira. Jusqu’alors, la lucarne des Frères musulmans exploitait les anniversaires ordinaires de Nasser pour lancer ses attaques contre lui. Cette fois-ci, elle a mis à profit jusqu’à l’anniversaire de sa naissance puisque la chaîne qatarie a célébré à sa manière le 90e anniversaire de l’ancien président de l’Egypte, relève notre confrère. S’aidant de témoignages contemporains et de documents historiques, Ahmed Al- Hobishi réfute les thèses du mouvement islamiste concernant ses rapports avec la Révolution de juillet 52. L’élément de crise dans cette relation fut la revendication des Frères musulmans exigeant que les lois et les décisions futures du Conseil de la révolution soient d’abord entérinées par le bureau exécutif du mouvement. Djamal Abdel Nasser répondit que la Révolution n’accepterait aucune tutelle, que ce soit celle de la mosquée ou de l’Eglise. Puis, il accepta de recevoir Mamoun Al-Hodheibi, le commandeur des «Frères» à condition de discuter uniquement de la coopération entre la Révolution et le mouvement hors de toute tutelle. A la grande surprise de Nasser, Al- Hodheibi lui présenta d’autres revendications excluant les précédentes. Le mouvement attendait des Officiers libres les mesures suivantes : imposer aux femmes le port du hidjab, fermer les salles de cinéma et de théâtre, proscrire les chansons et la musique, généraliser l’usage des chants religieux, interdire le travail des femmes et, enfin, débarrasser Le Caire et toute l’Egypte des statues anciennes et modernes. Nasser répliqua qu’il ne permettrait jamais que l’Egypte retourne encore une fois à un état primitif. Et il inscrivit cette réponse sur la feuille de route qui lui avait été présentée et il interpella Al-Hodheibi en ces termes : «Pourquoi avez-vous fait serment d’allégeance au roi Farouk en qualité de «commandeur des croyants» ? Pourquoi ne lui avez-vous pas présenté de telles exigences alors que vous en aviez toutes les possibilités ? Et pourquoi répétiez-vous tout le temps avant la Révolution : «Le pouvoir appartient à son détenteur (le Roi)». Par la suite, les «Frères» agirent comme s’ils avaient renoncé à leurs autres revendications n’en maintenant qu’une seule : celle du hidjab. A l’appui de cette exigence maintenue, ils présentèrent à Nasser des croquis représentant des modèles de hidjab tels que les ont conçus les islamistes. Leur sainte trinité en quelque sorte. Le premier qualifié de «détestable» représente une femme recouverte de la tête aux pieds mais avec le visage et les mains visibles. Le second, dit «peut mieux faire», montre une femme avec les chaussures voyantes et les mains visibles. Le troisième, enfin, étiqueté «idéal», montre une femme recouverte entièrement de noir. S’adressant à l’un de ses interlocuteurs, le leader égyptien lui demanda : « Bon ! Pourquoi tes filles vont-elles tête nue et pourquoi n’arborent-elles pas un des hidjabs que vous voulez imposer aux Egyptiennes par décret ?» Cela dit, Nasser fit beaucoup d’autres concessions à l’islamisme. Il introduisit l’éducation islamique dans les écoles et l’imposa comme matière d’examen, précise notre confrère yéménite. Sans compter les mosquées qui passèrent de 11 000 à 21 000 en l’espace de 18 ans. Finalement, chacun a sa boîte de Pandore.A. H.
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/03/article.php?sid=65279&cid=8
C’est du moins ainsi qu’elle voit le projet de notre ami Zaoui. Pour elle, les portes de l’idjtihad ont été de nouveau ouvertes au XIXe siècle par des penseurs réformistes, comme Afghani et Abdou. Et d’ajouter dans un élan d’enthousiasme que les gardiens contemporains des portes ouvertes se nomment Ghazali, Al-Bouti ou encore Karadhaoui. Trois noms que j’associerai volontiers à l’ouverture de la boîte de Pandore plutôt qu’à celle des fameuses portes de l’interprétation. Tant qu’à faire et diabolisation pour diabolisation, il aurait sans doute fallu convier des personnages, disons plus décriés comme l’est Mohamed Arkoun, l’Algérien. Ce dernier est paradoxalement aussi éreinté et contesté dans son propre pays qu’il est reçu et apprécié dans les pays arabes. Arkoun illustre, à sa manière, le lourd handicap de vouloir étudier l’Islam, en étant né dans un pays où on consomme la religion sans prendre la peine de l’étudier. Je pense aussi à l’Egyptien Djamal Al-Bana qui défend la coexistence des religions monothéistes en ces temps d’intolérance et de persécutions. Il revient, d’ailleurs, sur ce sujet cette semaine dans un article intitulé «Les religions ne s’effacent pas mutuellement mais elles se complètent mutuellement». Le frère cadet de Hassan Al- Bana suggère de remettre à plat toutes les idées reçues, à commencer par la conviction de chacun que sa religion est la meilleure. Cette conviction tient plus de la nature humaine que de la religion elle-même puisqu’elle est reçue en héritage et que personne n’étudie sa religion avant de l’adopter, note-t-il. Djamal Al-Bana en appelle à revisiter l’histoire en général, et celle des guerres de religion, en particulier qui ont été les plus dures. Il en tire la conclusion qu’aucune des trois religions monothéistes n’échappe encore à la tentation de se substituer aux autres. Et ceci est encore plus vrai pour l’Islam de nos jours.
Sur ce volet de l’Histoire, j’ai relevé sur le site de Middle East Transparency, cette contribution du journaliste yéménite Ahmed Al-Hobishi qui revient sur la haine des Frères musulmans pour Djamal Abdel Nasser. Cette haine tenace qui poursuit le leader arabe jusque dans la tombe s’est vérifiée une fois encore en janvier dernier sur Al-Djazira. Jusqu’alors, la lucarne des Frères musulmans exploitait les anniversaires ordinaires de Nasser pour lancer ses attaques contre lui. Cette fois-ci, elle a mis à profit jusqu’à l’anniversaire de sa naissance puisque la chaîne qatarie a célébré à sa manière le 90e anniversaire de l’ancien président de l’Egypte, relève notre confrère. S’aidant de témoignages contemporains et de documents historiques, Ahmed Al- Hobishi réfute les thèses du mouvement islamiste concernant ses rapports avec la Révolution de juillet 52. L’élément de crise dans cette relation fut la revendication des Frères musulmans exigeant que les lois et les décisions futures du Conseil de la révolution soient d’abord entérinées par le bureau exécutif du mouvement. Djamal Abdel Nasser répondit que la Révolution n’accepterait aucune tutelle, que ce soit celle de la mosquée ou de l’Eglise. Puis, il accepta de recevoir Mamoun Al-Hodheibi, le commandeur des «Frères» à condition de discuter uniquement de la coopération entre la Révolution et le mouvement hors de toute tutelle. A la grande surprise de Nasser, Al- Hodheibi lui présenta d’autres revendications excluant les précédentes. Le mouvement attendait des Officiers libres les mesures suivantes : imposer aux femmes le port du hidjab, fermer les salles de cinéma et de théâtre, proscrire les chansons et la musique, généraliser l’usage des chants religieux, interdire le travail des femmes et, enfin, débarrasser Le Caire et toute l’Egypte des statues anciennes et modernes. Nasser répliqua qu’il ne permettrait jamais que l’Egypte retourne encore une fois à un état primitif. Et il inscrivit cette réponse sur la feuille de route qui lui avait été présentée et il interpella Al-Hodheibi en ces termes : «Pourquoi avez-vous fait serment d’allégeance au roi Farouk en qualité de «commandeur des croyants» ? Pourquoi ne lui avez-vous pas présenté de telles exigences alors que vous en aviez toutes les possibilités ? Et pourquoi répétiez-vous tout le temps avant la Révolution : «Le pouvoir appartient à son détenteur (le Roi)». Par la suite, les «Frères» agirent comme s’ils avaient renoncé à leurs autres revendications n’en maintenant qu’une seule : celle du hidjab. A l’appui de cette exigence maintenue, ils présentèrent à Nasser des croquis représentant des modèles de hidjab tels que les ont conçus les islamistes. Leur sainte trinité en quelque sorte. Le premier qualifié de «détestable» représente une femme recouverte de la tête aux pieds mais avec le visage et les mains visibles. Le second, dit «peut mieux faire», montre une femme avec les chaussures voyantes et les mains visibles. Le troisième, enfin, étiqueté «idéal», montre une femme recouverte entièrement de noir. S’adressant à l’un de ses interlocuteurs, le leader égyptien lui demanda : « Bon ! Pourquoi tes filles vont-elles tête nue et pourquoi n’arborent-elles pas un des hidjabs que vous voulez imposer aux Egyptiennes par décret ?» Cela dit, Nasser fit beaucoup d’autres concessions à l’islamisme. Il introduisit l’éducation islamique dans les écoles et l’imposa comme matière d’examen, précise notre confrère yéménite. Sans compter les mosquées qui passèrent de 11 000 à 21 000 en l’espace de 18 ans. Finalement, chacun a sa boîte de Pandore.A. H.
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lundi 29 janvier 2007
Grandeur et décadence des idoles
Comment un homme adulé, porté aux nues il y a à peine six mois, peut-il se transformer en monstre sanguinaire, ennemi des Arabes? Au mois d'août dernier, le Libanais Hassan Nasrallah était l'idole des foules à Belcourt et à Oued- Koreiche. Pour les fanas de la marche arrière, il avait réussi à ramener le Liban là où il devait être : au même niveau que tous les autres.C'est tout de même intolérable qu'un pays arabe veuille vivre mieux et avec plus de libertés que tous ses autres voisins. Nasrallah était donc le champion rêvé pour accomplir la plus possible des missions : tirer tout ce beau monde vers le bas. Seulement, il en a trop fait, le Nasrallah ; et allumer un vaste feu à Beyrouth ne suffit pas à dissimuler les préparatifs d’incendie des pyromanes de Téhéran. De plus, il n'a pas tenu compte des risques d'affrontements entre sunnites et chiites et il y en a eu malheureusement. Le plus ultra des religieux chiites a fait vibrer la corde sunnite, déjà bien tendue depuis le simulacre d'exécution de Saddam. Depuis, le chiite arrogant et lançant des défis à Israël a chuté dans les sondages de quartiers. La rue arabe lui tourne ostensiblement le dos. Tous les supporters de football qui clamaient son nom reviennent à nouveau vers nos chères vedettes aux jambes lourdes. Le verdict populaire est tombé : le chiisme ne passera pas, et surtout pas dans nos écoles. Pour faire place nette et laisser le champ libre au fondamentalisme wahhabite, les quelques trublions qui se piquaient de chiisme on été interdits de redoubler. Seuls les bons enseignants, nourris de "salafisme" pur et dur, pourront désormais imprégner nos chers petits de la substantifique moelle. Celle qui empêche durablement l'érection des neurones et la fébrilité des cortex. Pour assurer le succès de cette entreprise et lui conférer un cachet authentiquement algérien, les responsables de nos déboires éducatifs ont encore innové : les cours de la matinée et de l'après-midi seront désormais ponctués par une séance de lever des couleurs. De quoi donner une indigestion de nationalisme à nos chérubins qui auront ainsi tout le loisir de disséquer le politique du religieux.
Une fois la question du nationalisme évacuée, si j'ose dire, dans le cadre des programmes éducatifs, il faudra penser à l'avenir. Réfléchir à la question de l'emblème national et de ses composantes. Pas question de recourir au drapeau saoudien, déjà propriété exclusive et inaliénable du FIS et de ses avortons, élus au suffrage universel. Il faudrait peut-être réfléchir à une solution intermédiaire : garder les couleurs actuelles défraîchies par une exposition trop longue aux intempéries et leur ajouter quelque chose. Je vois bien une épée turque, façon janissaire avec une inscription sur le plat proclamant la résurrection du califat ottoman qui fit régner la lumière et la prospérité dans ses harems. On pourra y ajouter une inscription à la gloire de Dieu, comme le fit cet opportuniste de Saddam. On pourra alors célébrer sans honte le culte du "dirigeant martyr" que prônent tous les journalistes nostalgiques des largesses proverbiales du Raïs (1). Sur ces entrefaites, les théologiens les plus en vue du sunnisme et du chiisme se sont réunis à Doha, capitale du Qatar, autre nom du porte-avion américain stationné dans le Golfe. Selon ses initiateurs, dont le cheikh Karadhaoui, pacifiste de fraîche conversion, il s'agissait d'établir un dialogue durable entre les deux grandes familles de l'Islam. Il y a eu dialogue, en effet, mais du genre qu'échangent des guerriers sur le champ de bataille. Heureusement que tout ce beau monde avait été fouillé à l'entrée, sinon la conférence aurait viré au massacre. L'empoignade verbale a été particulièrement virulente, comme le rapportent les médias. Doha n'a pas accueilli des hommes de religion mais des émissaires de leurs pouvoirs respectifs, dûment mandatés pour empêcher l'impossible entente.
La conférence de Doha a ainsi tourné à la lutte d'influence de deux courants négationnistes. Le premier, sunnite wahhabite, qui ne voit dans le monde musulman qu'un troupeau de fidèles asservis à la ligne "salafiste". Le second, chiite, qui réfute toute autre doctrine "kharédjite", hors la ligne dirigeante des duodécimains. Tout ceci sur fond de tueries et de massacres en Irak. Résultat : la conférence de Doha a accentué les dissensions au lieu de les réduire. Ceux qui sont tentés de voir derrière cet échec les mains réunies de la CIA et du Mossad n'ont pas entièrement tort. Si de telles joutes (2) avaient été préparées et animées, en sous-main, par les deux services secrets, le résultat n'aurait pas été aussi probant. Encore une fois, Bush a des raisons de ne pas désespérer des Arabes. Ils se comportent exactement, conformément aux plans américains. Car, au final, l'objectif de Bush et de l'Amérique n'est pas d'instaurer la démocratie dans le monde arabe. "C'est trop bien pour ces gens-là", doit-il se dire in petto. Et puis, connaissez-vous un meilleur endroit pour y déverser les surplus de la civilisation industrielle ? C'est là le discours que Bush tient en filigrane aux Arabes lorsqu'il s'adresse à ses concitoyens. Les Anglais, ses alliés, eux qui se prennent pour la première démocratie du monde et pensent avoir réglé le problème du communautarisme sont en passe de déchanter. Leurs efforts pour intégrer les musulmans de Grande-Bretagne sont en train d'aller vers l'échec. L'année dernière, les autorités avaient déjà tiré la sonnette d'alarme en reprochant aux imams du royaume de ne pas faire d'efforts suffisants pour enrayer le terrorisme islamiste. Ce qui, en clair, signifiait que les hommes du culte encourageaient tacitement ou activement le terrorisme à défaut de le combattre. Le magazine Elaph s'est fait, par ailleurs, l'écho d'un incident qui a eu lieu en début de cette année et qui pourrait avoir un effet boule de neige. Comme on le sait, les responsables de la police londonienne essaient d'intégrer des femmes policières dans leurs effectifs. Dans le souci de séduire, ces messieurs avaient même été jusqu'à proposer aux futurs "conscrits" une "tenue islamique", conforme au nouveau dogme. Le chef de la police pensait avoir donc réglé un épineux problème lorsqu'il s'est rendu récemment dans une école de police pour présider la sortie d'une promotion féminine. Le directeur de l'école l'a informé toutefois d'un casse-tête de dernière minute. L'unique élève musulmane de la promotion refusait de se plier à la poignée de main traditionnelle, par conviction religieuse. De plus, elle ne voulait pas figurer aux côtés du responsable pour la non moins traditionnelle photo souvenir. Des collègues de la policière ont expliqué qu'elle croyait à son premier devoir qui est de défendre la loi mais en cas de choix, elle opterait pour ses devoirs religieux. Ce qui fait dire à notre confrère qu'il va être bien difficile pour cette jeune fille de faire son travail de policière. "Comment réagira-t-elle si elle est en face d'un homme pris d'un malaise cardiaque et qu'elle est obligée de lui faire un bouche-à-bouche ? Est-ce qu'elle se déshabillera et se jettera à l'eau pour sauver un homme de la noyade comme on le lui a enseigné ?", interroge-t-il. Il ne faudra pas s'étonner que les Britanniques se méfient des ces musulmans qui veulent bien des avantages sociaux de la citoyenneté mais qui refusent de se mouiller. A. H.(1) Notre amie Raja Benslama s'est étonnée de la propension des Arabes à vouer un culte à leurs tyrans les plus sanguinaires. Comme tous les psychologues amateurs, je suis tenté de chercher des origines arabes au masochisme. (2) Je ne sais pas pourquoi mais de telles réunions me font penser au poème tragicomique de Nicolas Boileau sur la "Bataille du lutrin" qui met en scène des curés de l'autre bord.Ahmed Alli Le soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/29/article.php?sid=48876&cid=8
Une fois la question du nationalisme évacuée, si j'ose dire, dans le cadre des programmes éducatifs, il faudra penser à l'avenir. Réfléchir à la question de l'emblème national et de ses composantes. Pas question de recourir au drapeau saoudien, déjà propriété exclusive et inaliénable du FIS et de ses avortons, élus au suffrage universel. Il faudrait peut-être réfléchir à une solution intermédiaire : garder les couleurs actuelles défraîchies par une exposition trop longue aux intempéries et leur ajouter quelque chose. Je vois bien une épée turque, façon janissaire avec une inscription sur le plat proclamant la résurrection du califat ottoman qui fit régner la lumière et la prospérité dans ses harems. On pourra y ajouter une inscription à la gloire de Dieu, comme le fit cet opportuniste de Saddam. On pourra alors célébrer sans honte le culte du "dirigeant martyr" que prônent tous les journalistes nostalgiques des largesses proverbiales du Raïs (1). Sur ces entrefaites, les théologiens les plus en vue du sunnisme et du chiisme se sont réunis à Doha, capitale du Qatar, autre nom du porte-avion américain stationné dans le Golfe. Selon ses initiateurs, dont le cheikh Karadhaoui, pacifiste de fraîche conversion, il s'agissait d'établir un dialogue durable entre les deux grandes familles de l'Islam. Il y a eu dialogue, en effet, mais du genre qu'échangent des guerriers sur le champ de bataille. Heureusement que tout ce beau monde avait été fouillé à l'entrée, sinon la conférence aurait viré au massacre. L'empoignade verbale a été particulièrement virulente, comme le rapportent les médias. Doha n'a pas accueilli des hommes de religion mais des émissaires de leurs pouvoirs respectifs, dûment mandatés pour empêcher l'impossible entente.
La conférence de Doha a ainsi tourné à la lutte d'influence de deux courants négationnistes. Le premier, sunnite wahhabite, qui ne voit dans le monde musulman qu'un troupeau de fidèles asservis à la ligne "salafiste". Le second, chiite, qui réfute toute autre doctrine "kharédjite", hors la ligne dirigeante des duodécimains. Tout ceci sur fond de tueries et de massacres en Irak. Résultat : la conférence de Doha a accentué les dissensions au lieu de les réduire. Ceux qui sont tentés de voir derrière cet échec les mains réunies de la CIA et du Mossad n'ont pas entièrement tort. Si de telles joutes (2) avaient été préparées et animées, en sous-main, par les deux services secrets, le résultat n'aurait pas été aussi probant. Encore une fois, Bush a des raisons de ne pas désespérer des Arabes. Ils se comportent exactement, conformément aux plans américains. Car, au final, l'objectif de Bush et de l'Amérique n'est pas d'instaurer la démocratie dans le monde arabe. "C'est trop bien pour ces gens-là", doit-il se dire in petto. Et puis, connaissez-vous un meilleur endroit pour y déverser les surplus de la civilisation industrielle ? C'est là le discours que Bush tient en filigrane aux Arabes lorsqu'il s'adresse à ses concitoyens. Les Anglais, ses alliés, eux qui se prennent pour la première démocratie du monde et pensent avoir réglé le problème du communautarisme sont en passe de déchanter. Leurs efforts pour intégrer les musulmans de Grande-Bretagne sont en train d'aller vers l'échec. L'année dernière, les autorités avaient déjà tiré la sonnette d'alarme en reprochant aux imams du royaume de ne pas faire d'efforts suffisants pour enrayer le terrorisme islamiste. Ce qui, en clair, signifiait que les hommes du culte encourageaient tacitement ou activement le terrorisme à défaut de le combattre. Le magazine Elaph s'est fait, par ailleurs, l'écho d'un incident qui a eu lieu en début de cette année et qui pourrait avoir un effet boule de neige. Comme on le sait, les responsables de la police londonienne essaient d'intégrer des femmes policières dans leurs effectifs. Dans le souci de séduire, ces messieurs avaient même été jusqu'à proposer aux futurs "conscrits" une "tenue islamique", conforme au nouveau dogme. Le chef de la police pensait avoir donc réglé un épineux problème lorsqu'il s'est rendu récemment dans une école de police pour présider la sortie d'une promotion féminine. Le directeur de l'école l'a informé toutefois d'un casse-tête de dernière minute. L'unique élève musulmane de la promotion refusait de se plier à la poignée de main traditionnelle, par conviction religieuse. De plus, elle ne voulait pas figurer aux côtés du responsable pour la non moins traditionnelle photo souvenir. Des collègues de la policière ont expliqué qu'elle croyait à son premier devoir qui est de défendre la loi mais en cas de choix, elle opterait pour ses devoirs religieux. Ce qui fait dire à notre confrère qu'il va être bien difficile pour cette jeune fille de faire son travail de policière. "Comment réagira-t-elle si elle est en face d'un homme pris d'un malaise cardiaque et qu'elle est obligée de lui faire un bouche-à-bouche ? Est-ce qu'elle se déshabillera et se jettera à l'eau pour sauver un homme de la noyade comme on le lui a enseigné ?", interroge-t-il. Il ne faudra pas s'étonner que les Britanniques se méfient des ces musulmans qui veulent bien des avantages sociaux de la citoyenneté mais qui refusent de se mouiller. A. H.(1) Notre amie Raja Benslama s'est étonnée de la propension des Arabes à vouer un culte à leurs tyrans les plus sanguinaires. Comme tous les psychologues amateurs, je suis tenté de chercher des origines arabes au masochisme. (2) Je ne sais pas pourquoi mais de telles réunions me font penser au poème tragicomique de Nicolas Boileau sur la "Bataille du lutrin" qui met en scène des curés de l'autre bord.Ahmed Alli Le soir d'Algérie http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/29/article.php?sid=48876&cid=8
lundi 15 janvier 2007
Leurs gentils et nos méchants
Il paraît que c'est un commerçant de Tunis qui a permis de mettre en échec les projets d'attentat contre plusieurs bâtiments de la capitale. Cet épicier avait remarqué, en effet, que l'un de ses clients s'était brusquement mis à acheter une quantité inhabituelle de pains. Ses achats quotidiens dépassaient, de loin, les besoins d'une famille. En bon citoyen, soucieux de la stabilité de son pays, il avait informé la police de ce comportement intrigant. C'est ainsi qu'un projet terroriste de grande ampleur a été éventé.C'est sans doute à partir de ce détail que la presse locale a tout de suite désigné la piste algérienne. Tout le monde sait que nous sommes de grands mangeurs de pain.
C'est d'une logique irréfutable et je suis tenté de souscrire pleinement à cette hypothèse tant il est vrai que l'intégrisme ignore les frontières qu'il n'a pas tracées lui-même. Seulement, je trouve que nos frères tunisiens sont par trop imprévisibles et partiaux dans ce domaine. Ils donnent l'impression de suivre les mouvements et les sautes d'humeur de leurs dirigeants bien aimés et même adulés. Au début de l'année, journalistes, syndicalistes et semi-officiels clamaient publiquement leur douleur devant l'exécution de Saddam Hussein. Dans une belle unanimité nationale, suivant un axe s'étendant de Londres à Tunis en passant par Al-Qaïda, la dénonciation a été unanime. Islamistes et républicains islamisants ont fustigé à voix haute la cruauté et l'esprit de vengeance des dirigeants chiites irakiens. On était en face de l'entente retrouvée, au détriment du Maghreb des Etats, alliés contre le terrorisme. Il n'était donc pas question de briser cette belle fraternité en accusant injustement les islamistes tunisiens d'avoir fomenté un complot terroriste. D'ailleurs, ni Londres ni Doha n'ont revendiqué ou approuvé ces actes de violence. Le péril ne pouvait venir que d'ailleurs et c'est d'ailleurs qu'il est venu. Il était hors de propos de stigmatiser les gentils islamistes tunisiens alors que la méchanceté et la cruauté ont une adresse: l'Algérie. Les intégristes tunisiens sont des pacifistes convaincus, contrairement à ces enragés d'Algériens qui ne rêvent que de fleuves de sang. On vous expliquera, ensuite et sur un ton docte, que la Tunisie, autant que le Maroc, n'est pas l'Algérie.
Les Tunisiens sont d'ardents patriotes qui appellent la police au moindre pain suspect. Tandis que les Algériens… tous suspects ! Voyez comment ils traitent leurs assassins de retour des maquis ! Observez la façon dont s'opère la réinsertion des terroristes comme si le pays était retourné aux premières années de l'indépendance ! On raconte même que le chef "repenti", Anouar Haddam, reprendrait des activités publiques. A l'occasion, il pourrait être convié à distribuer des bonbons aux orphelins et aux futurs orphelins de la police. On pense même au siège du Commissariat central d'Alger pour abriter de telles cérémonies du pardon. N'importe quoi ! Ils sont décidément incorrigibles ces Tunisiens ! Ils feraient mieux de s'occuper de la santé de leur président, au lieu de spéculer sur l'avenir du nôtre. Comme s'ils ignoraient que, chez nous, les chefs pensent d'abord à se succéder à eux-mêmes. Ensuite, voyez le roi de France, Louis XIV ! Il y a plusieurs façons de rentrer dans l'histoire et, donc, plusieurs manières de l'écrire. Lorsqu'il s'agit de raconter l'histoire dans les manuels scolaires, les pédagogues font parfois fi de la vérité historique, comme en Egypte. La semaine dernière, j'avais évoqué la façon dont Al- Azhar avait validé une thèse de doctorat vouée à l'excommunication rétroactive. L'argument spécieux mais irréfragable du jury était que la thèse s'appuyait sur une vérité essentielle : l'histoire de l'Egypte a commencé avec l'Islam, à l'exclusion de tout ce qui est antérieur. Il y a quelques jours, l'historienne égyptienne Samah Fawzi a confirmé l'existence de ces absurdités, jusque dans les ouvrages scolaires. Dans le manuel d'histoire d'une classe du primaire, Samah Fawzi relève de quelle manière la mosquée est transformée de lieu de culte, sujet de respect et de dévotion, en terrain de mobilisation et de préparatifs guerriers. La mosquée, peut-on lire, “c'est l'école où les musulmans apprennent tout ce qui concerne leur religion et leur vie terrestre… le lieu où se rassemblent les soldats de Dieu avant de lancer une opération grandiose. C'est, enfin, le monument qui marque la distinction entre la société musulmans et les autres”. La guerre de 1973, par exemple, est présentée, par ailleurs, comme un combat entre juifs et musulmans. La leçon d'histoire exclut, de fait, la participation des coptes d'Egypte et occulte leur existence. “Voici les fortifications de la ligne Bar-Lev. Dieu nous a donné la victoire sur les juifs comme il l'a donnée au Prophète (QSSL) sur les juifs à Médine. Il a fait s'écrouler leurs fortifications sur leurs têtes.” La guerre est donc une guerre religieuse et c'est ce que l'enfant doit apprendre dans ce livre, observe Samah Fawzi. Comme il est spécifié en marge de la leçon, l'objectif est d'enseigner “l'honneur de subir le martyre au service de Dieu” et de mettre en garde contre “la traîtrise et la fourberie des juifs”, hier et aujourd'hui. “C'est ainsi, note l'historienne, que la victoire d'Octobre 1973 est présentée comme une victoire des musulmans sur les juifs. Où est le rôle de nos compatriotes coptes ? Pourquoi traitons- nous toutes choses sous l'angle de la religion. La réalité, les institutions et même l'histoire sont désormais considérées avec un regard religieux. Pourquoi le manuel d'histoire occulte-t-il les éléments arabes et chrétiens dans le conflit avec Israël ? Veut-on laisser entendre aux chrétiens arabes que cette patrie n'est pas la leur, que cette histoire n'est pas la leur et que cet avenir ne leur appartient pas ? Ce qui aura pour effet d'accentuer l'exode des chrétiens vers les pays occidentaux. Avec le temps, la sphère arabe perdra sa pluralité religieuse et la tolérance y disparaîtra. Le rejet de l'autre amènera les musulmans de différents rites à s'entretuer.” “Ces quelques exemples, souligne encore Samah Fawzi, montrent que l'information et l'enseignement recèlent en leur sein des tendances alimentées par les courants de l'islam politique. Ces tendances ne reflètent pas la nature et le fond de la société égyptienne diverse et plurielle. Aussi, ne faut-il pas éluder la responsabilité du gouvernement dans la persistance de telles absurdités. Ce sont ses institutions qui produisent, propagent et consomment ces avatars." Pour mieux mesurer l'ampleur du mal, il faut sans doute méditer cette initiative qui nous vient de Syrie. La Syrie qui serait, à en croire les opposants à Bechar Al- Assad, sur le point de succomber aux charmes du chiisme, sous la férule alaouite. Cela se passe à l'université de Damas. Une commission sur l'écriture de l'histoire s'est donné pour mission de réécrire l'histoire des Arabes avec une approche plus saine et plus réaliste. Selon le promoteur du projet, un certain Abdelkarim Ali, “il ne s'agit pas de réécrire l'histoire pour la modifier. Il s'agit simplement de procéder à la relecture de l'histoire dans ses aspects les plus positifs et dans l'intérêt de la société”. Alors soyons positifs ! Attendons, sans trop d'impatience, le chapitre sur la dynastie des Assad, sans oublier aussi, bien sûr, celui de la présence syrienne au Liban.
Ahmed Alli "Le soir d'Algérie"http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/15/article.php?sid=48238&cid=8
C'est d'une logique irréfutable et je suis tenté de souscrire pleinement à cette hypothèse tant il est vrai que l'intégrisme ignore les frontières qu'il n'a pas tracées lui-même. Seulement, je trouve que nos frères tunisiens sont par trop imprévisibles et partiaux dans ce domaine. Ils donnent l'impression de suivre les mouvements et les sautes d'humeur de leurs dirigeants bien aimés et même adulés. Au début de l'année, journalistes, syndicalistes et semi-officiels clamaient publiquement leur douleur devant l'exécution de Saddam Hussein. Dans une belle unanimité nationale, suivant un axe s'étendant de Londres à Tunis en passant par Al-Qaïda, la dénonciation a été unanime. Islamistes et républicains islamisants ont fustigé à voix haute la cruauté et l'esprit de vengeance des dirigeants chiites irakiens. On était en face de l'entente retrouvée, au détriment du Maghreb des Etats, alliés contre le terrorisme. Il n'était donc pas question de briser cette belle fraternité en accusant injustement les islamistes tunisiens d'avoir fomenté un complot terroriste. D'ailleurs, ni Londres ni Doha n'ont revendiqué ou approuvé ces actes de violence. Le péril ne pouvait venir que d'ailleurs et c'est d'ailleurs qu'il est venu. Il était hors de propos de stigmatiser les gentils islamistes tunisiens alors que la méchanceté et la cruauté ont une adresse: l'Algérie. Les intégristes tunisiens sont des pacifistes convaincus, contrairement à ces enragés d'Algériens qui ne rêvent que de fleuves de sang. On vous expliquera, ensuite et sur un ton docte, que la Tunisie, autant que le Maroc, n'est pas l'Algérie.
Les Tunisiens sont d'ardents patriotes qui appellent la police au moindre pain suspect. Tandis que les Algériens… tous suspects ! Voyez comment ils traitent leurs assassins de retour des maquis ! Observez la façon dont s'opère la réinsertion des terroristes comme si le pays était retourné aux premières années de l'indépendance ! On raconte même que le chef "repenti", Anouar Haddam, reprendrait des activités publiques. A l'occasion, il pourrait être convié à distribuer des bonbons aux orphelins et aux futurs orphelins de la police. On pense même au siège du Commissariat central d'Alger pour abriter de telles cérémonies du pardon. N'importe quoi ! Ils sont décidément incorrigibles ces Tunisiens ! Ils feraient mieux de s'occuper de la santé de leur président, au lieu de spéculer sur l'avenir du nôtre. Comme s'ils ignoraient que, chez nous, les chefs pensent d'abord à se succéder à eux-mêmes. Ensuite, voyez le roi de France, Louis XIV ! Il y a plusieurs façons de rentrer dans l'histoire et, donc, plusieurs manières de l'écrire. Lorsqu'il s'agit de raconter l'histoire dans les manuels scolaires, les pédagogues font parfois fi de la vérité historique, comme en Egypte. La semaine dernière, j'avais évoqué la façon dont Al- Azhar avait validé une thèse de doctorat vouée à l'excommunication rétroactive. L'argument spécieux mais irréfragable du jury était que la thèse s'appuyait sur une vérité essentielle : l'histoire de l'Egypte a commencé avec l'Islam, à l'exclusion de tout ce qui est antérieur. Il y a quelques jours, l'historienne égyptienne Samah Fawzi a confirmé l'existence de ces absurdités, jusque dans les ouvrages scolaires. Dans le manuel d'histoire d'une classe du primaire, Samah Fawzi relève de quelle manière la mosquée est transformée de lieu de culte, sujet de respect et de dévotion, en terrain de mobilisation et de préparatifs guerriers. La mosquée, peut-on lire, “c'est l'école où les musulmans apprennent tout ce qui concerne leur religion et leur vie terrestre… le lieu où se rassemblent les soldats de Dieu avant de lancer une opération grandiose. C'est, enfin, le monument qui marque la distinction entre la société musulmans et les autres”. La guerre de 1973, par exemple, est présentée, par ailleurs, comme un combat entre juifs et musulmans. La leçon d'histoire exclut, de fait, la participation des coptes d'Egypte et occulte leur existence. “Voici les fortifications de la ligne Bar-Lev. Dieu nous a donné la victoire sur les juifs comme il l'a donnée au Prophète (QSSL) sur les juifs à Médine. Il a fait s'écrouler leurs fortifications sur leurs têtes.” La guerre est donc une guerre religieuse et c'est ce que l'enfant doit apprendre dans ce livre, observe Samah Fawzi. Comme il est spécifié en marge de la leçon, l'objectif est d'enseigner “l'honneur de subir le martyre au service de Dieu” et de mettre en garde contre “la traîtrise et la fourberie des juifs”, hier et aujourd'hui. “C'est ainsi, note l'historienne, que la victoire d'Octobre 1973 est présentée comme une victoire des musulmans sur les juifs. Où est le rôle de nos compatriotes coptes ? Pourquoi traitons- nous toutes choses sous l'angle de la religion. La réalité, les institutions et même l'histoire sont désormais considérées avec un regard religieux. Pourquoi le manuel d'histoire occulte-t-il les éléments arabes et chrétiens dans le conflit avec Israël ? Veut-on laisser entendre aux chrétiens arabes que cette patrie n'est pas la leur, que cette histoire n'est pas la leur et que cet avenir ne leur appartient pas ? Ce qui aura pour effet d'accentuer l'exode des chrétiens vers les pays occidentaux. Avec le temps, la sphère arabe perdra sa pluralité religieuse et la tolérance y disparaîtra. Le rejet de l'autre amènera les musulmans de différents rites à s'entretuer.” “Ces quelques exemples, souligne encore Samah Fawzi, montrent que l'information et l'enseignement recèlent en leur sein des tendances alimentées par les courants de l'islam politique. Ces tendances ne reflètent pas la nature et le fond de la société égyptienne diverse et plurielle. Aussi, ne faut-il pas éluder la responsabilité du gouvernement dans la persistance de telles absurdités. Ce sont ses institutions qui produisent, propagent et consomment ces avatars." Pour mieux mesurer l'ampleur du mal, il faut sans doute méditer cette initiative qui nous vient de Syrie. La Syrie qui serait, à en croire les opposants à Bechar Al- Assad, sur le point de succomber aux charmes du chiisme, sous la férule alaouite. Cela se passe à l'université de Damas. Une commission sur l'écriture de l'histoire s'est donné pour mission de réécrire l'histoire des Arabes avec une approche plus saine et plus réaliste. Selon le promoteur du projet, un certain Abdelkarim Ali, “il ne s'agit pas de réécrire l'histoire pour la modifier. Il s'agit simplement de procéder à la relecture de l'histoire dans ses aspects les plus positifs et dans l'intérêt de la société”. Alors soyons positifs ! Attendons, sans trop d'impatience, le chapitre sur la dynastie des Assad, sans oublier aussi, bien sûr, celui de la présence syrienne au Liban.
Ahmed Alli "Le soir d'Algérie"http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/15/article.php?sid=48238&cid=8
lundi 8 janvier 2007
"Nichan" et les voleurs de joies
S'il y a une blague à laquelle il faut décerner le titre de blague de l'année 2006 c'est bien celle-ci : des cohortes de défunts se présentent en bon ordre aux portes du paradis. La "Voix" d'en haut interroge l'ange préposé à l'ouverture des portes: "Qui sont ces gens-là ?" "C'est Jésus qui veut faire entrer son peuple au paradis", répond l'ange. "Laisse-les entrer!", commande la "Voix" d'en haut. Arrive ensuite une autre procession.La même question résonne, suivie de la réponse : "C'est Moïse et son peuple." Les portes s'ouvrent devant la deuxième procession. Juste après la fermeture des portes, une immense clameur surgit de loin. Des milliards d'individus avancent, dans un désordre et une cohue indescriptibles, en criant des slogans religieux. On se croirait au rituel de la lapidation du diable. Qu'est-ce que c'est que ce vacarme ? demande la "Voix" d'en haut. L'ange derrière son judas crie à pleine voix pour être entendu : "Ce sont les musulmans, le peuple de Mohamed qui veulent entrer au paradis à la suite de leur Prophète." Alors la voix d'en haut ordonne à l'ange : "Fais entrer Mohamed et referme les portes !" Il y a comme ça des petites histoires humoristiques sur la religion qui ont circulé, tout au long de l'année 2006, jusqu'aux abords des mosquées sans déclencher, pour autant, un tsunami de vertu outragée. Vous connaissez sans doute déjà celle qui mérite le second prix, mais je vous la raconte, pour ceux et celles qui n'ont plus d'oreille. "La chanteuse Cheikha Remiti monte au ciel et se dirige vers l'entrés du paradis, escortée par un chérubin aux anges devant cette distinction. En chemin, ils passent devant l'enfer où rôtissent des chanteurs et des artistes qui ont connu la gloire sur terre. Ces damnés sont scandalisés par le "régime de faveur" consenti à la diva du raï. Ils protestent : "Elle ne mérite pas plus le paradis que nous, sa place est en enfer." Hautaine et méprisante, la chanteuse jette à peine un coup d'œil aux pensionnaires de la géhenne et franchit, imperturbable, les portes du paradis. Le temps passe et, un jour, nos artistes à la jalousie incandescente voient venir vers eux Cheikha Remiti. "Dieu soit loué, s'écrie leur leader qui a amassé une fortune sur terre en faisant commerce de fausses notes et de chants dits patriotiques. Ils t'ont enfin démasquée et ils te renvoient parmi nous, là où tu aurais dû être depuis le début." La chanteuse dévisage avec mépris le chanteur à la voix de crécelle et réplique : "Je sais que tu brûles d'impatience de me voir à tes côtés mais je suis désolée de te décevoir. Je ne suis venue en enfer que pour faire chauffer mon tambourin." En troisième position, je classerais celle-ci, que je garantis, comme authentiquement algérienne, mais que nos voisins nous ont piquée, comme tout le reste d'ailleurs. "Un imam autoproclamé et à moitié analphabète se présente aux portes du paradis. Il s'aperçoit que les candidats au nirvana doivent subir un test de culture générale pour être admis parmi les bienheureux. Arrivé à proximité de "l'examinateur", il peut entendre distinctement les questions posées aux deux défunts qui sont devant lui ainsi que leurs réponses. "Qui a ouvert un passage dans la mer avec sa canne ? interroge l'ange. "C'est Sidna Moussa (Moïse), bien sûr, répond le premier. Le second est interrogé à la suite : "Qui a marché sur l'eau ?" et il répond du tac au tac : "Sidna Aïssa, voyons !" Notre imam se dit que les portes du paradis ne sont pas, décidément, si hermétiques que ça. Il avance à son tour et il écoute la question : "Qui parlait aux animaux ?" Et il répond, triomphant : "Trop facile, c'est Sidna Tarzan, évidemment !" C'est l'histoire que nos voisins marocains se sont appropriée, en remplaçant Tarzan par Mowgli. En publiant cette blague, avec d'autres plus sulfureuses, l'hebdomadaire arabophone Nichan (qui veut dire direct, tout droit) a découvert, à son tour, que les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions. Résultat : la revue a été suspendue sine die et tout ce que le Maroc recèle d'indignation contenue a déferlé sur les animateurs du périodique. Au départ, l'intention du journal était pertinente et louable : il s'agissait de montrer que le peuple musulman marocain savait rire de lui-même, de ses faux apôtres et de ses dirigeants déconsidérés. Malheureusement, le florilège contenait quelques "nouktas" assez croustillantes qui ont provoqué la mobilisation générale contre Nichan. L'hebdo croyait faire plaisir à ses lecteurs et les égayer pour finir l'année en beauté, mais les voleurs de joies étaient à l'affût. On a eu droit aussi à des plaisanteries de mauvais goût, comme celle que nous a offerte Al-Azhar pour clôturer 2006. Je ne parle pas des démonstrations de karaté organisées par les étudiants, Frères musulmans sur le campus. Il y a des phénomènes plus dangereux comme cette thèse de doctorat en théologie qui excommunie les vivants et surtout les morts. Une perspective qu'appréhendait Naguib Mahfouz avant sa mort : être déclaré apostat à titre posthume. Selon le quotidien koweïtien Al-Watan, cette thèse validée, bien sûr, par Al-Azhar, voue aux gémonies des journalistes et des écrivains célèbres. En tête des apostats, post mortem, figure la fondatrice de la revue Rose-al-Youssef, Fatma Al- Youssef. Son fils, le grand écrivain Ihsane Abd el - Qodous, est aussi dans la charrette, pour faire bonne mesure. L'auteur de la thèse, dont le nom n'est pas divulgué, condamne aussi Mahmoud Abbès Al-Akkad qui n'était pourtant pas un laïc intransigeant. Le célèbre journaliste et historien Hassanein Heykal est lui aussi excommunié de son vivant. La thèse excommunicatrice reproche entre autres à la revue Rose-al-Youssef de défendre la civilisation des pharaons, mécréants et idolâtres. Quant à la fondatrice du journal, elle a, en tant que femme, enfreint la Charia en sortant de chez elle pour aller travailler. Le pire dans tout cela, note Al-Watan, c'est que les membres du jury ont approuvé les idées énoncées sur la période pharaonique. Pour eux, l'histoire de l'Egypte a commencé avec l'Islam et tout ce qui lui est antérieur est caduc. On peut imaginer le mal que peut faire l'auteur de cette thèse, après avoir obtenu son doctorat et s'être ouvert les portes de l'enseignement. Revenons, enfin, sur la très mauvaise plaisanterie commise par l'alliance américano-irakienne qui a volé aux Arabes et aux musulmans une fête qu'ils ne sont pas près de récupérer. Je suis encore sous le coup de la stupeur et de l'horreur suscitées par le "spectacle" de l'exécution de Saddam. N'ayant jamais été un chaud sympathisant du dictateur irakien, j'ai été beaucoup plus troublé par la vue de cet homme et le mépris qu'il a affiché vis-à-vis de sa propre mort. Bien sûr, les grands militants de la cause arabe, dont j'observe les navrantes gesticulations, crieront au courage et à l'héroïsme. Pour ma part, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a été exécuté, seulement, pour avoir tué 128 personnes alors que ses victimes se comptent par milliers. Bush et ses alliés irakiens se sont épargné les frais d'autres procès, mais ils ont enfoncé encore plus la graine de la colère et de la révolte dans l'humus arabe. Aujourd'hui, en Irak, il y a une guerre ouverte entre un chiisme revanchard et un sunnisme qui tire sa force de l'exaltation mystique de ses adeptes. Cette guerre entre deux intégrismes risque de durer longtemps. Et si l'un des deux camps l'emportait, il déclencherait ce choc frontal des civilisations, le seul rêve à deux que font Bush et Karadhaoui. Vous devinez aisément qui seront les vaincus de la confrontation.A. H.
S'il y a une blague à laquelle il faut décerner le titre de blague de l'année 2006 c'est bien celle-ci : des cohortes de défunts se présentent en bon ordre aux portes du paradis. La "Voix" d'en haut interroge l'ange préposé à l'ouverture des portes: "Qui sont ces gens-là ?" "C'est Jésus qui veut faire entrer son peuple au paradis", répond l'ange. "Laisse-les entrer!", commande la "Voix" d'en haut. Arrive ensuite une autre procession.La même question résonne, suivie de la réponse : "C'est Moïse et son peuple." Les portes s'ouvrent devant la deuxième procession. Juste après la fermeture des portes, une immense clameur surgit de loin. Des milliards d'individus avancent, dans un désordre et une cohue indescriptibles, en criant des slogans religieux. On se croirait au rituel de la lapidation du diable. Qu'est-ce que c'est que ce vacarme ? demande la "Voix" d'en haut. L'ange derrière son judas crie à pleine voix pour être entendu : "Ce sont les musulmans, le peuple de Mohamed qui veulent entrer au paradis à la suite de leur Prophète." Alors la voix d'en haut ordonne à l'ange : "Fais entrer Mohamed et referme les portes !" Il y a comme ça des petites histoires humoristiques sur la religion qui ont circulé, tout au long de l'année 2006, jusqu'aux abords des mosquées sans déclencher, pour autant, un tsunami de vertu outragée. Vous connaissez sans doute déjà celle qui mérite le second prix, mais je vous la raconte, pour ceux et celles qui n'ont plus d'oreille. "La chanteuse Cheikha Remiti monte au ciel et se dirige vers l'entrés du paradis, escortée par un chérubin aux anges devant cette distinction. En chemin, ils passent devant l'enfer où rôtissent des chanteurs et des artistes qui ont connu la gloire sur terre. Ces damnés sont scandalisés par le "régime de faveur" consenti à la diva du raï. Ils protestent : "Elle ne mérite pas plus le paradis que nous, sa place est en enfer." Hautaine et méprisante, la chanteuse jette à peine un coup d'œil aux pensionnaires de la géhenne et franchit, imperturbable, les portes du paradis. Le temps passe et, un jour, nos artistes à la jalousie incandescente voient venir vers eux Cheikha Remiti. "Dieu soit loué, s'écrie leur leader qui a amassé une fortune sur terre en faisant commerce de fausses notes et de chants dits patriotiques. Ils t'ont enfin démasquée et ils te renvoient parmi nous, là où tu aurais dû être depuis le début." La chanteuse dévisage avec mépris le chanteur à la voix de crécelle et réplique : "Je sais que tu brûles d'impatience de me voir à tes côtés mais je suis désolée de te décevoir. Je ne suis venue en enfer que pour faire chauffer mon tambourin." En troisième position, je classerais celle-ci, que je garantis, comme authentiquement algérienne, mais que nos voisins nous ont piquée, comme tout le reste d'ailleurs. "Un imam autoproclamé et à moitié analphabète se présente aux portes du paradis. Il s'aperçoit que les candidats au nirvana doivent subir un test de culture générale pour être admis parmi les bienheureux. Arrivé à proximité de "l'examinateur", il peut entendre distinctement les questions posées aux deux défunts qui sont devant lui ainsi que leurs réponses. "Qui a ouvert un passage dans la mer avec sa canne ? interroge l'ange. "C'est Sidna Moussa (Moïse), bien sûr, répond le premier. Le second est interrogé à la suite : "Qui a marché sur l'eau ?" et il répond du tac au tac : "Sidna Aïssa, voyons !" Notre imam se dit que les portes du paradis ne sont pas, décidément, si hermétiques que ça. Il avance à son tour et il écoute la question : "Qui parlait aux animaux ?" Et il répond, triomphant : "Trop facile, c'est Sidna Tarzan, évidemment !" C'est l'histoire que nos voisins marocains se sont appropriée, en remplaçant Tarzan par Mowgli. En publiant cette blague, avec d'autres plus sulfureuses, l'hebdomadaire arabophone Nichan (qui veut dire direct, tout droit) a découvert, à son tour, que les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions. Résultat : la revue a été suspendue sine die et tout ce que le Maroc recèle d'indignation contenue a déferlé sur les animateurs du périodique. Au départ, l'intention du journal était pertinente et louable : il s'agissait de montrer que le peuple musulman marocain savait rire de lui-même, de ses faux apôtres et de ses dirigeants déconsidérés. Malheureusement, le florilège contenait quelques "nouktas" assez croustillantes qui ont provoqué la mobilisation générale contre Nichan. L'hebdo croyait faire plaisir à ses lecteurs et les égayer pour finir l'année en beauté, mais les voleurs de joies étaient à l'affût. On a eu droit aussi à des plaisanteries de mauvais goût, comme celle que nous a offerte Al-Azhar pour clôturer 2006. Je ne parle pas des démonstrations de karaté organisées par les étudiants, Frères musulmans sur le campus. Il y a des phénomènes plus dangereux comme cette thèse de doctorat en théologie qui excommunie les vivants et surtout les morts. Une perspective qu'appréhendait Naguib Mahfouz avant sa mort : être déclaré apostat à titre posthume. Selon le quotidien koweïtien Al-Watan, cette thèse validée, bien sûr, par Al-Azhar, voue aux gémonies des journalistes et des écrivains célèbres. En tête des apostats, post mortem, figure la fondatrice de la revue Rose-al-Youssef, Fatma Al- Youssef. Son fils, le grand écrivain Ihsane Abd el - Qodous, est aussi dans la charrette, pour faire bonne mesure. L'auteur de la thèse, dont le nom n'est pas divulgué, condamne aussi Mahmoud Abbès Al-Akkad qui n'était pourtant pas un laïc intransigeant. Le célèbre journaliste et historien Hassanein Heykal est lui aussi excommunié de son vivant. La thèse excommunicatrice reproche entre autres à la revue Rose-al-Youssef de défendre la civilisation des pharaons, mécréants et idolâtres. Quant à la fondatrice du journal, elle a, en tant que femme, enfreint la Charia en sortant de chez elle pour aller travailler. Le pire dans tout cela, note Al-Watan, c'est que les membres du jury ont approuvé les idées énoncées sur la période pharaonique. Pour eux, l'histoire de l'Egypte a commencé avec l'Islam et tout ce qui lui est antérieur est caduc. On peut imaginer le mal que peut faire l'auteur de cette thèse, après avoir obtenu son doctorat et s'être ouvert les portes de l'enseignement. Revenons, enfin, sur la très mauvaise plaisanterie commise par l'alliance américano-irakienne qui a volé aux Arabes et aux musulmans une fête qu'ils ne sont pas près de récupérer. Je suis encore sous le coup de la stupeur et de l'horreur suscitées par le "spectacle" de l'exécution de Saddam. N'ayant jamais été un chaud sympathisant du dictateur irakien, j'ai été beaucoup plus troublé par la vue de cet homme et le mépris qu'il a affiché vis-à-vis de sa propre mort. Bien sûr, les grands militants de la cause arabe, dont j'observe les navrantes gesticulations, crieront au courage et à l'héroïsme. Pour ma part, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a été exécuté, seulement, pour avoir tué 128 personnes alors que ses victimes se comptent par milliers. Bush et ses alliés irakiens se sont épargné les frais d'autres procès, mais ils ont enfoncé encore plus la graine de la colère et de la révolte dans l'humus arabe. Aujourd'hui, en Irak, il y a une guerre ouverte entre un chiisme revanchard et un sunnisme qui tire sa force de l'exaltation mystique de ses adeptes. Cette guerre entre deux intégrismes risque de durer longtemps. Et si l'un des deux camps l'emportait, il déclencherait ce choc frontal des civilisations, le seul rêve à deux que font Bush et Karadhaoui. Vous devinez aisément qui seront les vaincus de la confrontation.A. H.
Ahmed Alli" Le soir d'Algérie"http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/08/article.php?sid=47926&cid=8
S'il y a une blague à laquelle il faut décerner le titre de blague de l'année 2006 c'est bien celle-ci : des cohortes de défunts se présentent en bon ordre aux portes du paradis. La "Voix" d'en haut interroge l'ange préposé à l'ouverture des portes: "Qui sont ces gens-là ?" "C'est Jésus qui veut faire entrer son peuple au paradis", répond l'ange. "Laisse-les entrer!", commande la "Voix" d'en haut. Arrive ensuite une autre procession.La même question résonne, suivie de la réponse : "C'est Moïse et son peuple." Les portes s'ouvrent devant la deuxième procession. Juste après la fermeture des portes, une immense clameur surgit de loin. Des milliards d'individus avancent, dans un désordre et une cohue indescriptibles, en criant des slogans religieux. On se croirait au rituel de la lapidation du diable. Qu'est-ce que c'est que ce vacarme ? demande la "Voix" d'en haut. L'ange derrière son judas crie à pleine voix pour être entendu : "Ce sont les musulmans, le peuple de Mohamed qui veulent entrer au paradis à la suite de leur Prophète." Alors la voix d'en haut ordonne à l'ange : "Fais entrer Mohamed et referme les portes !" Il y a comme ça des petites histoires humoristiques sur la religion qui ont circulé, tout au long de l'année 2006, jusqu'aux abords des mosquées sans déclencher, pour autant, un tsunami de vertu outragée. Vous connaissez sans doute déjà celle qui mérite le second prix, mais je vous la raconte, pour ceux et celles qui n'ont plus d'oreille. "La chanteuse Cheikha Remiti monte au ciel et se dirige vers l'entrés du paradis, escortée par un chérubin aux anges devant cette distinction. En chemin, ils passent devant l'enfer où rôtissent des chanteurs et des artistes qui ont connu la gloire sur terre. Ces damnés sont scandalisés par le "régime de faveur" consenti à la diva du raï. Ils protestent : "Elle ne mérite pas plus le paradis que nous, sa place est en enfer." Hautaine et méprisante, la chanteuse jette à peine un coup d'œil aux pensionnaires de la géhenne et franchit, imperturbable, les portes du paradis. Le temps passe et, un jour, nos artistes à la jalousie incandescente voient venir vers eux Cheikha Remiti. "Dieu soit loué, s'écrie leur leader qui a amassé une fortune sur terre en faisant commerce de fausses notes et de chants dits patriotiques. Ils t'ont enfin démasquée et ils te renvoient parmi nous, là où tu aurais dû être depuis le début." La chanteuse dévisage avec mépris le chanteur à la voix de crécelle et réplique : "Je sais que tu brûles d'impatience de me voir à tes côtés mais je suis désolée de te décevoir. Je ne suis venue en enfer que pour faire chauffer mon tambourin." En troisième position, je classerais celle-ci, que je garantis, comme authentiquement algérienne, mais que nos voisins nous ont piquée, comme tout le reste d'ailleurs. "Un imam autoproclamé et à moitié analphabète se présente aux portes du paradis. Il s'aperçoit que les candidats au nirvana doivent subir un test de culture générale pour être admis parmi les bienheureux. Arrivé à proximité de "l'examinateur", il peut entendre distinctement les questions posées aux deux défunts qui sont devant lui ainsi que leurs réponses. "Qui a ouvert un passage dans la mer avec sa canne ? interroge l'ange. "C'est Sidna Moussa (Moïse), bien sûr, répond le premier. Le second est interrogé à la suite : "Qui a marché sur l'eau ?" et il répond du tac au tac : "Sidna Aïssa, voyons !" Notre imam se dit que les portes du paradis ne sont pas, décidément, si hermétiques que ça. Il avance à son tour et il écoute la question : "Qui parlait aux animaux ?" Et il répond, triomphant : "Trop facile, c'est Sidna Tarzan, évidemment !" C'est l'histoire que nos voisins marocains se sont appropriée, en remplaçant Tarzan par Mowgli. En publiant cette blague, avec d'autres plus sulfureuses, l'hebdomadaire arabophone Nichan (qui veut dire direct, tout droit) a découvert, à son tour, que les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions. Résultat : la revue a été suspendue sine die et tout ce que le Maroc recèle d'indignation contenue a déferlé sur les animateurs du périodique. Au départ, l'intention du journal était pertinente et louable : il s'agissait de montrer que le peuple musulman marocain savait rire de lui-même, de ses faux apôtres et de ses dirigeants déconsidérés. Malheureusement, le florilège contenait quelques "nouktas" assez croustillantes qui ont provoqué la mobilisation générale contre Nichan. L'hebdo croyait faire plaisir à ses lecteurs et les égayer pour finir l'année en beauté, mais les voleurs de joies étaient à l'affût. On a eu droit aussi à des plaisanteries de mauvais goût, comme celle que nous a offerte Al-Azhar pour clôturer 2006. Je ne parle pas des démonstrations de karaté organisées par les étudiants, Frères musulmans sur le campus. Il y a des phénomènes plus dangereux comme cette thèse de doctorat en théologie qui excommunie les vivants et surtout les morts. Une perspective qu'appréhendait Naguib Mahfouz avant sa mort : être déclaré apostat à titre posthume. Selon le quotidien koweïtien Al-Watan, cette thèse validée, bien sûr, par Al-Azhar, voue aux gémonies des journalistes et des écrivains célèbres. En tête des apostats, post mortem, figure la fondatrice de la revue Rose-al-Youssef, Fatma Al- Youssef. Son fils, le grand écrivain Ihsane Abd el - Qodous, est aussi dans la charrette, pour faire bonne mesure. L'auteur de la thèse, dont le nom n'est pas divulgué, condamne aussi Mahmoud Abbès Al-Akkad qui n'était pourtant pas un laïc intransigeant. Le célèbre journaliste et historien Hassanein Heykal est lui aussi excommunié de son vivant. La thèse excommunicatrice reproche entre autres à la revue Rose-al-Youssef de défendre la civilisation des pharaons, mécréants et idolâtres. Quant à la fondatrice du journal, elle a, en tant que femme, enfreint la Charia en sortant de chez elle pour aller travailler. Le pire dans tout cela, note Al-Watan, c'est que les membres du jury ont approuvé les idées énoncées sur la période pharaonique. Pour eux, l'histoire de l'Egypte a commencé avec l'Islam et tout ce qui lui est antérieur est caduc. On peut imaginer le mal que peut faire l'auteur de cette thèse, après avoir obtenu son doctorat et s'être ouvert les portes de l'enseignement. Revenons, enfin, sur la très mauvaise plaisanterie commise par l'alliance américano-irakienne qui a volé aux Arabes et aux musulmans une fête qu'ils ne sont pas près de récupérer. Je suis encore sous le coup de la stupeur et de l'horreur suscitées par le "spectacle" de l'exécution de Saddam. N'ayant jamais été un chaud sympathisant du dictateur irakien, j'ai été beaucoup plus troublé par la vue de cet homme et le mépris qu'il a affiché vis-à-vis de sa propre mort. Bien sûr, les grands militants de la cause arabe, dont j'observe les navrantes gesticulations, crieront au courage et à l'héroïsme. Pour ma part, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a été exécuté, seulement, pour avoir tué 128 personnes alors que ses victimes se comptent par milliers. Bush et ses alliés irakiens se sont épargné les frais d'autres procès, mais ils ont enfoncé encore plus la graine de la colère et de la révolte dans l'humus arabe. Aujourd'hui, en Irak, il y a une guerre ouverte entre un chiisme revanchard et un sunnisme qui tire sa force de l'exaltation mystique de ses adeptes. Cette guerre entre deux intégrismes risque de durer longtemps. Et si l'un des deux camps l'emportait, il déclencherait ce choc frontal des civilisations, le seul rêve à deux que font Bush et Karadhaoui. Vous devinez aisément qui seront les vaincus de la confrontation.A. H.
Ahmed Alli" Le soir d'Algérie"http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/08/article.php?sid=47926&cid=8
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